Tchad : Présence russe à côté du FACT, N’Djamena fustige le jeu de Moscou

Les combattants du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact) ont bénéficié de l’aide de la société militaire privée Wagner, proche du Kremlin.

L’armée tchadienne a lancé mercredi une offensive au sol avec un appui aérien contre les rebelles du Fact. Ces derniers sont éparpillés dans le nord Kanem depuis leur dernier affrontement avec l’armée tchadienne qu’avait rejoint l’ex-président Idriss Déby, avant de trouver la mort dans des circonstances encore troubles.

L’armée tchadienne et les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) ont repris leurs affrontements dans le Kanem, région du nord du pays. Malmenés, les rebelles avaient pourtant l’intention de négocier un cessez-le-feu. Mais les officiers au pouvoir à N’Djamena comptent pousser leur avantage alors que la rébellion, qui s’était d’abord réfugiée au Niger voisin après avoir essuyé des pertes, en a été chassée par l’armée locale. Le Conseil militaire de transition (CMT), dirigée par Mahamat Idriss Déby, le fils de l’ex-dirigeant tchadien, a envoyé de nombreux renforts sur le terrain dont certains étaient prépositionnés dans la ville de Mao.

L’aviation est passée à l’action pour infliger des pertes à l’ennemi. Les rebelles ne disposeraient plus que d’une quarantaine de véhicules et auront des difficultés à trouver refuge en Libye, là où ils ont préparé leurs attaques. « Les forces de Tripoli et de Benghazi sont en train de déployer des soldats au sud de la Libye », confie une source occidentale.

La rébellion tente actuellement de gagner le soutien de renforts dans cette région auprès de la communauté toubou. Mais celle-ci est divisée. Pour préparer son offensive, le Fact semble avoir bénéficié de l’aide des mercenaires de Wagner, la société militaire privée russe dirigée par l’oligarque Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine. Cette organisation paramilitaire a été employée dans le Donbass, en Syrie, au Soudan et en Centrafrique. Elle sert souvent de tête de pont aux intérêts russes.

Les membres du Fact sont avant tout, eux aussi, des mercenaires. Ils ont d’abord loué leurs services aux milices de Misrata, en Libye, avant de rejoindre le maréchal Khalifa Haftar,  l’homme fort de  l’est du pays. C’est là qu’ils ont côtoyé les formateurs russes de Wagner qui prêtaient aussi main-forte à Haftar, notamment dans sa conquête de Tripoli. Ils y ont acquis expérience et matériel.

« Bien que non reconnu par l’Etat, Wagner est un outil au service de l’armée russe, poursuit la source occidentale. Quand le Kremlin décèle trou d’air ou une faille sur le terrain, elle s’y engouffre via cette société privée. L’engagement est limité et niable pour des gains géostratégiques qui peuvent être importants. » La Russie cherche actuellement à renforcer son positionnement en Afrique du nord et au Sud du Sahara. Le Tchad est un pays pivot au Sahel, qui permet de se projeter vers l’Afrique du nord, de l’ouest, du centre. Il est aussi doté de matières premières comme le pétrole et l’or.

Florence Parly là ministre des Armées accuse la Russie d’entretenir une désinformation sur les opérations au Tchad en vue de prendre pied militairement en Afrique. Surtout que le Kremlin projette le rétablissement d’une base navale à Port-Soudan, sur la Mer Rouge.

« Le premier communiqué de l’Elysée sur la préservation de l’intégrité territoriale du Tchad doit être lu un avertissement envers les rebelles du Fact et leur soutien étranger », confie un diplomate français. A la présidence comme au Quai d’Orsay, on souhaite limiter l’ambition russe qui va aujourd’hui au-delà de Centrafrique. Ce pays a servi de laboratoire pour tester une approche pluridisciplinaire (politique, militaire, économique, médiatique) susceptible d’être dupliquée sur d’autres théâtres en Afrique centrale. Le 4 septembre 2018, la ministre des Armées, Florence Parly, a présenté un rapport accusant les médias russes, dont RT France, de mener des campagnes de désinformation contre la France.

« Le Tchad n’est qu’une étape, confie un officier de renseignement français. Les Russes aimeraient bien prendre pied en RDC, un pays qui regorge de minerais. » Largement absent depuis l’effondrement du mur de Berlin, le Kremlin a multiplié dernièrement les accords de coopération militaire en Afrique.

Source : L’opinion

 

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