Déforestation en Casamance : Du bois pour les Chinois, de l’or pour la mafia

Le bois de vène n’a pas de veine en Casamance. Les Chinois l’adorent, les autorités gambiennes et sénégalaises le savent, pratiquent la langue de bois et comptent leurs billes, qui ne sont certainement pas toutes de bois. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les forêts de la région méridionale sont l’objet d’un pillage systématique qui enrichit au passage l’économie de pays comme la Gambie et la Guinée Bissau. Malgré ce carnage, l’État du Sénégal continue de regarder ailleurs comme si la destruction de cette flore unique était un choix délibéré.

Existe-t-il encore ces belles forêts qui jadis faisaient de la Casamance le paradis des touristes et des amoureux de la nature ? La réponse négative est la plus partagée depuis que l’État sous les magistères des présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall, a décidé de ne pas inscrire la sauvegarde du patrimoine forestier dans les priorités de l’heure. Si Abdoulaye Wade adoubait Jammeh au point de fermer les yeux sur le désastre écologique qu’est le trafic de bois, il en est de même pour Macky Sall qui, malgré la présence militaire sénégalaise en Gambie, « laisse faire » le Président Adama Barrow.

Au printemps 2016, TV5 Monde évoquait dans son Journal Afrique le problème de la déforestation de la Casamance, la plus belle et plus pauvre région du Sénégal. Le problème était posé en termes clairs : la Gambie fournit à la Chine 30 % de ses importations mondiales de bois rouge ou « bois de vène ». Un bois estampillé « gambien » alors que ce pays n’a pratiquement plus de forêt depuis longtemps. Ce bois provient en effet de la Casamance voisine, où son exploitation est « strictement » interdite par la loi sénégalaise depuis plus de vingt ans.

Chinois et Indiens dressent fièrement leurs comptoirs sur les principales artères de la Gambie et rachètent à coup de motos Jakarta les derniers troncs d’arbre de la Casamance

« Au cœur de la mafia du bois », aurait été le titre d’un thriller tellement la corruption a réussi à s’incruster et s’ancrer dans ce trafic et les autorités se contentent d’invoquer un manque de ressources humaines pour mettre fin au pillage juteux qui détruit cette belle forêt. Mais, diantre que font ces centaines de soldats sénégalais et ouest africains établis en Gambie ? Ou bien le mot d’ordre serait de permettre à Barrow’S Family de se sucrer comme le faisait l’autre ?

Un argument on ne peut plus cavalier car il est pratiquement impossible de faire plus de 15 à 20 km sur les routes de Casamance sans tomber sur un barrage de l’armée ou de la gendarmerie. Mais leur mission « de protection » se limite au contrôle des papiers et à une inspection sommaire du contenu du véhicule. Un camion chargé de bois au sud de Ziguinchor ne peut ainsi en aucun cas rejoindre la Gambie sans être passé par moult contrôles. Mais il y parvient quand même dans la plupart des cas. Interrogé, le directeur des Eaux, Forêts, Chasse et conservation des sols déclare avec fierté que plus de 800 procès-verbaux sont dressés chaque année et prétend que la prison de Kolda est pleine à cause des délinquants forestier. Mais le président de la République ayant promis de recruter 50 000 agents dans le cadre du PSE (Plan Sénégal Émergent), nous voici rassurés…

En attendant, on reboise (un peu) aux frais du contribuable et on déboise (beaucoup) au profit des multinationales, des trafiquants et peut-être aussi de quelques PSE. Le trafic de bois a de beaux jours devant lui et bientôt, l’on ne pourra plus parler de la Verte Casamance.

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