Sénégal : Etat laïque, Etat « Musulman », les deux faces d’une même pièce ?

En 1960, Léopold Sedar Senghor, Mamadou Dia, Lamine Guèye, Valdiodio Ndiaye, etc cherchaient à bâtir une nation parce que le pays existait déjà. Aujourd’hui, l’inverse semble se produire avec la recherche effrénée du Nation. Cinquante neuf ans après l’indépendance, le Sénégal est entré dans un questionnement existentiel qui, à ce jour, n’a toujours pas trouvé de réponse claire et encore moins définitive. L’ambiguïté quant à son exacte nature politique s’est articulée dès le début surtout autour de deux problématiques. D’abord, son positionnement vis-à-vis de son voisinage, hier « frère » , aujourd’hui « frère ennemi », avec lequel certaines positions ont exacerbé les antagonismes.

En 1960, presque toute sort « victorieuse » du combat anticolonialiste contre les puissances occidentales. Elle devient à la fois une flopée de micro états indépendants qui se proclament démocratiques (Ces états se dote d’une Constitution).

Outre ces observations d’ordre existentiel, le Sénégal fut promis à « s’affronter » dès les premiers jours de l’indépendance en raison de différends territoriaux avec le Mali, la Mauritanie et plus tard la Gambie. Intrinsèquement, le Sénégal se sentait donc fragilisé dès ses débuts face à ses incommodants voisins, d’emblée plus « indépendant » que lui et, à tort ou à raison, menaçant pour sa souveraineté et son intégrité territoriale.

L’autre source d’ambiguïté reste bien sûr le rapport du « pays de la Teranga » à l’islam et son attitude face au voisinage. Le Sénégal en voulant incarner le havre de paix des musulmans tout en restant ouvert pour les autres religions, a posé sans s’en rendre compte les jalons d’un pays « musulman » à côté de la république islamique de Mauritanie. Pourtant
Feu Mamadou Dia, en vertu de sa formation intellectuelle et de la méfiance qu’il entretenait vis-à-vis des particularismes ethniques et de la religion en général, imaginait pour sa part un État laïc, où les musulmans seraient certes majoritaires, mais où toutes les religions auraient droit de cité. Face à lui, certains ténors, qui ne s’étaient résigné que de mauvais gré, et par calcul politique, militent dès 1960 pour que le Sénégal devienne un État islamique fondé sur la sharia. En outre, le caractère universaliste de l’islam ne pouvait selon eux être compatible avec un État-nation au sens européen du terme. Les deux logiques s’entrechoquaient. Enfin, les autres pays voisins virent d’un mauvais œil l’apparition sur la scène internationale d’un pays qui se vantait d’être le premier État africain fondé sur son appartenance culturelle et d’être, en vertu de cette identité, de facto anticommuniste.

Cette question du positionnement du nouvel État face à l’islam conditionna l’essentiel de la politique des dirigeants successifs, depuis Senghor jusqu’à nos jours. Senghor sous la volonté de Mamadou Dia voulait avant tout construire un État fort, véritablement une « nation » basée sur une culture et une langue communes.
Mais, les pourfendeurs du Maodo, ayant très vite compris que leurs pouvoirs réels dépendraient des religieux, firent tout pour faire capoter ce contrat lancé par l’ancien Président du Conseil.
C’est ainsi que Roland Collin, proche de Mamadou Dia, disait : « Si certains hommes politiques se sont réclamés de l’islam, c’est bien moins en vertu de leur foi personnelle que pour forger une nation musulmane transcendant les clivages ethniques et confrériques.»

La trajectoire politique chaotique du voisinage depuis 1960 contraste très fortement avec la stabilité institutionnelle du Sénégal, qui a érigé son caractère démocratique en véritable marque de fabrique. Plutôt que de s’interroger sur la compatibilité de l’islam avec la démocratie, il serait plus exact de rappeler qu’au Sénégal se mêlent de nombreux facteurs expliquant cette alternance d’épisodes démocratiques et d’épisodes autocratiques :
Son angoisse existentielle face à la Mauritanie, la Gambie sous Jammeh, la Guinée Bissau et l’éternelle Conakry , qui a justifié de réduire le champ des libertés au nom de la sécurité nationale ; la gestion des tensions ethniques et des groupes sociaux, qui n’ont guère facilité l’élaboration d’une vie politique pluraliste et démocratique ; un débat sur le caractère identitaire de la religion et donc sa place dans l’espace public.

Cette accumulation de facteurs a effectivement fragilisé le Sénégal et contribué à en faire un État certes en difficulté, mais non dépourvu de ressources et de vitalité.

Aujourd’hui, le danger de voir disparaître la laïcité au profit d’un état hybride pointé à l’horizon. Depuis 2012, l’actuel Président de la République, a décidé d’impliquer sa gouvernance tout autour de la religion. C’est ainsi que de nombreux projets sont lancés au bénéfice des cités religieuses ayant un fort personnel politique. Une tendance qui déchire les fondamentaux d’une république laïque et démocratique. En posant de tels actes, le Président Macky Sall, verse dans la république « musulmane » tout le contraire d’une république laïque.

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