Coronavirus : Les privilégiés sénégalais obligés de se faire soigner dans les hôpitaux de Dakar

La pandémie du Coronavirus aura réussi au moins une chose, faire en sorte que les hommes politiques et autres proches du régime soient contraints de recevoir des soins au Sénégal. Inimaginable il y’a quelques semaines, se soigner sur place est devenu une réalité. Cette donne permettra aux dirigeants de penser à investir plus dans les structures hospitalières d’autant plus que la qualité du personnel soignant n’est plus à démontrer. Récemment, le passage sur une chaîne française du Président de la Cour d’appel de Dakar venu faire un check-up à l’Hôpital Américain de Neuilly après 4000 km avait suscité l’indignation.

Depuis les indépendances, les dirigeants sénégalais comme leurs pairs africains n’ont jamais voulu mettre la priorité sur les structures de santé. Habitués qu’ils sont à se faire soigner en Europe dans les cliniques huppées et autres hôpitaux. Avec la pandémie qui a mis à nu tous les systèmes sanitaires et l’impossibilité de voyager, les politiques sont désormais coincés sur place avec l’obligation pour la première fois à se remettre à leur système de soins et à révéler leur état de santé.

Est-ce le début d’une prise de conscience de l’establishment dirigeante sur son système de santé? C’est en tout cas le souhait du Colonel Cointet , ancien chef du service de chirurgie de l’Hôpital Principal de Dakar. Cet officier français retraité mais résidant au Sénégal où il continue d’exercer dans une clinique privée, « Aujourd’hui, face à l’impossibilité pour les hauts responsables du pays d’aller en Europe en « mission » depuis la fermeture des frontières de l’espace Schengen en raison de la pandémie de Covid-19, ces derniers devraient cultiver une conscience plus patriotique en priorisant la santé publique et non les investissements de prestige ».

Pour le Pr Serigne Abdoul Ba qui donnait quelques chiffres, « Les évacuations sanitaires sont coûteuses pour l’Etat et les familles ». Et d’ajouter, « L’évacuation d’un malade (à l’étranger) coûte en moyenne 5 millions FCFA. Les 500 malades font 2,5 milliards alors que le coût des consommables pour prendre en charge 500 malades à Dakar est de 261 millions de francs CFA, soit une économie substantielle de plus de 2 milliards de nos francs».

Des « missions » pour voyager aux frais du contribuable souvent inopportuns « pour effectuer des check-up médicaux, soigner de simples bobos ou encore des maladies pernicieuses», ont crevé depuis des décennies les budgets de plusieurs ministères

Le plus loquace avec la pandémie, d’ordinaire très discrets sur leur état de santé et le manque de confiance vis à vis du personnel local au point de préférer se faire soigner à l’étranger, les « missionnaires » communiquent plus sur leur situation médicale depuis l’apparition du Covid-19.

Si au Sénégal, hormis Pape Diouf, ancien Président de l’Olympique de Marseille, Alioune Badara Diagne édit Golbert et l’ancien ministre Moustapha Guirassy, l’élite surtout politique est encore épargnée du moins , d’après les communiqués quotidiens du ministère de la Santé. Ce qui est loin d’être le cas ailleurs notamment en Occident où l’un des derniers à être atteint par le Coronavirus, est le Premier Ministre britannique Boris Johnson. Pas loin du Sénégal, en Côte d’Ivoire, l’incontournable ministre de la Défense, Hamed Bakayoko, a reconnu le lundi 6 avril dernier avoir contracté la maladie. Le même jour, son Premier ministre et candidat à la présidentielle d’octobre prochain, Amadou Gon Coulibaly, sortait de quatorze jours d’une quarantaine volontaire : il avait été en contact avec un collaborateur infecté.

Même situation au Burkina Faso où cinq ministres ont été testés positifs. La Guinée compte deux ministres et douze membres du personnel de la Présidence parmi les cas confirmés, le président Alpha Condé ayant été testé négatif. La hantise de faire partie de cette liste qui plane comme une épée de Damoclès sur les dirigeants, devrait au sortir de cette crise leur permettre de multiplier les investissements dans le secteur de la santé.

Les différents présidents sont abonnés aux cliniques européennes et des fortunes sont dépensées annuellement pour eux et leurs proches. D’ailleurs, « Si nos clients africains arrêtaient de venir se soigner, nous aurions baissé rideau depuis longtemps », avait publiquement confessé Serge Paul, patron de la Régente, une clinique très courue par les autorités sénégalaises

Alors que nos dirigeants se limitent à des investissements superficiels pour relever le plateau médical national avec des hôpitaux sous-équipés et les moyens inexistants, nos chefs d’État, leurs ministres et leur « Cour » se replient toujours en Europe ou au Maghreb pour leurs soins personnels. Mais la réaction populaire se fait sentir depuis quelques années surtout après le passage du Juge Kandji dans l’émission Capital de la chaîne M6.

Pour le Docteur Rachid Benamouda, exerçant à « Evya » l’une des cliniques les plus huppées du Maroc, « Je ne comprend vraiment pas les sénégalais. Moi j’ai effectué mes études de médecine à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et mes collègues sénégalais sont très prisés dans le monde ». D’ailleurs, « J’en ai fait venir quatre qui travaillent avec moi et quand des autorités sénégalaises viennent ici, ils ne souhaitent pas que leurs compatriotes pourtant d’excellents praticiens s’approchent d’eux ».

Mais, le plus hilarant nous précise-t-il, « Pour la plupart, c’est des bobos qui peuvent être soignés à Dakar mais , ils viennent souvent accompagnés de personnes qui n’ont absolument rien à voir avec le fonctionnaire et ils paient cash, pas de chèque »

Le confinement actuel des « missionnaires » et de leurs proches va apporter une enveloppe consistante car, les les frais de ces « missions » coûteraient au bas mot quelques à plusieurs milliards de francs au Trésor Public.

Pape Sané (Atlanticactu.com)

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