L’ŒIL D’ATLANTICACTU.COM / Terrorisme : Quand le discours devient une rente et la lutte contre le terrorisme, un fond de commerce

Depuis la dissolution de la Libye à la suite des attaques commanditées par Nicolas Sarkozy, suivie de l’agression et l’occupation du Nord du Mali, les pays africains notamment, ceux du Sahel, continuent de s’aligner sur le refus français de tout dialogue avec les jihadistes. Et pourtant, dans cette région inaccessible à l’armée malienne, la France entretient d’excellentes relations avec certains groupes terroristes jugés « raisonnables », selon l’appréciation de Paris.

Que cache vraiment les motivations de Paris sur le refus d’entamer tout dialogue avec les groupes terroristes ? Et pourtant, les réalités régionales exigent des assises inclusives autour des différents mouvements qui se sont créés à la suite de la pagaille installée en Libye. Si la France située à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations du Sahel, peut se permettre le luxe de choisir ses « amis », tel ne devrait pas être le cas pour les états sahéliens qui sont tous sous la menace du terrorisme.

La violence politique s’est emparée de presque tous les pays africains et ce, plus à cause des politiques jugées injustes par les populations. Si au Mali, c’est la corruption qui est pointée du doigt , en Côte d’Ivoire, il en est autrement avec la volonté de vouloir revenir aux idéaux ethnicistes qui avaient embrasé ce pays. Même cas de figure en Mauritanie où l’esclavage érigée en mode de gouvernance, a fini d’installer un climat de révolte. Pour le Sénégal, c’est la gestion des ressources naturelles qui commence à ébranler le pouvoir dé Macky Sall qui en est au début de son dernier mandat.

Face à tant d’injustices, les groupes armés gagnent en sympathie dans la région sahélienne, comme leur mentor la France, le Mali, le Niger et le Burkina Faso semblent avoir opté pour la même stratégie, celle de la force. Pour quelles raisons ?

Le Niger et le Mali ont une tradition de gestion de la contestation politique violente faite d’usage de la force, suivi souvent de méthodes plus pacifiques sous forme de cooptation individuelle ou collective. Les jihadistes étant catégorisés comme « terroristes », le dialogue est a priori banni. Mais ce dialogue existe néanmoins officieusement à des échelons locaux. Les populations et les édiles aux prises avec les jihadistes sur leur territoire établissent des compromis de gouvernance avec eux. Les humanitaires discutent avec eux pour convoyer l’aide. C’est plus rare au sommet des États, quoique…

Au Niger, les discussions entre autorités et jihadistes sont assez courantes. Elles tournent souvent autour de la libération de prisonniers et d’otages. Au Mali, on a assisté récemment à la libération de jihadistes présumés en échange d’otages détenus par une katiba [groupe de combattants jihadistes, NDLR]. Cela montre que le lien n’est pas rompu. Mais il n’y a pas encore de dialogue politique à proprement parler. Par ailleurs, ce choix du dialogue n’est pas entre les seules mains des États concernés. Un immense dispositif international de lutte antiterroriste, articulé autour de l’opération française Barkhane, est en place, qui privilégie la force.

Pourquoi au moment où la France négocie avec ses «  amis » dans le Sahel, les états africains continuent de vouloir entretenir une guerre dont les moyens leurs font défaut gravement. Officiellement, il est hors de question de négocier…

En effet, il s’agit presque d’un dogme : « On ne discute pas avec les terroristes. » Les plus rigides en la matière sont les Français. Cela peut s’expliquer par le fait que d’énormes ressources militaires sont engagées dans la zone. Entamer des discussions pourrait être perçu comme une capitulation pour les militaires. La France préfère promouvoir le « développement » et « la bonne gouvernance » des zones concernées pour ne pas donner l’impression de privilégier le tout-sécuritaire. Mais, si on voit bien en quoi consiste le versant sécurité du couple « développement/sécurité », le versant développement est nébuleux : au pire il s’agit d’action civilo-militaire améliorée, au mieux d’intervention étatique verticale, à la mode « développementaliste » des années 1960. Or le grand non-dit de la crise que traversent les États sahéliens aujourd’hui est le problème de la légitimité de ces États. Qui exerce le pouvoir ? Comment ? Quelle justice veut-on ? Voilà les questions qu’il faut se poser face à l’offensive des groupes jihadistes qui se nourrissent des défaillances des États.

Mais, sur le terrain la réalité est autre avec des massacres régulièrement perpétrés sur les populations du Mali ou du Burkina Faso, ou tantôt sur les garnisons militaires du Niger. Même si Paris dénombre des pertes, les centaines de morts régulièrement enregistrées parmi les autochtones, devraient inciter les gouvernants africains à ouvrir des négociations avec les groupes dont la plupart, sont soutenus par l’Occident.

Dans cette croisade, les états du Sahel doivent prendre leurs responsabilités et arrêter de subir au nom des intérêts de la France qui, au bout du compte, est la seule responsable de cette instabilité sous-régionale.

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