vendredi, 23 octobre 2026 10:54

Sénégal : entre chômage, précarité et vie chère, les jeunes ont le sentiment d’un avenir confisqué

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Sénégal 
Atlanticactu/ Dakar/ Touba/ Pape Sané 
La dernière sortie du président de l’Assemblée nationale sur la situation économique du pays n’aura fait qu’accentuer l’inquiétude des populations, notamment des jeunes, sur leur avenir. Ousmane Sonko, qui a peint en noir un tableau des inégalités sociales, n’a pas rendu un bon service au président de la République. Bassirou Diomaye Faye, qui, depuis quelques mois, a enfourché le cheval de la restructuration de la dette du pays, risque de faire face au seul parti d’opposition : le parti de la demande sociale.
Aujourd’hui, le pouvoir de Diomaye est confronté à la dure réalité de ce qui est dénommé la realpolitik. Et comme tous ses prédécesseurs, ne pas prendre en compte la dimension sociale dans toute politique est synonyme d’éloignement d’avec les populations. C’est pourquoi il urge que toutes les institutions renforcent leur dimension participative et sociale, sinon la colère s’exprimera dans la rue.
Le Tout Politique a montré ses limites au Sénégal. Il suffit d’interroger les anciens présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall pour comprendre qu’un chef d’État ne peut se permettre le luxe d’être sur Mars au moment où les Sénégalais cherchent la queue du diable pour la tirer. De 2021 à nos jours, les Sénégalais sont passés de l’asphyxie sociale à l’espoir avec, par moments, des piques de frustration, de restriction démocratique et de désillusion. Faudrait-il pousser le bouchon une fois de plus ? Si ça devait être le cas, tous les scénarios inimaginables pourraient être envisagés. C’est pourquoi le président de la République doit impérativement sérier les urgences.
L’une des priorités, entre autres, c’est d’interroger la place des personnes minorisées dans la société et la capacité de celle-ci à leur donner la parole puis à les entendre. Intégrer ces personnes dans le processus décisionnaire démocratique relève de l’urgence.
L’autre priorité pour le président Bassirou Diomaye Faye, il lui faudra intégrer le fait que la société sénégalaise, pour ne pas dire la masse critique nationale, a beaucoup évolué. D’où l’autre urgence de gouvernance : savoir écouter les gens parler de leur vie dans leur matérialité, et souvent dans leur violence. Car, faire de la politique, c’est prendre en considération toutes les voix.
Également, il faut éviter un renfermement du pouvoir sur lui-même sous ce quinquennat de Bassirou Diomaye Faye pour éviter de suivre le prolongement du magistère de Macky Sall, qui a disqualifié la « parole populaire ». Et le sentiment exprimé par une partie de la jeunesse de voir son « avenir confisqué », ignoré par les institutions, a fini par plonger le Sénégal dans un cycle de violences jamais égalées. D’ailleurs, les séquelles restent visibles du fait de la déchirure profonde entre citoyens.
De tels événements ne sont jamais réductibles aux circonstances qui les ont vus naître. Néanmoins, il faut rappeler le contexte. Nous connaissons, au Sénégal, des déséquilibres sociaux intenses. Le taux de pauvreté était de plus de 37,5 % de la population (soit environ 6,55 millions de personnes [le dernier chiffre publié par l’ANSD]).
Peut-on, dans ces conditions, se permettre d’alimenter des discours haineux, de laisser l’arrogance du vainqueur noyer le désir d’expression démocratique de 18 millions de Sénégalais ?
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