Crise malienne : Dialogue de sourds entre la CEDEAO « Transition civile immédiate » et 03 ans selon le CNSP

@Atlanticactu.com – La tension entre les chefs d’état de la CEDEAO et le CNSP, organe qui dirige le Mali depuis la demie IBK, a atteint son paroxysme. Après les sanctions édictées telles la fermeture des frontières et l’arrêt de tous les flux et transactions financières et économiques, la CEDEAO passe à la vitesse supérieure à l’occasion du sommet de ce vendredi en exigeant le retrait des militaires du pouvoir pour laisser les civils diriger la transition et ce, de façon immédiate. À cela, le Colonel maintient la cadence et parle de 03 ans de transition dirigée par l’armée. Une escalade de plus en plus inquiétante pour les maliens qui ne comprennent pas l’attitude de la CEDEAO.

Le président de la Communauté des Etats ouest-africains, Mahamadou Issoufou, a tancé les militaires désormais au pouvoir au Mali pour leur refus de rentrer dans leurs casernes, à l’ouverture d’un sommet appelé à statuer sur le maintien des sanctions contre ce pays. La Cédéao a notamment réclamé ce vendredi des « élections dans un délai de 12 mois » et promis la levée « progressive » des sanctions en fonction des avancées. 

Le chef de l’Etat nigérien, président en exercice de la Cédéao, a défendu le principe général des sanctions contre les putschistes en ouvrant les travaux de ce deuxième sommet extraordinaire virtuel des dirigeants ouest-africains, dix jours après le coup d’Etat. Ils sont censés délibérer sur le maintien, la levée ou le renforcement de sanctions déjà prises contre leur voisin et membre de l’organisation.

Pour Mouhamadou Issoufou, « Pour un pays, le putschisme est une grave maladie. Pour en guérir, une seule ordonnance: les sanctions », a-t-il annonce à Niamey. La junte « refuse de regagner les casernes alors que le pays est en guerre, ce qui exige, plus que jamais, que l’armée se concentre sur sa mission traditionnelle« , a-t-il dénoncé en faisant référence à la propagation djihadiste. L’ennemi cherche justement « à exploiter le vide institutionnel actuel », a-t-il mis en garde.

Pour la CEDEAO, force est de constater qu’il y’a un Blocage institutionnel

Pour rappel, un groupe d’officiers a renversé le 18 août dernier Ibrahim Boubacar Keïta, à la tête du Mali depuis 2013. Date à laquelle le pays continue de  s’enfoncer dans la crise sécuritaire, économique et politique.  Le président Keïta avait le soutien de la communauté internationale et de la Cédéao. Mais il faisait face à une contestation grandissante nourrie par l’apparente incapacité à faire face aux violences djihadistes et intercommunautaires, un profond marasme économique et social et le sentiment répandu de corruption endémique du pouvoir. Une corruption que les maliens n’ont pas pu digérer.

Le Mali était en situation de blocage institutionnel quand les militaires ont déposé le président, accomplissant le voeu d’un mouvement de contestation hétéroclite dirigé par l’Imam Dicko qui réclamait dans la rue la démission de Keïta depuis des législatives contestées en mars-avril.

La Cédéao réclame le retour des civils au pouvoir. Elle a différents motifs d’inquiétude tenant à la légitimité des dirigeants ouest-africains et à une stabilité sahélienne déjà mise à mal.

Lors d’un premier sommet par vidéoconférence le 20 août, elle a dénié toute légitimité aux putschistes, suspendu le Mali de ses organes de décision, ordonné la fermeture des frontières de ses Etats membres avec le Mali, et stoppé tous les flux financiers et commerciaux. Cet embargo préoccupe les colonels nouveaux maîtres de Bamako, tant la population pauvre de ce vaste pays enclavé a un besoin vital d’échanges.

Un an maximum de transition avec un Civil aux commandes. Niet des militaires qui campent sur les 3 ans de transition dirigée par la soldatesque, un véritable dialogue de sourds.

La CEDEAO va-t-elle mettre en pratique ses menaces en projetant sur Bamako sa force d’attente pour obliger les soldats à regagner les casernes? Pour les observateurs de la crise malienne, cette menace n’est pas prête pour être mise en exécution car, les armées des pays de la CEDEAO sont toutes engagées soit dans la lutte contre le terrorisme au Mali ou, sont déployées dans d’autres théâtres d’opérations de l’ONU.

Pourtant, les militaires ont bien promis de remettre le pouvoir aux civils après avoir apporté plusieurs réformes notamment dans la sécurité et la défense du territoire. Ils ont manifesté leur volonté de compromis auprès de la mission de médiation dépêchée par la Cédéao au Mali de samedi à lundi. Ils ont accédé à la demande de la Cédéao et ont laissé ses émissaires rencontrer le président déchu. Jeudi, veille du sommet, la junte a annoncé l’avoir libéré.

Le rétablissement d’Ibrahim Boubacar Keïta dans ses fonctions, exigence initiale de la Cédéao, n’est plus d’actualité. Le président en exercice de l’organisation a acté vendredi que, selon les propos que IBK a tenus à la mission de médiation, il a démissionné de son plein gré.

En revanche, la transition devant ramener les civils au pouvoir, sa durée et l’identité de celui qui la dirigera partage la Cédéao et la junte. La « transition ne saurait dépasser 12 mois », selon le rapport de la mission de la Cédéao consulté par l’AFP, alors que la junte souhaitait initialement trois ans. Elle en propose deux à présent.

Cheikh Saadbou Diarra 

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