vendredi, 2 octobre 2026 11:53

VIH en Afrique : la bataille contre les infections opportunistes se poursuit

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Sénégal

Atlanticactu/ Lutte contre le Sida/ Santé publique/ VIH/ Serigne Ndong

Alors que l’échéance de l’élimination du sida se rapproche, les infections opportunistes continuent de concerner des patients pris en charge dans les structures de santé, parfois à des stades très avancés de la maladie. Face à cette situation, des experts venus de 13 pays se retrouvent pendant trois jours au Sénégal pour réfléchir à des réponses adaptées aux réalités africaines, dans le cadre d’un atelier consacré à la recherche clinique sur le VIH.

Coordonnatrice Sud de l’ANRS au Sénégal et microbiologiste à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), la professeure Ndèye Coumba Touré Kane insiste sur la nécessité d’agir : « À l’ère où l’on parle de l’élimination du sida, nous continuons toujours à voir dans nos structures de santé des personnes arrivant à un stade avancé. Ce n’est pas normal. »

Organisé en collaboration avec le Centre régional de recherche et de formation à la prise en charge clinique (CRCF) et l’Action coordonnée 44 (AC44), consacrée à la recherche clinique, l’atelier ambitionne de dresser un état des lieux des connaissances scientifiques disponibles et de faire émerger des axes de recherche susceptibles d’apporter des réponses concrètes.

Les premières sessions portent notamment sur l’analyse des stratégies thérapeutiques, des modalités de prise en charge, des outils de diagnostic ainsi que des facteurs sociaux associés aux infections opportunistes. À travers ces échanges, les participants cherchent à faire émerger des solutions scientifiques adaptées aux réalités et aux besoins du continent africain.

Préparer la relève scientifique africaine

La participation des jeunes chercheurs constitue l’un des principaux axes de cette rencontre. Une vingtaine de scientifiques africains, retenus au terme d’un processus de sélection rigoureux, prennent part aux travaux. Leur implication vise à renforcer leurs compétences, mais aussi à leur permettre de contribuer directement à l’élaboration des futurs programmes de recherche.

Pour la professeure Touré Kane, cette dynamique doit aboutir à des programmes structurants susceptibles de contribuer à la réduction de la mortalité liée aux infections opportunistes. Elle met également en avant les retombées plus larges des investissements consacrés à la lutte contre le sida sur l’ensemble du système de santé : « Le sida agit comme un train qui entraîne tout le reste. Le renforcement des capacités des professionnels et la modernisation des équipements diagnostiques bénéficient à l’ensemble du système de santé. »

Dans ce domaine, le Sénégal dispose d’une expérience ancienne et reconnue. La spécialiste rappelle notamment l’initiative pionnière engagée dès 1998 pour faciliter l’accès aux traitements antirétroviraux (ARV), à une période où la possibilité de mettre en œuvre ces traitements en Afrique faisait encore l’objet de nombreuses réserves. Cette expérience a contribué à l’instauration de la gratuité des ARV en 2003.

Elle évoque également les recherches conduites auprès des consommateurs de drogues au Centre intégré de prise en charge des addictions de Dakar (CIPIAD), à l’hôpital de Fann. Les données recueillies dans ce cadre ont notamment contribué à l’orientation des politiques publiques de santé.

Maintenir la vigilance et améliorer le suivi thérapeutique

Même si l’évolution de l’épidémie est globalement orientée à la baisse au Sénégal, la vigilance demeure nécessaire. « L’épidémie reste concentrée », relève la spécialiste, qui préconise de renforcer les actions de prévention auprès des jeunes âgés de 15 à 24 ans ainsi que des populations les plus exposées.

Elle souligne également l’importance de l’observance du traitement antirétroviral. Lorsqu’une personne vivant avec le VIH suit correctement son traitement, elle peut parvenir à une charge virale indétectable, ce qui empêche la transmission sexuelle du virus. Cette efficacité dépend toutefois du maintien du traitement tout au long de la vie.

Vers une coopération scientifique internationale durable

Pour Maxime Hentzien, professeur de maladies infectieuses au CHU de Reims et coprésident de l’AC44 Recherche clinique VIH, l’un des objectifs majeurs de la rencontre est de mettre en place un réseau scientifique durable entre les différents pays partenaires : « L’enjeu d’une telle rencontre est de se retrouver en un même lieu pour co-développer des projets de recherche avec les acteurs qui vont ensuite les déployer sur le terrain. »

Avec une cinquantaine de participants représentant 13 pays, l’atelier constitue ainsi un espace d’échanges permettant de confronter les différentes réalités épidémiologiques et sanitaires. Cette démarche doit favoriser l’émergence de projets de recherche directement alignés sur les besoins des populations et les réalités du terrain africain.

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