Opération démantèlement Pastef, Macky «assassine » sur le tard le monstre qu’il a engendré

Le Président Macky Sall affublé du titre de politicien hors pair, est en train de subir les contrecoups de sa volonté de diriger le Sénégal sans opposition et sans contestations. Son rêve de « réduire l’opposition à sa plus simple expression » dès son avènement à la tête du pays, a fini par donner naissance à un parti politique de jeunes cadres et patriotes. Oubliant qu’il a obtenu le soutien des sénégalais après l’humiliation faite par le PDS, Macky Sall encore en état de grâce, n’avait pas hésité à radier par décret No 2016-1239 Ousmane Sonko, inspecteur principal des Impôts.

Deux ans après la création de Pastef/Les Patriotes, son leader a subi le glaive du pouvoir pour dit-on, non respect de sa réserve de fonctionnaire. Pour rappel, Ousmane Sonko avait sur la base d’un document du ministère de l’économie et des finances, révélé que les députés sénégalais malgré le traitement salarial très royal, ne s’acquittaient presque pas de l’impôt. Ce qui dans un pays normal aurait été vite rectifié par les services de la questure de l’assemblée nationale, a servi de prétexte aux faucons du pouvoir de faire payer très cher ce crime de lèse-majestés à l’auteur de la dénonciation. C’est ainsi que naquit le mythe Ousmane Sonko.

En prévision des législatives de 2017, le pouvoir qui en avait déjà fini du chef de file du PDS, Karim Meïssa Wade, avait ouvert un autre front. Dans la logique de gouverner sans opposition, c’est l’ex maire de Dakar Khalifa Sall dont la coalition ADK était sortie vainqueur  lors des élections locales de 2014 en remportant la quasi totalité des communes de la capitale, dont les ambitions pour les législatives et la présidentielle de 2019 n’étaient plus un secret, qui allait passer à la rôtissoire de la puissante coalition présidentielle dans laquelle son parti le Parti Socialiste était l’un des fers de lance.

Pas question d’avoir une opposition forte d’où l’idée de mettre hors d’état de nuire des leaders comme Karim Wade considéré comme financièrement costaud et Khalifa Sall, homme de réseaux capable avec la base affective de la formation Senghorienne d’inquiéter le pouvoir 

En voulant éviter que l’opinion notamment internationale s’offusque de la mise à l’écart des opposants, ce qui en soit une première au Sénégal, le pouvoir a opté pour « lancer » Ousmane Sonko et le Pastef. Cette formation dont le leader venait de subir les foudres du Président de la République et ne disposant ni d’un appareil politique encore d’une machine électorale, était tout indiquée pour jouer les faire-valoir du gouvernement. Mettre Khalifa et Karim sous l’éteignoir et permettre au Pastef et son leader au discours va-t’en-guerre de faire le tour du Sénégal et d’accuser, était l’alternative choisie pour donner l’image d’une démocratie vivante.

Si tout était prévu dans la stratégie du pouvoir, permettant même à Pastef d’avoir son premier élu en la personne de son Président, Ousmane Sonko, il n’en demeure pas moins que Macky Sall avait ouvert la boîte à pandores. Sevrée de leader pour prendre en compte les complaintes, la population notamment les jeunes, ont rapidement adhéré au discours du chef de file de Pastef. Une rupture nette d’avec la pratique politico-politicienne avec ses compromissions, ses « wakh wakhete », ses alliances contre nature…

Le Parti des réseaux sociaux va se révéler redoutable à quelques mois des législatives de 2017 et connaîtra une ascendance fulgurante au point que les stratèges du pouvoir, s’affolent et commencent à verser dans le débat de caniveaux. Ousmane Sonko et Pastef maintiennent la cadence sans accélérer.

Sans appareil politique, sans machine électorale, Pastef devient un rouleau compresseur et dans certaines régions du pays, fait mordre la poussière à Macky Sall et à la toute puissante coalition BBY. Le Président réélu en 2019 venait de se rendre compte qu’en exécutant Karim et Khalifa, il avait créé un monstre 

En multipliant par douze son score en moins de deux ans, le Pastef était désormais dans le viseur des faucons et autres stratèges du palais. Certains commençaient même à regretter d’avoir occis des leaders comme Khalifa Sall ou Karim Wade considérés comme des produits du système contrairement à Ousmane Sonko, le gourou de l’anti système. Mais le mal était déjà fait et il fallait parer au plus presse. C’est ainsi qu’on a assisté à un discours très bas contre Pastef. Tantôt, il était assimilé aux Djihâdistes, tantôt aux irrédentistes du MFDC, etc….

Mieux, la Sonkomania a poussé certains responsables politiques proches du pouvoir à associer toute une région aux rebelles du MFDC du seul fait de la présence massive des populations de Ziguinchor au meeting du candidat de la dernière présidentielle. Avec de tels propos, comment s’étonner que les « laissés pour compte » des 38 ans de crise irrédentiste ne répondent pas à l’appel de l’enfant prodige? Car, aussi bien Ousmane Sonko que Macky Sall ou Idrissa Seck, c’est une fierté légitime d’avoir une base politique affective. Sonko l’a osé et les faits lui ont donné raison avec la sévère déconvenue de Macky Sall à Ziguinchor.

Aujourd’hui, la solution ultime c’est de frapper au cœur de l’anti système en discréditant son porte-étendard et en démantelant Pastef et les mouvements satellites qui font la force de cette jeune formation politique. Mais….

Quoi de plus vil pour un leader de se voir coller l’étiquette d’un violeur? Et pour cela, il suffit d’interroger l’autre qui malgré tous les efforts, ne parvient pas à remonter la pente. Et dans cette affaire, qui mieux que Adji Sarr, une petite orpheline travaillant dans un salon de massage avec un misérable salaire pour entacher l’honorabilité de « l’empêcheur de tourner en rond ». Un couteau à double tranchant pour les commanditaires de cette sordide combinazione digne de la petite pègre sicilienne.

L’administrateur du parti Birame Souleye Diop place sous mandat de dépôt ainsi que son épouse et Fatima Mbengue placées sous contrôle judiciaire, constituent l’épée de Damoclès sur Pastef et son leader qui s’attend dans les prochaines heures à voir son immunité parlementaire levée pour les besoins de l’enquête sur les accusations de Viols.

Cela rappelle les accusations portées dans les années 90 à l’encontre du Président Abdoulaye Wade par le tout puissant pouvoir socialiste. Ces accusations avaient fini de consacrer le Pape du Sopi comme le leader incontesté de l’opposition jusqu’à son élection en 2000 comme président de la république.

Sonko/Macky, un remake de Diouf/Wade? Hormis les acteurs, les contextes sont les mêmes au point qu’il ne serait pas étonnant que la libération de Birame Souleye Diop soit assujettie à l’entrée du Pastef dans un gouvernement de majorité présidentielle élargie…

Pape Sané 

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