Sénégal : Manifestations monstres après l’arrestation de Ousmane Sonko, l’effet « Pangolin » se réalise t-il ?

@Atlanticactu.com – « L’effet Pangolin » qui devait ravager l’Afrique de l’Ouest épargnerait le Sénégal, notait le Quai d’Orsay en avril 2020 ! Aujourd’hui, au vu de la situation quasi insurrectionnelle que vit ce pays depuis plus de 48 heure, tout indique que les auteurs du rapport produit par le Quai d’Orsay qui s’interrogeait au début de la pandémie que serait l’impact terrible de la crise du Covid-19 en Afrique, n’avaient pas écarté de tailler bavette avec Ousmane Sonko. Le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie avait évoqué un possible effondrement de certains Etats en place et cherchait d’ores et déjà des interlocuteurs fiables et légitimes.

Le Sénégal est de plus en plus plongé dans la violence. Depuis l’arrestation du leader du Pastef, les rues sont devenues d’immenses brasiers à ciel ouvert. Les citoyens en paient un lourd tribut, car souvent victimes directs de ces manifestations qui ont favorisé des casses et pillages sur l’ensemble du territoire. Les enseignes françaises comme Auchan, Total, Carrefour…. sont les cibles privilégiées des malfrats qui comme de coutume, profitent de telles situations pour cambrioler impunément.

Si officiellement, Paris ne réagit pas, il n’en demeure pas moins que les intérêts des ressortissants français constituent une plus value dans l’économie de l’Hexagone. Au Mali, en Côte d’Ivoire, au Niger, etc, les intérêts français, les pouvoirs en place ont tout fait pour éviter un effet boomerang d’une attaque contre lesdits intérêts de la France avec des réussîtes différentes d’un pays à l’autre. Par exemple, l’ex Président malien Ibrahim Boubacar Keïta a été lâché au moment où le M5/RSP dirigé par l’imam Dicko avait tremblé le pouvoir chancelant grippé par la corruption, l’impunité et une gestion clanique des affaires publiques.

Pour faire face à d’éventuels soulèvements dus au Covid-19 qui allait impacter sur le niveau de vie des populations et non le train de vie de l’Étst, le Quai d’Orsay à travers le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie avait évoque un possible effondrement des Etats en place et cherche d’ores et déjà des interlocuteurs fiables et légitimes. L’Élysée avait donné sa bénédiction. Et au Sénégal, des contacts officieux avaient été noués avec le Président du Pastef arrivé 3ème lors de la dernière présidentielle.

Après le désistement de Issoufou sur un troisième mandat qui allait embraser le Niger, la chute précipitée de IBK au Mali à travers un coup d’état pour couper l’herbe sous les pieds de L’imam Dicko, les stratèges du Quai d’Orsay avaient opté pour une solution d’entrisme au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso 

« Depuis le 1er avril 2020, des initiatives ont été mises en place pour une entrée du leader de Pastef dans le gouvernement. Mais, avec le temps, nous nous rendons compte que nous n’avions pas utilisé les bons intermédiaires et surtout les bons leviers », nous révèle une source diplomatique française. Ce dernier relate, « Nous savions qu’avec le Covid-19, des pays comme le Sénégal ne s’en sortiraient pas facilement au plan social et politique, c’est pourquoi il était préférable d’avoir un tel rapprochement entre les deux camps ».

Pour le diplomate qui requiert l’anonymat, « Avec cette affaire qui n’honore pas le Sénégal, on vient de se rendre compte que nous n’avions pas fait les bons choix pour convaincre Ousmane Sonko. Car, ceux-là qui y travaillaient avaient d’autres agendas et aujourd’hui l’histoire les a démasqués parce qu’avec cette affaire Adji Sarr/Sonko ».

Pour rappel, Ousmane Sonko ainsi que plusieurs leaders ouest et centre africains sont dans le viseurs des « laboratoires » français. En effet, dans une note du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS), titrée « L’effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ? », que Atlanticactu a consultée, le Quai d’Orsay estime que la crise du Covid-19 pourrait être en Afrique « la crise de trop, qui pourrait déstabiliser durablement, voire qui mettre à bas des régimes fragiles (Afrique de l’Ouest ) ou en bout de course (Afrique centrale) ». En tout cas, la crise du Covid-19 sera probablement le révélateur des limites de capacité des dirigeants actuels de ces Etats, incapables de protéger leur population. En Afrique, elle va également amplifier les facteurs de crise des sociétés et des Etats. Un nombre élevé de morts, le décès d’une personnalité ou, enfin, la comparaison entre Etat fragiles (Afrique de l’Ouest et Afrique centrale) et supposés solides (Rwanda, Sénégal) Ce qui pourrait déclencher une contestation.

La Covid-19, la corruption endémique, l’impunité, la gestion clanique… ont eu raison du Président IBK, constituent le talon d’Achille de Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé. Avec les violentes émeutes suivies de morts d’hommes, le Sénégal pourrait-il échapper au coup fatal qui menace certains régimes?

« Face au discrédit des élites politiques, il convient de trouver d’autres interlocuteurs africains pour affronter cette crise aux conséquences politiques », affirme ce groupe de réflexion du ministère des Affaires étrangères, chargé de mener des missions d’analyse de l’environnement international. D’autant que le risque d’infection d’un dirigeant âgé et déjà malade pourrait avoir de lourdes conséquences et obligerait la France « à se positionner clairement et rapidement sur la fin d’un système et sur une transition ». Pour le CAPS, il est clair que l’onde de choc à venir du Covid-19 en Afrique pourrait être « le coup de trop porté aux appareils d’Etat ». Pourquoi ? Parce que le taux de médicalisation est quasi-nul et les systèmes de santé nationaux peuvent être considérés comme saturés d’office, estime-t-il.

Pour les auteurs du rapport « Effet Pangolin »,  la plupart des États africains vont faire « massivement la preuve de leur incapacité à protéger les populations contre la Covid-19 en développant la corruption ». Et de poursuivre, « Cette pandémie pourrait être la dernière ligne droite du procès populaire contre les États, qui n’avaient pas su répondre aux crises politiques, économiques et sécuritaires ».

Pape Sané 

 

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