Édito : Libertés publiques contre violences policières, les autres boulets traînés par le Sénégal (Pape Sané)

@Atlanticactu.com – « Au nom des libertés publiques, dénonçons que les violences policières existent et que nos images les attestent, les rendent réelles aux yeux de l’opinion »

Pour protéger ces institutions que sont la police et la gendarmerie, derniers remparts et garant de nos libertés publiques, j’avais fait une promesse, qui était celle de ne plus jamais diffuser les images des policiers et des gendarmes sur les réseaux sociaux. Cette promesse ne sera pas tenue puisque les dernières manifestations suite à l’arrestation du député Ousmane Sonko ont fini de me convaincre qu’au nom de la liberté d’informer, il ne saurait être question de « cacher ces violences policières qu’on ne saurait voir ». Car, au delà des policiers et gendarmes, délégataires et exécutants de la violence légitime, des nervis, sombres et sinistres individus vêtus du manteau de la légalité républicaine, s’en sont pris à cœur joie sur des citoyens qui se sont appropriés un droit constitutionnel, à savoir la « résistance qui est un droit imprescriptible inscrit dans le Préambule de la constitution du Sénégal ».

Aujourd’hui, au delà du caractère républicain de nos forces de sécurité et de défense, il revient d’extirper ces forces de sécurité du contrôle exclusif des hommes politiques qui en plus de la légitimité populaire que leur octroie tout pouvoir, ne peuvent avoir un instrument légal de droit ou de vie sur des citoyens qu’ils peuvent dévoyer pour leurs petits intérêts. N’est-ce pas ce que l’on reproche à la Justice ou plutôt au pouvoir judiciaire qui a décidé depuis belle lurette de se départir du pouvoir constitutionnel conféré pour la sinistre table des politiciens véreux et pouvoiristes à souhait.

Ainsi, journalistes en devenir, professionnel·le·s de l’information, syndicats de journalistes représentatifs de la profession, associations de défense des droits humains, avocat·e·s et usagers des médias, devons alerter l’opinion publique sur de telles dérives qui sont des menaces en devenir. Il en va de la liberté de la presse et, plus largement, du droit d’informer et d’être informé.

 « Se taire c’est rendre l’opposition des forces de l’ordre encore plus systématique, plus violente et impunie »

Ne nous y trompons pas. Les sorties du ministre de l’intérieur sur les présumés nervis officiant aux côtés des forces de police ou de son collègue de la Justice, Me Malick Sall, évoquant des lutteurs frappés par le chômage technique dû au Covid-19, le pouvoir fera tout pour rendre toujours plus difficile l’accès à une information indépendante donc dérangeante, sur le travail des forces de l’ordre. Ne nous leurrons pas, ce silence du Président Macky Sall après des jours de violences sur l’ensemble du territoire national ayant entraîné plus d’une dizaine de morts, plus 500 blessés et des dégâts matériels incommensurables, s’inscrit dans un contexte où la majorité présidentielle s’est subitement rendue compte que le pouvoir était à deux doigts de lui échapper.

Pour ne pas donner l’impression d’affaiblir les forces de l’ordre assez éprouvées par ces jours où presque tout a failli basculer, le pouvoir va rendre toujours plus difficile l’accès à une information indépendante donc dérangeante, sur le travail de la police. Donc, une restriction des libertés en usant de la parabole « une main de fer dans un gant de velours p ». Mais, devons-nous rappeler que la force publique est au service de tous et, doit être observable en tout temps, par toutes et tous ?

Les violences policières existent, nos images les attestent, les rendent réelles aux yeux de l’opinion. Ce alors même que les autorités nient leur existence et persistent, une nouvelle fois, à vouloir les invisibiliser. C’est d’ailleurs ce contre-pouvoir, nécessaire en démocratie, que le gouvernement et sa majorité parlementaire souhaitent bientôt enlever aux citoyens, aux journalistes encore soucieux de dénoncer ce qui ne va pas dans nos sociétés. Les forces de l’ordre doivent agir sous la surveillance des citoyens. Même devant les smartphones ou les caméras, si le public le juge nécessaire pour notre démocratie.

Dans un État démocratique respectueux du droit international et de la liberté d’informer, ce serait inutile.

Pape Sané 

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