Chronique : l’État sénégalais, un grand corps riche loin des attentes du citoyen

De 1960 à nos jours, les citoyens ont servi de canon à chair durant les joutes électorales, ils ont enrichi à travers des impôts le standing de l’État, ont même eu à voter pour leurs tortionnaires. Pourtant, pour nos sociétés modernes et démocratiques l’un des objectifs prioritaires devrait être le bien-être et le confort des citoyens afin qu’ils puissent vérifier et utiliser quotidiennement les progrès sanitaire, scolaire, social, technique que nos gouvernements mettent en œuvre.

Mais en voyageant régulièrement à travers le monde et même sous certaines de nos démocraties tropicalisées, on se rend compte que pour le Sénégal et le sénégalais le compte n’y est pas. Pour cause, la structuration de cet état qui est plus proche d’une monarchie européenne du siècle dernier, a été conçue sur le modèle de la gestion coloniale avec la ligne invisible entre l’État, les citoyens et les sujets. En somme, notre État est très éloigné du citoyen et ce, à tous les niveaux. Sauf bien sur, quand il s’agit de répression policière où toute la puissance négative soit dit en passant,  est visible.

Pour preuve, il suffit juste de voir la politique d’infrastructures de l’État pour en constater les effets discriminatoires d’une région à l’autre. Ainsi les routes. En dehors du réseau autoroutier qui relie Dakar à Touba, un tiers des autres routes sont en mauvais état. Entre deux élections ou plutôt deux pouvoirs, ces routes sont notoirement plus proches des pistes de production car. étant conçues pour durer le temps d’un magistère. Sur ces mêmes routes, à défaut de signalisation efficace, le seul service qui fonctionne remarquablement c’est le contrôle des agents de sécurité. Une vraie mafia régulièrement dénoncée par les syndicats de transport et les usagers qui font fi d’être poursuivi pour outrage à agent ou d’autres trucs pour décourager les récalcitrants.

Sur nos maigres routes, les aires dédiées aux camions sont minuscules, les entrées en station deviennent donc de vrais parcours de combattant afin d’éviter que les poids-lourds n’encombrent le passage. Aménager de grands « Lorry-center » à l’allemande n’est pas prévu. Et en lieu de tunnel, ponts et voies de contournement, l’État n’a trouvé comme solution économique que la construction de ronds-points. L’automobiliste, lui, se démène dans des bouchons interminables et polluants.

Nos villes deviennent tabou pour les automobilistes mais on ne construit pas pour autant les parkings de dégagement.

Les voies navigables ou aériennes, faut juste en parler pour rire car, moins de 500 milles des 16 millions de sénégalais, n’en voient qu’à la télévision même si la presque totalité du territoire aurait pu bénéficié d’un excellent réseau navigable. Le gouvernement Macky Sall a définitivement enterré le projet des fameux bateaux-mouches devant relier Dakar à certains endroits comme la Petite Côte, les Iles du Saloum, Ziguinchor, etc… Un projet qui aurait pu devenir l’axe majeur de circulation des personnes et des marchandises. Tant pis pour la pollution économisée et les routes dégagées et bravo aux surfacturations pour des éléphants blancs comme le TER, le BRT, etc…

N’abordons même pas la monstrueuse désindustrialisation du Sénégal dont nous n’avons pas fini de payer le prix avec des importations qui ont fini d’installer une politique d’assistanat perpétuelle. Au moment où des psys comme la Corée du Sud, plus pauvre en 1960, nous tend la perche d’une aumône dont peu jouissent.

Même la téléphonie et l’internet dont le réseau est supposé couvrir tout le territoire, les  zones blanches sont innombrables et il est courant que les services en cause répondent que nous sommes en bout de ligne. En dehors des grandes agglomérations c’est le cas partout.

Tout se fait à l’économie car l’État préfère utiliser ses budgets pour d’autres genres d’investissement plus onéreux et moins nécessaire . Il s’agit prioritairement de payer la clientèle politique et les fonctionnaires dirigés par une oligarchie généreusement entretenue et très éloignée des réalités au-delà de la Corniche Ouest.

Donc les besoins du peuple, on s’en moque. On embarque la populace dans de grands projets prestigieux qui font la grandeur du Sénégal qui malheureusement, est toujours en mode décadence.

Ainsi le Centre International des Conférences Abdou Diouf ou Dakar Arena qui devraient être des phares du sport et des échanges n’ont jamais été entretenus depuis longtemps. Bientôt, pour justifier des dépenses, on nous annoncera leur fermeture pour rénovation. C’est typiquement sénégalais  : on inaugure en grande pompe mais on ne prévoit plus les budgets d’entretien pour finalement recommencer à zéro. Pour beaucoup plus cher.

Nous vivons de plus en plus dans une société virtuelle ou l’on confond webinars et télétravail avec efficacité et avenir, santé avec économie en berne, distantiel avec présentiel pour finir avec un peuple appauvri et méprisé.

À force de prioriser le social assisté, les revendications des minorités bruyantes, le bien-être animal, celui des citoyens finit par être méprisé. Avec un niveau de vie en baisse, un chômage en hausse, un déficit désespérément chronique et un endettement sans fin, nous ne sommes pas prêts de voir notre quotidien s’améliorer.

Mais le Gorgolou sur son tas d’immondices ou d’eaux verdâtres des dernières inondations  continue d’espérer et de chanter la gloire du roi…

Pape Sané 

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