Affaire Lamine Diack : Pape Massata Diack, l’homme clé pour accuser la Russie

Plus cette affaire avance, plus les charges se multiplient contre Diack Père et Fils et plus, il apparaît que la justice française n’est intéressée que par des éléments pouvant impliquer la Russie dans ce scandale. L’ancienne star de l’athlétisme Frankie Fredericks en a fait les frais pour avoir refuser la Russie de même que Lamine Diack toujours inculpé et placé sous contrôle judiciaire. Un véritable imbroglio politico judiciaire et stratégique où Dakar a eu raison de s’abstenir de prendre position.

Les juges français du Pôle Financier de Paris devront patienter avant d’espérer voir la tête de Massata Diack cité comme son père dans le scandale du Comité International Olympique. L’affaire avait démarré en 2013. Au moment de l’attribution des Jeux olympiques 2020 à Tokyo, plusieurs dignitaires africains sont réunis dans un hôtel de Buenos Aires, le primus inter pares donnant le ton puis emportant les suffrages de ses pairs. «J’avais toutes les raisons de soutenir la candidature japonaise, expliquera MR Diack aux enquêteurs français. Selon lui, des coureurs éthiopiens ou kényans habitent au Japon et sont même mariés à des Japonaises, sans que le Japon ne leur demande de prendre la nationalité, permettant ainsi aux athlètes africains de continuer à concourir pour leur pays.»

Même si l’argumentaire est noble, un versement un mois plus tard de 1,3 million de dollars, versés par le comité d’organisation de Tokyo 2016, sur le compte de son fils, Massata Diack, pose problème. Lequel avait averti son père précédemment par mail, en des termes plus business que familiaux : «OK président. Il paraît que Sheikh Ahmad est en train de tout faire pour amener les Africains à voter Madrid !!! Il faut qu’on verrouille durant la pause.»

Pamodzi et Pape Massata Diack deviennent les VRP de l’IAAF et parcourent le monde sous le couvert de Responsable Marketing

L’entrée en scène de Pape Massata Diack constitue le premier clou dans le « cercueil » qui va emporter le tout puissant patron de l’athlétisme mondial. Après avoir obtenu le titre officieux de responsable marketing de l’IAAF, l’activation d’un système offshore, permet de d’établir de nouvelles connexions, tous les flux financiers suspects recensés par la justice française, concernant l’attribution des JO comme des mondiaux d’athlétisme, semblent transiter par lui, via sa structure Pamodzi Sport Consulting.

Pour en avoir le cœur net, les enquêteurs ont interrogé l’ancien directeur marketing en titre de l’IAAF, l’hispano-suisse Luis Carulla. Qui raconte ainsi son recrutement remontant à 2006 : «Je connaissais peu Lamine Diack, mais j’étais très ami de son fils Papa Massata, puisque nous étions ensemble au même moment à ISL [ancienne filiale d’Adidas dédiée au marketing, depuis trépanée à la suite de multiples affaires, ndlr]». Et de dresser un portrait flatteur de son comparse : «PMD était le meilleur vendeur, qui a engendré de très bons bénéfices pour l’IAAF, et pour le sport en général. L’essentiel était l’efficacité du système.» Pas le moindre indice de conflit d’intérêts ou de trafic d’influence ? «Vous me demandez pourquoi Lamine Diack n’a pas embauché PMD à ma place, je peux imaginer qu’avoir son fils comme directeur marketing aurait pu être perçu comme étrange.» Quant aux millions récoltés clandestinement, ce ne serait que justes salaires et frais de fonctionnement : «Nous logions toujours dans un hôtel cinq étoiles, voyagions en business car… Pour négocier un contrat de plusieurs dizaines de millions de dollars, il faut être en bonne forme.» Pour les besoins d’une juste cause, donc.

Les Juges français veulent mouiller la Russie mais n’obtiennent rien de Lamine Diack. Pape Massata Diack devient le témoin le plus important mais Moscou, avertit Dakar contre toute ingérence

Dans cette affaire, l’ancien président de l’IAAF, Lamine Diack, ne serait en fait qu’un otage. Car, « Sa coopération dans cette affaire prouve que l’ancien maire de Dakar, n’a aucune responsabilité directe dans tout ce qui s’est passé même si, on peut lui reprocher sa passivité », selon l’ex responsable des affaires juridiques de l’IAAF.

D’ailleurs, Diack Père a toujours répondu scrupuleusement aux convocations de la justice française, au point d’être réentendu la semaine dernière en même temps que Michel Platini, on ne peut pas en dire autant de son rejeton, réfugié à Dakar, la justice sénégalaise refusant la moindre demande d’entraide judiciaire internationale. Parce que le sport business, et la Russie en particulier, se seraient invités sur la scène politique locale ? Son sort est depuis l’enjeu d’une subtile partie de dominos diplomatico-juridico-sportive, le Sénégal promettant de le poursuivre à domicile sans grand résultat tangible à ce jour.

Mais, la CIO semble en porte-à-faux depuis l’attribution au Sénégal des Jeux mondiaux de la Jeunesse en 2022. Tout en protestant de ne «pouvoir interférer dans les procédures judiciaires» en cours, le CIO s’est toutefois fendu, fin 2018, d’une lettre au président sénégalais Macky Sall, relevant que «les faits reprochés par la justice française à Lamine Diack et son fils Papa Massata constituent une atteinte à la crédibilité des organisations sportives» et de l’enjoindre : «Dans ce contexte, l’engagement de votre gouvernement au service de l’entraide pénale avec les juges français serait particulièrement apprécié […] dans les meilleurs délais.» On en restera là pour l’instant.

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