Coronavirus : Qui pour annuler l’imposante dette africaine chiffrée à près de 400 milliards de dollars ?

À elle seule, la dette publique externe des pays d’Afrique subsaharienne s’élève à près de 400 milliards de dollars en 2018. Après le FMI qui a accordé un allègement de cette dette à 19 pays africains après les appels à une annulation lancés par les présidents sénégalais et français de même que le Souverain Pontife. Aujourd’hui, c’est le G20 qui émet sur la même longueur. Mais, il y’a déjà 10 ans la France et plusieurs autres partenaires avaient drastiquement annulé cette dette. L’Afrique en replongeant dans l’endettement à outrance serait-elle victime de ses dirigeants ?

En 2005 La France avait décidé de passer l’éponge lors du Sommet de Gleneagles en Écosse. Dans cet élan de « solidarité » suscité par des personnalités médiatiques comme le chanteur irlandais Bono, Paris était suivi par le G8 regroupant les huit pays les plus industrialisés de la planète. Cette « générosité » concernait 28 pays du tiers monde, dont 14 pays africains, avec une annulation de leur dette pour leur permettre d’accélérer leur développement en apurant leurs comptes et libérant ainsi des capacités budgétaires pour des programmes d’infrastructures.

Un rapport de la Banque de France estimera l’ensemble de la remise de dette à ces pays (24 en 2008) à 61,6 milliards de dollars, soit une baisse moyenne de 80% des dettes pour les 14 pays africains bénéficiaires (jusqu’à 100% pour les plus pauvres). Mais, on assiste à une montée empirique de cette même dette depuis 13 ans comme les dirigeants du continent se complaisent dans cette situation d’éternels assistés.

Après le FMI qui rejoint la position de Christine Lagarde rejetant toute annulation mais consentant à un allègement pour seulement 19 pays du continent africain, le G20 consent à un moratoire

Le Chef d’état français Emmanuel Macron obtient un moratoire sur les dettes des pays pauvres après l’allègement accordé au FMI à 25 pays dont 19 africains. Il a obtenu de ses pairs ce moratoire qui pourrait permettre aux pays bénéficiaires de pouvoir souffler après le Coronavirus.

 « En cette période de crise mondiale, la solidarité doit prévaloir, et la France prendra sa part », a assuré cette semaine Emmanuel Macron. «Nous devons savoir aider nos voisins d’Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, à les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes», a-t-il plaidé durant sa dernière allocution, lundi soir. Un appel qui rejoint celui lancé quelques heures plus tôt par le pape François, qui demandait lui aussi de réduire voire effacer l’ardoise des «budgets les plus pauvres». Leur message a, semble-t-il, été entendu, les ministres des Finances et les banquiers centraux du groupe G20 ayant donné leur aval mercredi à une suspension immédiate et pour une durée d’un an de la dette de 76 États, dont 40 d’Afrique subsaharienne. Un geste qui doit permettre de libérer 20 milliards de dollars de liquidités.

Que reste-t-il dix ans après? Rien ou presque. C’est en résumé ce qu’il y aurait à retenir du bilan des grandes annulations de dette octroyées aux pays africains au milieu de la dernière décennie, dette qu’ils ont pour certains entièrement reconstituée. Quand ils ne l’ont pas d’ailleurs, pour les plus mauvais élèves, allègrement dépassée

Confrontée à son tour à l’épidémie de Covid-19, l’Afrique se retrouve face à un défi conséquent, tant sanitaire que socio-économique. Elle devra faire face à une récession jamais égalée même si à ce jour, elle reste le continent le moins touché par la pandémie. Mais, la principale difficulté du continent africain vient des politiques mises en place par les dirigeants qui depuis les indépendances, ont ignoré les priorités nationales au profit des investissements de prestige. Les détournements de deniers publics, n’en parlons même pas car, ils constituent les principaux boulets de la mauvaise économie africaine.

Pourtant, il y’a à peine plus de dix ans, des efforts étaient consentis par la communauté internationale. Même modestes, ces efforts consistant à annuler quelques 80% de la dette de 14 pays africains sont quasiment invisible dans les comptes des pays bénéficiaires en Afrique. Car selon des données du cabinet de données financières Dealogic, certains états ont voulu profiter de conditions de financement favorables pour s’endetter massivement à nouveau . Parmi eux, le Ghana, qui grâce au programme de 2005 a vu son ratio dette/PIB revenir de 48,6% à 26,2%, un chiffre très favorable même à l’échelle mondiale. Depuis il est remonté à 72,8%. Le Sénégal avait vu ce même ratio revenir de 40,7% à 24%,. Depuis il est remonté à 36%. Et c’est l’ensemble des états africains qui se refinancent sur les marchés faisant décoller les dettes. Le continent africain a ainsi levé 78 milliards de dollars en dix ans.

Qu’est-ce qui entretient cette dette alors le continent africain regorge des plus importantes ressources naturelles. Restituer les réserves de plus de 500 milliards d’euros détenus à la Banque de France aurait résolu plus que la moitié des besoins financiers des pays africains

Les pays les plus développés, dont la France, avaient accepté de renoncer à une partie de ce qu’ils avaient prêté, pour aider les pays les moins avancés. Dix ans plus tard, retour à la case départ. Mais, cette éternelle dette aurait deux responsables selon Camille Ouedrago, membre du Balai Citoyen : La France et les Dirigeants africains.

« Si la France veut aider l’Afrique, qu’elle restitue les réserves financiers de 500milliards $ dès pays africains qu’elle détient à la banque de France. Les pays africains doivent déposer leurs réserves financières auprès de la Banque de France », clame Camille Ouedrago du Balain Citoyen. Selon lui, la France « garde » les réserves financières de quatorze pays africains depuis 1961 : le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Guinée Equatoriale et le Gabon. Ainsi, la gouvernance des politiques monétaires reste asynchrones et incomplètes du fait qu’elles sont pilotées directement par le gouvernement français, sans aucun lien avec les autorités financières des pays tels que la CEMAC ou la CEDEAO. Ainsi, du fait des conditions qui lient les banques des zones économiques et financières, elles sont obligées de garder 65% de leurs réserves de change dans un compte d’opérations tenu par le Trésor Français, ainsi que 20% supplémentaire afin de couvrir « les risques financiers ».

Pape Sané (Atlanticactu.com)

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