Édito : Affaire Adji Sarr/Ousmane Sonko : Neuf ans après son élection, l’aura abîmée de Macky Sall

@Atlanticactu.com – Plébiscité en 2012 après une brève traversée du désert des suites de ses déboires d’avec le président Abdoulaye Wade qui lui aura fait découvrir les ors du pouvoir, Macky Sall a vu sa côte de popularité s’effriter au cours des années au point que sa réélection en 2019, continue de laisser un goût amer à plusieurs sénégalais qui n’auront pas convoqué le vote des djinns comme jadis soutenu lors de la présidentielle de 2017 où Macky Sall directeur de campagne de Me Abdoulaye Wade, avait remporté le scrutin au premier tour.

L’impunité quasi érigée en règle de gouvernance, la persécution des opposants au nom du délit d’ambition, les condamnations de Khalifa Sall et Karim Wade potentiels rivaux suivies de la sélective et pernicieuse loi sur le parrainage sans compter la refonte du fichier électoral et la « confiscation » des cartes d’électeur, auront été des éléments déclencheurs de l’explosion notée des suites de l’affaire Adji Sarr contre Ousmane Sonko. Une affaire qui accentué le fossé entre Macky Sall et cette jeunesse qui, au prix de sa vie, avait fait bloc pour bouter le président Abdoulaye Wade hors du palais et ce, malgré un bilan au dessus de la normale. Les manifestations générales suivies de morts et blessés après l’arrestation du leader de Pastef Ousmane Sonko, ont révélé le désamour latent entre un président et son peuple.

Fallait-il une rupture de la gestion présidentielle et aller vers une réconciliation ? Cela aurait été le prolongement de la phrase du président Macky Sall le 8 mars dernier. « Je vous ai compris » avait-il dit à l’entame de son discours d’apaisement mais, avait-il vraiment compris ?

La réconciliation entre le président Macky Sall et les sénégalais restera sans doute comme l’un des grands succès du dernier mandat même si d’aucuns ont vite compris que l’annonce des 450 milliards de francs CFA destinés à l’emploi des jeunes allait, comme un coup de baguette magique, effacer ces neuf années de souffrance avec son corollaire d’émigration clandestine, de chômage endémique sans oublier les effets de la pandémie sur l’informel, seul refuge d’une jeunesse profondément déçue. Sauf mauvaise surprise, Macky et sa jeunesse ont les moyens de solder les comptes antérieurs et d’avancer main dans la main.

Cette réconciliation si elle se réalise fera une victime : Ousmane Sonko, alors président de Pastef , porte-étendard de l’espoir et de la rupture des mauvaises pratiques politiques. Le dernier carré des « pastefiens » ne s’y trompe d’ailleurs pas car, accélérant la cadence, ne laissant aucune poche aux téméraires soutiens du président Macky Sall brusquement sortis de leur torpeur et de leur arrogance pour prêcher la bonne parole dans les coins et recoins les plus reculés du Sénégal. Il faut reconnaître que pour les Patriotes il est hors de question de desserrer l’étau et de laisser prospérer une affaire qui pourrait gâcher l’hégémonie de Pastef qui n’est plus un secret. Pour les plus irréductibles, il faut être vigilant car l’ennemi est certes atteint et affaibli mais pourrait dans un sursaut d’orgueil faire très mal en essayant de donner un mauvais coup, le coup de grâce…contre Ousmane Sonko.

S’il fut – et c’est son honneur – un fonctionnaire convaincu, Ousmane Sonko se sera souvent trouvé du mauvais côté de l’histoire. Viré de la fonction publique pour manquements à l’obligation de réserve, du moins c’est le motif invoqué, il aura d’énoncé auparavant le non paiement de l’impôt par les députés, sans oublier l’affaire des 94 milliards et tutti quanti… Mais le crime de lèse-majestés restera sans doute cette troisième place lors de la présidentielle de février 2019 et cerise sur le gâteau, il administre à la toute puissante coalition BBY une véritable dérouillée à Ziguinchor et Bignona et de talonner le président candidat dans plusieurs départements.

Certains l’avaient catalogué de « Rebelle » de par son appartenance à l’ethnie Diola pour d’autres, il est  « Sonko le salafiste », et récemment « Sonko Sweet Beauté », comme certains voudraient l’inscrire dans l’histoire du Sénégal. Mais, à toutes ces attaques, la jeunesse semble scotchée au discours et au projet portés par Ousmane Sonko et Pastef. Faut-il continuer à détruire et déconstruire Ousmane Sonko ? Non, le président Macky Sall se doit désormais de donner des gages à sa jeunesse et de respecter sa promesse lors du lancement du dialogue national, « Je suis plus candidat à aucune élection,j’en ai terminé donc, pas de ndioudji ndiadji de ma part ».

Quelques semaines après les violences inouïes , Macky Sall doit faire œuvre utile pour le Sénégal et la jeunesse. Reste à poser les jalons pour y parvenir et effacer rapidement cette tâche honteuse sur la démocratie sénégalaise…

Pape Sané 

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