« Panama Papers » : Comment la famille Sassou Nguesso a fait main basse sur le pétrole congolais

Pétrole brut ou raffiné qui assure 75 % des revenus d’un Etat parmi les plus corrompus d’Afrique.La richesse de ce petit pays d’Afrique centrale, dirigé depuis trente-deux ans par Denis Sassou-Nguesso s’évapore dans des complexes circuits financiers offshore que seuls maîtrisent certains membres de la famille au pouvoir et une poignée de traders qui leur sont proches. En 2015, le Congo a produit 290 000 barils de pétrole par jour.
Mais plus de la moitié des 4,4 millions d’habitants vit toujours sous le seuil de pauvreté.

Des membres de la famille du président Sassou-Nguesso ont organisé une myriade de sociétés offshore. C’est l’une des explications de la pauvreté des Congolais, malgré les richesses du pays. Depuis les hôtels luxueux du bord de mer à Pointe-Noire, capitale économique du Congo-Brazzaville, le ballet pétrolier se livre à l’œil nu. Les torchères scintillent au-dessus des plates-formes d’où est extrait l’or noir en eau profonde. On distingue dans la brume les tankers qui glissent au large, chargés de pétrole brut ou raffiné qui assure 75 % des revenus d’un Etat parmi les plus corrompus d’Afrique.

En 2015, le Congo a produit 290 000 barils de pétrole par jour. Mais plus de la moitié des 4,4 millions d’habitants vit toujours sous le seuil de pauvreté.

Lucien Ebata, 47 ans, est l’un de ces intermédiaires liés à la famille Sassou-Nguesso. Domicilié de l’autre côté du fleuve Congo, à Kinshasa, cet homme d’affaires est à la tête d’Orion Group SA, au capital autorisé de 10 millions de dollars (8,8 millions d’euros). Cette holding établie en Suisse est immatriculée aux Seychelles depuis 2009 par la firme panaméenne Mossack Fonseca, via la société luxembourgeoise Figed, selon les documents consultés par Le Monde. L’activité principale du groupe, qui compte plusieurs filiales, est la commercialisation de produits pétroliers. Parmi ses clients, on trouve la major anglo-néerlandaise Shell, ainsi que la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), dont Denis Christel Sassou-Nguesso, le fils cadet du président congolais et ami personnel de Lucien Ebata, est directeur général adjoint.

« Denis Sassou-Nguesso n’est pas intéressé par l’argent et méprise les activités pétrolières douteuses menées par son entourage », insiste un intime du président. Pourtant, ce sont ses proches qui ont créé les sociétés pétrolières comme la SNPC, lorsqu’il est revenu au pouvoir en 1998 au sortir de la guerre civile.

Parmi eux, Bruno Jean Richard Itoua, conseiller du président sur les dossiers pétroliers, et directeur général de la SNPC jusqu’en 2005. Durant ce mandat, M. Itoua a été mêlé à d’importants détournements de fonds via des sociétés fictives, selon une enquête de la Cour fédérale américaine. Ce qui ne l’a pas empêché de devenir ministre de l’énergie.
Les documents consultés par Le Monde dans le cadre du scandale des « Panama papers » révèlent qu’il est aussi « attorney » (fondé de pouvoir) depuis 2004 de deux sociétés, Denvest Capital Strategies et Grafin Associated SA, enregistrées par Mossack Fonseca au Panama et aux îles Vierges britanniques. Les titres de ces sociétés sont « au porteur », ce qui permet de dissimuler l’identité de son détenteur. M. Itoua, actuellement ministre de la recherche scientifique, n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde.

Source : Le Monde

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