vendredi, 22 octobre 2021 19:21

Trafic de passeports diplomatiques : L’extrême droite française met la pression sur le Quai d’Orsay et exige la fin de la dispense de visas

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@Atlanticactu.com – Le nouveau scandale au sein de l’hémicycle prend des proportions internationales. L’affaire des députés cités dans un trafic de passeports diplomatiques, est actuellement sur la table de Jean-Yves Le Drian le ministre français de l’Europe et des Affaires Étrangères qui a été saisi par un Sénégalais. Cette affaire présumée qui a de forts relents de trafic de migrants intéresse également la classe politique française notamment l’extrême-droite dont le cheval de bataille est la lutte contre l’immigration. Les partisans d’Eric Zeymmour et Marine Lepen exigent tout bonnement la levée de la dispense de visas octroyée aux sénégalais titulaires de passeports diplomatiques et spéciaux.

Alors que le débat commençait à s’estomper au Sénégal avec le débat de pâquerettes entre le ministre de la justice et le président de l’assemblée nationale sans compter les préparatifs du Magal de Touba, un franco-sénégalais qui n’a pas voulu que ce énième scandale soit enterré comme les précédents qui ont jalonné le magistère de Macky Sall, a alerté le Quai d’Orsay sur ce qui apparaît comme une filière d’immigration clandestine. Seybani SOUGOU révèle dans un courrier adressé à Jean-Yves Le Drian, « La délivrance frauduleuse de passeports diplomatiques entache la crédibilité de l’État du Sénégal, nuit à l’image de la diplomatie sénégalaise et crée un climat de suspicion à l’endroit des bénéficiaires de passeports diplomatiques délivrés en bonne et due forme. Les citoyens sénégalais sont les premières victimes des agissements des députés-passeurs » .

Mieux, prévient le lanceur d’alerte qui éclate que son souci principal est que les deux personnes incriminées et leurs complices tapis dans l’ombre « fassent l’objet d’un signalement en qualité de passeurs ». Pour Seybani SOUGOU, « Se taire équivaut à enterrer définitivement ce scandale comme l’ont du reste été les autres qui ont émaillé le magistère du président Macky Sall. Entre le trafic de faux billets de banque avec comme auteur principal le député Seydina Fall Boughazeli libéré malgré la gravité des faits, les rapports ayant épinglé les dignitaires du régime, le bradage foncier dont les maires , préfets et sous préfets sont les principaux instigateurs, etc … ».

Des craintes confirmées par Aliou Sané le Coordonnateur du mouvement Y’en A Marre. « La plupart des Sénégalais ont des doutes fondés par rapport aux enquêtes sérieuses que nécessite cette affaire extrêmement grave. Le fait est que justement s’il y a une enquête sérieuse et minutieuse, elle pourrait révéler des niveaux de responsabilités insoupçonnés. En ce moment, vous avez un autre député pris en flagrant délit de trafic de faux billets qui a été inculpé, mis en prison puis libéré, et qui refait de la politique comme s’il ne s’était rien passé », s’est-il plaint.

Le Quai d’Orsay ouvre une enquête pour un « audit » des titulaires de passeports diplomatiques qui séjournent en France au moment où les partisans de Marine Le Pen et Eric Zeymmour exigent tout simplement la fin de la dispense de visas pour les sénégalais titulaires de tels documents  

Si la classe politique sénégalaise est quasiment aphone sur le sujet, ce n’est pas le cas en France où depuis quelques heures, des états majors politiques de candidats à la prochaine présidentielle ont décidé de se faire entendre. Ces candidats, Éric Zeymmour et Marine Le Pen dont les programmes se résument essentiellement à la lutte contre l’immigration ou à durcir les conditions de séjour dans l’Hexagone exigent le retrait du Sénégal de la liste des pays dont les titulaires de passeports diplomatiques et spéciaux sont dispensés de visas d’entrée. 

Pour rappel, les pays de l’UE traumatisés par l’importance du nombre des passeports diplomatiques sénégalais en circulation, voulaient instaurer le système de visa à cause de la «pagaille» constatée dans la délivrance de ce titre de voyage prestigieux. La Police de l’Air et des Frontières de plusieurs pays de l’UE avait constaté une affluence, avec l’arrivée sur leurs sols de famille dont les membres avaient un passeport diplomatique. Auparavant, les autorités américaines avaient pris des mesures contre des Sénégalais. Des plaintes dans les hôpitaux et autres structures publiques ont amené les Américains à douter du document officiel sénégalais.

En mai 2019, le quotidien Enquête révélait l’octroi de 200 passeports diplomatiques à des non ayants droit notamment durant la phase transitoire entre la réélection de Macky Sall, à l’issue du scrutin du 24 février, et la formation du nouveau gouvernement, le 7 avril 2019. Une liste de 100 personnes dont les passeports diplomatiques devraient être retirés avait été donnée à la Police de l’Air.

Pour Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement National de Marine Le Pen, « Ce qui est grave dans cette affaire, ce n’est plus le fait de pauvres jeunes désespérés qui au risque de leur vie, périssent entre les océans et le désert mais, des bandits à col blanc qui ne respectent pas la souveraineté du Sénégal encore moins les lois françaises ». Au téléphone d’Atlanticactu, Sébastien Chenu s’interroge s’il est encore nécessaire que le Sénégal et les autres pays africains-qui sont adeptes de la même pratique- continuent de bénéficier de l’Arrêté du 10 mai 2010 relatif aux documents et visas exigés pour l’entrée des étrangers sur le territoire européen de la France .

Si Diane Ouvry porte-parole des amis d’Éric Zemmour met en relief la complicité des hommes politiques français qui, au nom de « l’intérêt supérieur » de la France, ferment les yeux sur des pratiques délictueuses qui sont une manière détournée et légale de conforter l’immigration clandestine, il en est autrement pour Benoît Hiberty, Adjoint à la porte-parole du Quai d’Orsay en charge de l’Amérique, de l’Afrique et de l’océan Indien, et de la coopération de sécurité et de défense. « Nos services ont bien reçu le courrier dont vous faites état et à ce niveau de prise en charge, je peux vous confirmer qu’une enquête est déjà ouverte et que la partie sénégalaise sera mise à profit pour situer les responsabilités ».

Deux heures à peine après la publication du courrier adressé au Quai d’Orsay, l’assemblée nationale qui avait décidé de faire du dilatoire dans ce scandale sans commune mesure, sort un communiqué pour convoquer le bureau. Est-ce pour la levée de l’immunité parlementaire des deux deux députés Boubacar Biaye et Mamadou Sall ?

Si Moustapha Niass et les autres membres du bureau vont se pencher sur cette affaire qui n’honore point le Sénégal, il va de soit que le passeport diplomatique sénégalais a depuis longtemps été mêlé à des scandales. C’est le cas du fameux fonds FODES crée en 1995 sous le régime de Abdou Diouf pour permettre aux chinois désirant quitter Hong-Kong-qui tombait sous la tutelle de la République de Chine- de bénéficier d’un passeport diplomatique moyennant 20.000 dollars (12 millions de francs CFA) à l’époque. Le pot aux roses a été découvert en 2002 quand l’enquête de la gendarmerie française sur le meurtre de deux chinoises, a permis de découvrir que les victimes étaient détentrices du sésame sénégalais.

L’autre scandale aura été celui du Docteur Tohme, un américain d’origine libanaise et proche de la star de la Pop Music Michael Jackson. Impliqué dans la mort du chanteur , l’homme s’était présenté aux journalistes de FOX News avec le titre de diplomate sénégalais car disposant d’un passeport diplomatique. Et la dernière en date, concerne ce jeune arrêté aux États-Unis pour trafic de drogue. L’homme qui était en possession d’un passeport diplomatique, avait cité le fils d’une haute personnalité qui lui avait octroyé ledit document.

Face à ces scandales qui entachent la crédibilité du Sénégal, Macky Sall, qui avait décidé au début de son magistère de le retirer à des détenteurs qui n’en n’avaient pas droit, se doit de rétablir cet instrument de souveraineté pour éviter que des alertes comme celle de  l’Union européenne (UE), en 2018, qui voulait instaurer le système de visas aux Sénégalais détenteurs de passeports diplomatiques. Les pays européens voulaient voter une loi qui obligerait tout Sénégalais en possession d’un passeport diplomatique de chercher un visa. Le refus des députés espagnols avaient mis un frein à cette réforme.

Cheikh Saadbou DIARRA 

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