Entre rivalités au sommet de l’État, soupçons de manœuvres politiques autour du retour d’Umaro Sissoco Embaló et contestation de la médiation sénégalaise, la crise bissau-guinéenne s’enlise. Mis en cause par une quinzaine d’organisations, Dakar est appelé à clarifier son rôle et à agir en faveur du rétablissement de l’ordre constitutionnel.
« Quand il y a un problème, il faut créer un problème dans le problème, puis un troisième problème dans le problème du problème, et ainsi de suite jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien », disait Charles Pasqua, ancien ministre français de l’Intérieur.
Cette formule semble trouver un écho dans la situation en Guinée-Bissau, où le putsch du général Horta Inta-A et la nomination du Premier ministre Ilídio Vieira Té sont présentés comme s’inscrivant dans des manœuvres souterraines visant à favoriser le retour au pouvoir d’Umaro Sissoco Embaló, l’ancien chef de l’État. Mais les nouvelles autorités ne seraient plus disposées à lui restituer le pouvoir, malgré les pressions qu’il exercerait en ce sens.
De son côté, Dakar suit de très près l’évolution de la situation à Bissau, où des intentions de briguer la présidence sont prêtées à Ilídio Vieira Té.
Nuages entre Bissau et Dakar, la médiation sénégalaise vivement contestée
Juste que la médiation sénégalaise est aujourd’hui mise à rude épreuve. Des voix s’élèvent d’ailleurs pour la contester. Le Front uni et le Réseau international de solidarité avec la Guinée-Bissau, qui regroupent une quinzaine d’organisations, viennent de publier un manifeste dans lequel ils mettent en cause le rôle de l’État sénégalais dans l’accession au pouvoir d’Umaro Sissoco Embaló et dans la consolidation du régime autoritaire qu’il aurait dirigé pendant six ans. Ils évoquent notamment les soutiens publics que lui aurait apportés Macky Sall, alors président de la République du Sénégal, aussi bien dans la constitution d’alliances politiques lors des élections présidentielles bissau-guinéennes de 2019 et 2020 que, par la suite, au sein de la CEDEAO et de l’Union africaine.
Les signataires du manifeste mettent également en garde l’État du Sénégal. Ils soulignent que le peuple bissau-guinéen restera toujours attaché au renforcement de la fraternité panafricaine avec le peuple sénégalais, tout en rejetant fermement toute tentative de faire de la Guinée-Bissau un terrain d’expérimentation géostratégique. Ils réaffirment ainsi leur attachement à la solidarité entre les deux peuples, tout en appelant au respect de la souveraineté et de la volonté démocratique du peuple bissau-guinéen.
Le Front uni et le Réseau international de solidarité avec la Guinée-Bissau dénoncent la passivité de Dakar face à la crise politique et réclament des actions immédiates en faveur du retour à la démocratie.
Exprimant leur « vive indignation », ils déplorent ce qu’ils qualifient de complicité publique de la médiation sénégalaise avec Umaro Sissoco Embaló. Ils appellent à la mise en place d’une médiation sérieuse et équitable entre les différents acteurs politiques, militaires et sociaux. Selon eux, une telle démarche constituerait une première étape essentielle vers le rétablissement complet de la normalité démocratique.
Les organisations demandent à la médiation de la CEDEAO d’intervenir immédiatement auprès du commandement militaire putschiste afin de réunir toutes les conditions nécessaires au retour à l’ordre constitutionnel et démocratique, dans le respect de la volonté populaire exprimée dans les urnes en novembre 2025.
Elles réclament également l’intervention de la CEDEAO pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques encore détenus. Elles dénoncent des détentions qu’elles jugent contraires aux décisions des juridictions compétentes.
Une mobilisation internationale prévue ce 24 octobre 2026
Le Front uni et le Réseau exigent, en outre, le rétablissement intégral des activités politiques et des libertés fondamentales des citoyens et des organisations politiques bissau-guinéennes. Leurs revendications portent notamment sur la réouverture des sièges des partis politiques et la levée de toutes les restrictions visant les formations politiques, les organisations de la société civile et la presse.
Qualifiant le putsch de Horta Inta-A de « coup d’État cérémoniel » et dénonçant une collusion avec Umaro Sissoco Embaló, les signataires appellent la CEDEAO à œuvrer résolument au rétablissement de l’ordre constitutionnel et de la légalité démocratique.
Ils demandent par ailleurs à l’organisation régionale d’imposer de sévères sanctions individuelles aux responsables si le commandement militaire et les autres acteurs du régime de transition continuent d’entraver le retour à la normalité constitutionnelle et démocratique.
Les organisations annoncent enfin une mobilisation internationale le 24 octobre 2026. À cette occasion, elles interpellent les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO sur la nécessité d’une action ferme en faveur du rétablissement de la démocratie en Guinée-Bissau.