lundi, 17 août 2026 16:31

AFRIQUE: Transparency International révèle les multiples visages de la corruption scolaire

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Sénégal 
Atlanticactu/ Dakar/ Kigali/ Seydina Bilal Diallo 
Une étude de Transparency International alerte sur les risques de corruption et de discrimination dans les secteurs de l’éducation en Afrique. Réalisée dans cinq pays, elle révèle leurs lourdes conséquences sur les femmes, les filles et les groupes vulnérables, entre enseignants fantômes, fraude aux examens et exploitation.
« Ne laisser aucun apprenant de côté : lutter contre la corruption et la discrimination dans l’éducation en Afrique », tel est l’intitulé de l’étude publiée le 30 mars 2026 et réalisée par les sections nationales de Transparency International en République démocratique du Congo, au Ghana, à Madagascar, au Rwanda et au Zimbabwe.
Cette nouvelle analyse régionale montre comment la corruption continue de perturber la prestation des services éducatifs et d’exclure les apprenants les plus vulnérables.
S’appuyant sur les données issues des évaluations des risques de corruption (CRA) réalisées dans le cadre du projet Inclusive Service Delivery in Africa (ISDA), la note met en évidence des schémas généralisés de corruption qui portent atteinte au droit à l’éducation, renforcent l’exclusion sociale et érodent la confiance dans les systèmes publics d’éducation.
Enseignants fantômes, fraudes aux examens, sextorsion
La note révèle ainsi que la corruption liée au genre, notamment la sextorsion, reste un risque répandu mais largement sous-déclaré dans les systèmes éducatifs. Des apprenantes sont contraintes d’échanger des faveurs sexuelles contre des notes, une admission, des stages ou des bourses, tandis que la peur des représailles et la faiblesse des mécanismes de signalement favorisent le silence. Les personnes handicapées, les ménages pauvres et les populations rurales sont également davantage exposés à l’exclusion en raison des infrastructures inaccessibles, des frais informels et du favoritisme.
Les données recueillies illustrent l’ampleur du phénomène : « en RDC, plus de 56 % des répondants ont payé ou été témoins de pots-de-vin pour une admission scolaire ; à Madagascar, plus de 60 % des parents d’enfants handicapés signalent des pratiques d’exclusion ; au Ghana, la fraude salariale et les travailleurs fantômes détournent des ressources ; au Rwanda, la notation, les stages et l’alimentation scolaire présentent des risques d’intégrité, avec une forte exposition des étudiantes à la sextorsion ; et au Zimbabwe, 72 % des personnes interrogées évoquent des pots-de-vin lors des admissions. Ces pratiques portent atteinte aux droits fondamentaux, sapent la confiance et compromettent les ODD 4, 5 et 16 ».
Ainsi, l’étude appelle à une action urgente et coordonnée afin de renforcer la transparence, la responsabilité et la gouvernance des systèmes éducatifs, en accordant une attention particulière à la protection des femmes, des filles, des apprenants handicapés et des autres groupes marginalisés.
« La corruption dans l’éducation n’est pas une simple défaillance administrative sans victimes : c’est une atteinte directe aux droits humains et à la justice sociale », a déclaré Paul Banoba, conseiller régional pour l’Afrique à Transparency International suite à la publication de l’étude le 30 mars dernier.
Selon lui, « les données recueillies dans ces cinq pays montrent que la corruption discriminatoire et liée au genre est profondément ancrée dans les systèmes, privant des millions d’apprenants de la possibilité d’accéder à l’éducation dans des conditions d’égalité et d’équité. À ce stade, dit-il, si nous voulons véritablement ne laisser aucun apprenant de côté, les gouvernements et les institutions africains doivent agir collectivement et adopter des réformes anticorruption fondées sur les droits humains. L’intégrité de l’éducation, souligne-t-il, n’est pas un luxe : elle constitue le fondement de l’avenir de l’Afrique. »
La faiblesse des mécanismes de contrôle favorise les abus systémiques
L’étude Transparency International identifie également la faiblesse des mécanismes de contrôle et de responsabilité comme l’un des principaux facteurs favorisant la persistance de la corruption.
Le rapport souligne aussi que les structures communautaires telles que les associations de parents et d’enseignants (PTA), les conseils d’établissement et les comités de lutte contre la corruption disposent souvent de pouvoirs juridiques, de ressources et de protections insuffisants contre les intimidations. Et que cela limite leur capacité à demander des comptes aux autorités éducatives.
« La corruption prospère lorsque les mécanismes de contrôle sont faibles et que les sanctions sont appliquées de manière incohérente », a déclaré Albert Rwego Kavatiri, expert régional en éducation du projet ISDA et responsable de programme à Transparency International Rwanda lors de la publication de l’étude. A l’en croire, « les données montrent clairement que, sans une responsabilité sensible au genre, des communautés autonomisées et des systèmes transparents, la promesse d’une éducation inclusive restera hors de portée pour des millions d’apprenants africains. »
Un appel à une action panafricaine coordonnée
La recherche souligne qu’en dépit des différences entre les cinq pays étudiés, aucun n’est épargné par la corruption dans le secteur de l’éducation. Elle préconise des réformes ambitieuses et sensibles au genre, notamment la reconnaissance de la sextorsion comme une forme de corruption, la mise en place de mécanismes de signalement sûrs et confidentiels, ainsi que des procédures de recrutement transparentes et fondées sur le mérite. Elle recommande également la numérisation des systèmes de paie, un meilleur contrôle des marchés publics et une plus grande implication des communautés.
L’étude appelle en définitive à renforcer les capacités des organisations régionales pour assurer le suivi des engagements et accompagner les réformes. Elle conclut que la corruption dans l’éducation creuse les inégalités, fragilise la cohésion sociale et réduit l’efficacité des investissements publics. « La combattre constitue ainsi à la fois un enjeu majeur de développement et une exigence de respect des droits humains ».
Seydina Bilal DIALLO
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