Nigéria, Guinée, Côte d’Ivoire, les massacres de manifestants doivent cesser, le Sénégal doit condamner» (Par Pape Sané)

J’appelle le président Macky Sall à prendre à son tour la parole pour condamner les violences policières ainsi que la répression sanglante contre les manifestations au Nigeria, en Côte d’Ivoire et en Guinée.

Entre le mois de septembre et celui d’octobre, des milliers de guinéens, ivoiriens suivis plus tard de nigérians, subissent le rouleau compresseur des forces de sécurité. Et pourtant, ces populations au nom de la démocratie, exercent juste un Droit Constitutionnel en luttant contre les violences policières d’une part et, contre la confiscation du pouvoir d’autre part.

Ces mobilisations, dans les rues des villes des différents pays ainsi que sur les réseaux sociaux (sous plusieurs hashtag #NonAu3èmeMandat,  #EndSars), s’inscrivent plus largement dans les protestations internationales de ces derniers mois contre les violences policières concernant le Nigeria , dans un contexte de crise sanitaire doublé d’une crise économique profonde qui n’a pas manqué d’exacerber les exactions des policiers et des militaires nigérians à l’encontre des civils. Au Nigeria, au cours des deux premières semaines du confinement imposé par le gouvernement pour freiner l’épidémie de Covid-19, la brutalité policière a fait plus de morts que le virus.

Pour la Côte d’Ivoire et la Guinée, les populations luttent contre le 3ème mandat et le respect de la Constitution. Bizarrement, les deux chefs d’état de ces deux pays sont arrivés au pouvoir dans des conditions qui pouvaient laisser espérer que la démocratie était inscrite définitivement dans les annales institutionnelles. Que nenni, l’appétit vorace mais surtout la gestion clanique et gabegique, font que Alassane Dramane Ouattara comme Alpha Condé préfèrent s’éterniser au pouvoir pour éviter la reddition des comptes, synonyme de prison.

S’ils sont actuellement sur les feux de la rampe, il y’a d’autres exemples tapis dans l’ombre qui nourrissent ce projet de troisième mandat dans une chimérique 3ème ou 4ème République créée de toutes pièces. Au Niger, Mouhamadou Issoufou a mis fin au suspense en se mettant hors jeu depuis plusieurs mois mais, ce n’est point le cas du Sénégal où le président Macky Sall est dans le « Ni Oui, Ni Non ». Un manque de courage Politique  qui alimente toutes les rumeurs.

Partout, ces extraordinaires mobilisations ont poussé les gouvernements à user de la force, souvent disproportionnée. Si pour les causes (3ème mandat, confiscation du pouvoir, violences policières….) , les présidents Mouhamadou Buhari, Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé n’ont pas donné de réels gages, les mobilisations continuent de plus belle avec leur lot de morts et blessés. Faute de retenue ou plutôt de recul sur ces causes , les manifestants ont donc choisi de poursuivre leur mobilisation, occupant des axes importants et des sites symboliques comme le centre administratif de Lagos, ou le péage de Lekki au Nigeria et, les rues des capitales Abidjan et Conakry, incendiant , saccageantTout sur leur  passage.

Dans un rapport daté du 21 octobre Amnesty International Nigeria estimait qu’au moins 56 personnes étaient mortes depuis le début de la mobilisation, dont 38 le mardi 20 octobre.

Plus de 12 morts officiellement au Nigeria même si les organisations des droits de l’homme parlent de plus d’une vingtaine, plus d’une dizaine de morts en Guinée sans compter celles liées à la période préélectorale, plusieurs morts et des centaines de blessés en Côte d’Ivoire. Aucun chef d’état africain ne parle. Macky Sall, le chantre de la démocratie oublie son rôle en Gambie dans le départ de Yaya Jamneh 

La répression est une méthode classique de gestion des crises en Afrique de l’Ouest, comme l’avaient montré les brutalités électorales en 2011 et 2012 au Sénégal, en Côte d’Ivoire menées par la police et la gendarmerie chargées de réprimer les manifestants. Les données recueillies montrent ainsi que les forces gouvernementales tirent et tuent dans plus de la moitié des cas d’incidents létaux où elles interviennent.

Sachant que le contexte mondial actuel est propice à faire entendre leurs voix, et après des années de frustration grandissante à l’égard du comportement des dirigeants et de leurs forces de l’ordre, les jeunes Nigérians, Ivoiriens, Guinéens le disent aujourd’hui haut et fort : ils n’accepteront plus d’être tués en toute impunité car, dans chacun de ces pays, les organisations travaillent à documenter les violences et leur corollaire de morts et blessés.

Au quotidien, la brutalité des forces de sécurité ouest africaines se manifeste par l’extorsion, les arrestations et détentions arbitraires de simples passants, le viol, la torture et le meurtre. Sachant que le contexte mondial actuel est propice à faire entendre leurs voix, et après des années de frustration grandissante à l’égard du comportement des forces de l’ordre, les jeunes le disent aujourd’hui haut et fort : ils n’accepteront plus d’être tués en toute impunité, ils veulent de un respect des constitutions, de meilleures conditions de vie, pour eux et pour les générations suivantes. Pour la première fois, toutes les classes sociales et toutes la sous-région sont à l’unisson.

Face à de pareilles exactions à l’encontre de citoyen.ne.s, les partenaires économiques et politiques de ces pays ne peuvent rester silencieux. Après les molles sorties de l’Union européenne, l’Union africaine, nous appelons le président Sénégalais Macky Sall à prendre à son tour la parole pour condamner les violences policières pré et post électorale en Guinée et Côte d’Ivoire ainsi que la répression sanglante contre les manifestations au Nigeria. Nous demandons au président sénégalais d’appeler son homologue nigérian, Muhammadu Buhari à respecter le droit fondamental de manifester et à protéger ses citoyens.

Les relations politiques entre le Sénégal et le Nigeria se sont resserrées ces dernières années, notamment dans le cadre de la coopération bilatérale, pour preuve, la visite du président Macky Sall la semaine dernière à Abuja. Enfin, lors de sa dernière visite au Nigeria courant octobre, le président Macky Sall n’a pas manqué de rappeler son attachement à ce pays d’Afrique, son soutien à la jeunesse nigériane et son admiration pour la démocratie.

Si ces déclarations étaient sincères, celles-ci ne peuvent être contredites aujourd’hui par un silence coupable. Alors que le gouvernement et l’armée nigérians nient leur responsabilité dans la répression du mouvement, se taire revient à faire leur jeu d’une confusion entre manifestants et criminels, au mépris des informations claires diffusées par les réseaux sociaux et vérifiées par des médias et organisations internationales.

Les violences contre les manifestants en Côte d’Ivoire, en Guinée et au Nigeria s’inscrivent dans une utilisation systémique de la violence par l’Etat contre sa propre population, qui doit aujourd’hui trouver son terme, comme le réclame à cor et à cri la jeunesse africaine.

Pape Sané 

Spécialiste des Questions de

Sécurité et Défense

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