Sénégal : Prostitution des mineurs, la nouvelle en vogue (Dossier)

Le plus vieux travail du monde n’est plus le lot des femmes d’un certain âge. Depuis le milieu des années 2000 avec l’éclosion des « Bars à putes » à Dakar un concept hérité de la France où depuis les années 80, il était interdit d’exploiter ce genre de débit de boissons, la prostitution a subi une transformation générationnelle . Une situation aggravée par l’ampleur de la pauvreté, de l’essor d’internet et d’une absence de politique préventive. Atlanticactu.com vous plonge dans le secret de la nouvelle tendance, la prostitution des mineures. Dossier

Le début des années 2000 coïncidant avec la première alternance politique, aura été le point de départ de la dépravation des mœurs au Sénégal. Si auparavant, la population des travailleuses du sexe se résumait en grande partie aux femmes issues de pays anglophones souvent tiraillés par les guerres civiles , les sénégalaises qui s’adonnaient à cette pratique se comptaient sur le bout des doigts. Même si des quartiers tristement populaires comme « Khouroubouki » à Thiaroye ou Rebeuss avaient la particularité d’être la tanière de ces sénégalaises qui avaient décidé d’assumer leurs choix.

Le Port de Dakar qui recevait le plus de paquebots de croisière et de navires marchands sans compter les bases militaires françaises, donc pourvoyeurs de clients, ont été à l’origine de la prolifération des travailleuses du Sexe. Une situation qui était bien maîtrisée par les services de police car se limitant dans un espace (Le Plateau) où tous les débits de boissons étaient bien répertoriés. En plus, la célèbre Brigade des Mœurs pouvait se déployer et faire les contrôles nécessaires en temps opportun. Le suivi médical était à l’aboi et dénonçait tout manquement aux visites médicales obligatoires des travailleuses du sexe.

Alors qu’un vaste réseau de prostitution vient d’être démantelé dans la banlieue dakaroise, nous vous proposons ce dossier rare réalisé en collaboration avec le témoignage, notamment, d’une ex-prostituée mineure, longtemps sous l’emprise d’un proxénète. On estime entre 3000 et 6000 le nombre de mineures qui se prostituent aujourd’hui au Sénégal , un phénomène en forte hausse et qui se banalise.

Quid des mineurs, la loi les expose en ouvrant la porte aux prédateurs

Dans cette enquête sur la Prostitution des mineurs, il est facile de constater que les adolescents sont exposés très tôt aux violences. Un petit sondage réalisé par Atlanticactu.com a permis de voir que 63% des jeunes filles qui se prostituaient ont auparavant subi des violences.

Le recoupement des éléments montre que 63% des jeunes filles avaient subi des violences sexuelles, physiques ou psychiques dans l’enfance : 33% ont été victimes de violences physiques et sexuelles, souvent commises au sein du foyer ; dans 61 % des cas, les mères subissaient elles-mêmes des violences conjugales. Et 66 % se trouvaient dans une situation familiale instable. Dans ce contexte, 78 % étaient en échec scolaire, un facteur qui mène à la déscolarisation totale, à la fugue, et à une plus grande vulnérabilité encore.

Fouiller l’enfance de prostitués mineurs, c’est, malheureusement, très souvent, constater des violences subies avant d’en venir à vendre son corps. Votre site a mené une étude à partir des statistiques de la police et de la gendarmerie et un recueil des informations préoccupantes, sur les adolescents prostitués pour « repérer les parcours de vie de ces jeunes afin que les professionnels soient plus à même de les protéger », a expliqué un ancien chef de la Brigade Nationale de Protection des Mineurs.

« On peut dire que ces jeunes femmes, pour la plupart, ont un parcours de vie marqué par la violence, non prise en compte », a-t-il déploré.

Entre 3000 et 6000 mineurs prostitués, l’arbre qui cache la forêt

Aucune étude globale ne mesure le nombre de prostitué(e) s mineur(e) s mais certaines associations estiment qu’ils sont 3000 à 6000 au Sénégal. Ce sont pour beaucoup des jeunes filles, âgées de 15 à 17 ans. Le phénomène prendrait de l’ampleur, surtout dans les banlieues, et avec la facilité déconcertante des réseaux sociaux.

« Au départ, ce sont d’autres jeunes qui les font rentrer dans la prostitution, une copine ou des proxénètes. […] Leur confiance est captée, tout est fait pour les fasciner, les placer dans une dépendance affective, puis les abuser en premier à partir de la victimisation, souffler le chaud et le froid, pour les mettre sous emprise avec une dépendance matérielle », décortique le Spécialiste . À la brutalité de la rue et des trottoirs s’est substitué l’insidieux confort d’Internet : l’analyse des plusieurs dossiers montre que la moitié des rencontres avec des clients potentiels s’opèrent via les réseaux sociaux. Les passes se déroulent à l’hôtel, sur rendez-vous, ou dans des appartements loués pour l’occasion. Même si les premiers rendez-vous se passent généralement dans une voiture avec une approche expéditive sous fonds de cadeaux.

Le dossier réalisé par Atlanticactu.com relève que 72 % des cas de violences dénoncées aux autorités compétentes n’ont pas fait l’objet de suites judiciaires. « Les conséquences en sont dramatiques », y note-t-on. Ce qui fait dire à notre Consultant que prendre en compte ces très jeunes victimes dès les premiers signalements « semble être in fine un des moyens de lutter contre la prostitution » des adolescents avant le passage à l’acte.

Et ce dernier d’appeler à mettre en place des structures d’accueil spécifiques pour ces mineurs, ainsi qu’à mieux former les professionnels à leur prise en charge. Et que le phénomène soit « intégré » aux mesures attendues de la promesse présidentielle de mettre fin aux violences faites aux enfants.

Aussi bien à l’école, à la maison que dans la rue, les enfants ne sont nulle part en sécurité. Les moyens de contrôle font gravement défaut aux forces de sécurité et les débits de boissons prolifèrent au point de devenir une bombe sociale

L’État est-il conscient de ce danger ambiant qui guette l’ensemble de la jeunesse ? Tout porte à croire que non, autrement, la délivrance des licences d’exploitation de bars, restaurant, auberges et autres, allait être revue à la baisse. Comme dans une tendance suicidaire, les auberges , appartements meublés, etc prolifèrent, autant la police ou la gendarmerie font face à des difficultés logistiques pour mener à bien les missions à elles assignées.

Le défi prochain du Sénégal ne devrait pas être cette tendance « Émergente » qui semble avoir obturé tout sens de discernement de nos dirigeants. Le réveil sera brutal pour les parents , pour l’état car, quand le point de non retour sera atteint, le chaos social aura fini de miner à jamais l’espoir de la Nation, c’est à dire la jeunesse.

Une situation qui devrait pousser également la réflexion pour revoir à fond la réglementation sur les débits de boissons et la prostitution.

Règlementation de la prostitution, le Sénégal est un pays à la traine

Même si le cadre juridique qui organise la prostitution laisse à désirer, prostitution est légale, sa pratique quasi impossible faute d’un cadre juridique approprié. La loi laisse beaucoup de vide sans compter qu’elle est dépassée par le temps, désuète et obsolète. La légalité du plus vieux métier du monde au Sénégal n’est que saupoudrage selon les juristes…

La prostitution est tolérée et réglementée au Sénégal, mais l’activité s’exerce dans un cadre qui n’est pas approprié. En effet, la répression du proxénétisme, prévue aux articles 323 et 325 du Code pénal, empêche la prostituée d’exercer son activité dans les hôtels, les maisons, etc. Au bout du compte elle ne peut le faire que dans la rue, mais là encore la réglementation l’en empêche en prévoyant deux types de sanction. La première est une infraction de droit commun, car relative à l’outrage public à la pudeur. La seconde est l’incrimination de la prostitution par le biais du racolage.

Pour être prostituée au Sénégal il faut avoir 21 ans. Or on ne compte plus les filles qui s’adonnent à cette pratique. L’exerçant dans la clandestinité, elles s’exposent à des risques sanitaires sans pouvoir accéder à des centres de prise en charge des infections sexuelles transmises. C’est dire que la prostitution des mineures pose d’énormes problèmes de santé publique mais également des problèmes d’ordre juridique. «Quand une fille est interpellée pour prostitution, le juge, sachant que l’article 327 bis du Code pénal pose un problème d’application, sanctionne la prostituée mineure en se référant au vagabondage alors que la prostituée majeure doit répondre du délit de prostitution».

Empêcher les mineures de s’inscrire au fichier sanitaire, c’est augmenter le nombre de clandestines et mettre en danger la population car elles ne bénéficient d’aucun des avantages qu’offrent les centres IST.

Mame Penda Sané

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