TRAITE DES PERSONNES ET PROSTITUTION : Saly, le paradis des traitants des mineures

Au moment où le ministre du Tourisme et des Transports Aériens, Alioune Sarr, présent au Salon du Tourisme de Paris pour vendre la destination sénégalaise, un rapport de l’Organisation des Nations Unies contre la drogue et le crime décrit Saly Portudal, la principale station balnéaire comme étant le point spécifique dans la structuration des réseaux de traite qui alimentent le marché européen de la prostitution.

C’est un rapport explosif que Atlanticactu.com a parcouru qui risque d’annihiler les efforts du ministre du Tourisme Alioune Sarr qui pour les besoins du Salon du Tourisme en France, s’est déplacé avec une impressionnante délégation, l’une des plus importantes en nombre, pour vendre la destination « Sénégal ». Dans ledit rapport, l’Onudc met en exergue la traite des êtres humains qui est en constante augmentation par rapport à 2016 où 70% des victimes étaient des femmes ou des jeunes filles.

Mais 31 % des victimes de traite dans cette région le sont à des fins d’exploitation sexuelle, en tant qu’esclaves en situation de conflit armé ou prostituées dans les centres urbains et les zones touristiques, particulièrement la station de Saly à 70 km de Dakar et Sénégambia en Gambie.

Dans ce chapitre particulier de la traite aux fins de prostitution surtout à destination de l’Europe, le Sénégal, et plus particulièrement la station balnéaire de Saly, située sur la «Petite Côte», joue un rôle spécifique dans la structuration des réseaux de traite qui alimentent le marché européen de la prostitution. Les jeunes filles exploitées à Saly sont souvent mineures, mais toutes ont tendance à majorer leur âge, conformément aux instructions données par les trafiquants qui les séquestrent et les obligent à se prostituer.

Young Nigerian women, rescued from human traffickers, gather in a shelter on the outskirts of Moscow, Russia February 21, 2019. Picture taken February 21, 2019. REUTERS/Maxim Shemetov – RC12B8705CF0

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Elles sont sénégalaises ou étrangères ; 17 nationalités ont été répertoriées ; les plus nombreuses sont burkinabées, camerounaises, gambiennes, ghanéennes, ivoiriennes, maliennes, nigérianes, sierra-léonaises, parfois thaïlandaises ou chinoises. Toutes ont transité par d’autres lieux d’exploitation sexuelle, principalement des pôles touristiques situés en Gambie ou en Guinée-Bissau, la ville de Ziguinchor en Casamance, région encore fragilisée par un conflit armé de plus de trente ans, mais aussi des bassins miniers de bauxite en Guinée et des sites d’orpaillage du Sénégal oriental. Certaines filles venant de villages frontaliers inaccessibles, effectuent une étape préliminaire à Kédougou, ville du bassin aurifère du Sénégal oriental, où les « traitants » viennent négocier leur «achat». A ce moment-là, la jeune fille vendue ne connaît pas les termes de la négociation ; elle découvre la réalité seulement à son arrivée sur le site d’orpaillage. Ses pièces d’identité si elle en dispose lui sont confisquées. Le prix du rachat d’une hypothétique liberté est fixé par les «maîtres» ou les «patrons» à 1 million de francs payable sur une durée. Pour s’affranchir de cette «dette», les jeunes filles se prostituent et font des versements quotidiens, enregistrés dans des carnets par les «gestionnaires».
Ce fut le cas de Mery, une jeune sénégalaise issue de Kolda, à qui un ami qui en fait est un trafiquant avait promis une vie meilleure et un voyage en France : «Je suis venue il y a deux ans. J’ai été amenée par un homme que je connaissais bien depuis Kolda qui m’a forcée à coucher avec lui d’abord, puis à me prostituer pour racheter ma liberté».
Les réseaux de traite implantés à Saly reposent sur une organisation très hiérarchisée. Ils réunissent cinq à dix jeunes filles, étrangères ou sénégalaises ; elles sont exploitées dans les rues et les bars. Parmi elles, Fatu, jeune Gambienne, a été convaincu par un étranger lors de la crise postélectorale de 2017 de s’installer à Mbour d’où elle pourrait rapidement rejoindre un pays de l’Europe. Depuis, elle vit le cauchemar et son souhait le plus cher est de retrouver les siens : «Je veux rentrer ; je n’ai jamais exercé le métier de prostituée auparavant», dit-elle.

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Ces jeunes filles sont «encadrées» par des «tantes» plus âgées : elles-mêmes victimes de traite, elles sont utilisées par les trafiquants pour recruter de nouvelles victimes. Ces «mamas» espèrent ainsi solder leur «dette» et gèrent les jeunes filles pour le compte des «tuteurs» et des «fiancés» qui sont un à deux par réseau, le plus souvent nigérians ou italiens.
Ainsi, bien que les réseaux de traite se déploient principalement à l’échelle régionale en Afrique de l’Ouest, d’importantes routes de trafic international se structurent autour du pôle touristique de Saly où les jeunes victimes sont non seulement exploitées, mais également «initiées» aux pratiques du marché européen de la prostitution.
Entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe, le Sénégal occupe désormais une position stratégique sur les routes de la traite des jeunes filles à des fins d’exploitation sexuelle.

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