lundi, 27 mai 2024 18:38

Immigration clandestine : La crise politique au Sénégal à l’origine de l’augmentation des arrivées de migrants vers les Canaries

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Atlanticactu/ Îles Canaries/ Dakar/ Cheikh Saadbou Diarra 
Du début du mois d’août jusqu’au 10 septembre, 4 476 personnes en provenance du Sénégal ont atteint les Îles Canaries, un nombre six fois supérieur à celui enregistré tout au long de 2022, selon des sources policières. Pendant ce temps, l’entrée des Marocains par cette voie a drastiquement baissé. L’arrestation du principal leader de l’opposition, les morts sans enquête lors des manifestations sans compter plus de 1400 arrestations, sont à l’origine des flux migratoires en provenance du Sénégal vers l’Europe et les États-Unis.
L’instabilité subite au Sénégal jadis considéré comme un ilot de paix et de démocratie en Afrique, suite logique de l’arrestation du leader de Pastef Ousmane SONKO, à laquelle ont répondu dans les rues de Dakar, Ziguinchor des milliers de jeunes sénégalais, a entraîné une augmentation du nombre de départ de pirogues vers les Îles Canaries depuis le mois de juin, selon les témoignages de nombreux rescapés qui ont déclaré ne plus être en sécurité au Sénégal sous le régime de l’actuel président de la République.
Pourtant, en 2022,  l’Archipel des Canaries avait seulement accueilli 398 ressortissants sénégalais mais, depuis lors et jusqu’au 10 septembre 2023, quelques 4 476 sont arrivés en Espagne sans compter les nombreux disparus et morts lors de la traversée, un nombre dix fois supérieur à celui enregistré tout au long de l’année dernière, selon les chiffres du personnel interne qui gère les équipes de contrôle des frontières, qui ont confirmé à elDiario.es par l’intermédiaire de sources policières (le ministère de l’Intérieur ne donne pas les informations publiques sur les arrivées irrégulières par nationalité).
Fin juin, quelques jours après la condamnation de Ousmane SONKO à deux ans de prison, a été la période où le nombre d’arrivées en provenance du Sénégal a connu un bond plus évident, Parmi ces arrivées, il a été noté la présence de plusieurs sénégalais issus de la Casamance dont Lansana Diatta qui a atteint l’île canarienne d’El Hierro à bord d’une pirogue avec 121 personnes à bord. « J’ai fait ce sacrifice pour me sauver, pour aller dans un endroit où je pourrais vivre sans peur », se souvient le jeune homme de 23 ans actuellement basé à Séville, où il est désormais hébergé dans un centre géré par l’Aide espagnole aux réfugiés. Commission (CEAR).
 » Après six jours de navigation, sans rien manger lors du dernier trajet du voyage, j’ai vu la mort de près parce que certains de mes compagnons n’ont pas survécu. Et tout ça pour fuire la folie tyrannique en cours au Sénégal « 
L’augmentation du trafic d’embarcations de fortune en provenance du Sénégal coïncide avec une baisse continue des arrivées de Marocains le long des îles Canaries, liée à l’augmentation du contrôle aux frontières exercé par la Garde Civile derrière le tour de l’Espagne au regard de sa position sur le Sahara occidental. Si en 2021 18.922 Marocains sont arrivés aux îles Canaries, depuis lors jusqu’au 10 septembre 2923, seuls 6.657 ressortissants du Royaume chérifien ont atteint les îles. Des sources policières soulignent que, malgré cette augmentation, la tendance généralisée des arrivées en Espagne reste à des niveaux similaires à ceux de 2022, année où l’on constate une baisse des entrées irrégulières par voie maritime. Le flux migratoire total à travers les côtes espagnoles est loin derrière les chiffres enregistrés en Italie et en Grèce.
Des sources policières liées au contrôle migratoire supposent que l’augmentation des arrivées de Sénégalais est due à la situation politique dans ce pays africain. Ils soulignent les effets dérivés de l’instabilité du Sénégal : « La crise sociale et politique qui a éclaté dans le pays provoque un mécontentement accru et une multiplication de l’émigration. Dans le même temps, les autorités sont plus perméables à ce que veulent ces gens.» C’est-à-dire que les autorités perçoivent moins de contrôle de la part de l’Exécutif sénégalais, lié au contexte d’instabilité apparu face aux prochaines élections, prévues en février 2024.
Lansana Diatta, étudiant en droit de 23 ans, a participé activement aux manifestations en faveur d’Ousmane Sonko, le leader de l’opposition dont l’arrestation a déclenché plusieurs mouvements de colère depuis 2021, durement réprimés par les autorités. Ses messages diffusés sur les réseaux sociaux contre la politique du président Macky Sally ont commencé à poser les premiers problèmes en avril 2023. Après des violences exercées sur sa personne lors d’une première arrestation, le jeune homme rapporte qu’un jour il a été suivi par des hommes encagoulés lors des manifestations survenues en juin contre le président Sall qui voulait faire un troisième mandat impossible, car la Constitution du pays empêche l’exécution de plus de deux législatures consécutives, c’est depuis ce jour que j’ai décidé de quitter le Sénégal pour éviter de finir en prison ou de disparaître comme certains manifestants que leurs proches ne reverront plus jamais « 
 » il y a quelques mois, je n’avais pas prévu de quitter le Sénégal, surtout de cette manière ; j’avais une belle vie d’étudiant universitaire à Sant Lois et avais la possibilité d’obtenir une bourse internationale. Mais, la crise politique au Sénégal et surtout la traque des militants de Pastef et des ressortissants de la région de Ziguinchor, m’ont obligé à prendre les pirogues « , a témoigné l’étudiant qui est encore sous suivi médical.

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