jeudi, 22 janvier 2026 08:46

Face à 12 candidats triés sur mesure, le « général  » Umaru Embalò en route pour un deuxième mandat

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Guinée Bissau
Atlanticactu/ Canchungu/ Bafata / Maïmuna Djalò
Aprés avoir réussi à écarter les principaux leaders de l’opposition pour des motifs fallacieux sous le regard complice de la CEDEAO et une fois de plus, annoncé une tentative de coup d’État à la veille de la campagne électorale,  le « général  » Umaru EMBALO s’achemine vers une victoire le 23 novembre 2025 tant pour la présidentielle que pour les législatives.
La campagne électorale en Guinée-Bissau a officiellement démarré le 1er novembre pour le double scrutin présidentiel et législatif prévu pour le 23 novembre. Douze candidats briguent la magistrature suprême, dont le président sortant Umaro Sissoco Embaló et son prédécesseur José Mario Vaz. En parallèle, quatorze partis, parmi lesquels la coalition Nô Kumpu Guiné, soutenant Embaló, s’affrontent pour les 102 sièges du Parlement.
En semant le doute dans la tête des Bissau guinéens avec l’annonce d’un nouveau coup d’État évité de justesse,  le  » général  » du Gaabu a permis d’installer une atmosphère politique  pas relativement sereine pour l’élection présidentielle et les législatives. En effet,  l’armée avait annoncé avoir déjoué une « tentative de subversion » qui impliquait des officiers généraux et supérieurs, certains en fuite. Ces arrestations ont ravivé la crainte d’un nouvel épisode de turbulence dans un pays marqué, depuis son indépendance en 1974, par une instabilité chronique faite de coups d’État, de transitions forcées et de rivalités de clans. Ce climat tendu à Bissau s’ajoute pour la première fois depuis un demi-siècle, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), formation historique et pilier de la vie politique nationale, est absent du scrutin. La Cour suprême a invalidé la candidature de sa coalition, Terra Ranka, dirigée par Domingos Simões Pereira, principal opposant au président sortant. Un épisode va redéfinir totalement le paysage politique guinéen.
En manœuvrant pour priver le PAIGC d’une participation au double scrutin du 23 novembre, Umaro EMBALO rassuré de contrôler l’Assemblée Nationale Populaire avec la complicité de la CEDEAO 
L’exclusion du PAIGC, parti fondateur de la République, donne du fil à retordre au régime en place. Depuis la guerre d’indépendance contre le Portugal, cette formation est le rempart de l’identité nationale. « Le régime en place est en train de créer les conditions pour se garantir une victoire », estime Paulin Maurice Toupane, chercheur à l’Institut d’études de sécurité de Dakar. En effet, l’opposition paraît affaiblie. Domingos Simões Pereira, figure de proue du PAIGC, a été empêché de se présenter, bien qu’il ait choisi d’apporter son soutien personnel à Fernando Dias, candidat indépendant. Pour beaucoup, cette alliance de circonstance précise la difficulté de l’opposition à se réorganiser face à un pouvoir solidement installé.
Je n’ai pas de gilet pare-balles. Nous sommes venus au pouvoir par les urnes, nous en partirons par les urnes
Outre cette absence remarquée, la campagne se déroule sans mission internationale d’observation de long terme. Seules quelques équipes d’observateurs à court terme sont attendues pour le jour du scrutin. De même, les autorités ont indiqué que le financement du processus électoral repose entièrement sur les ressources nationales, une première depuis 1974. Cette souveraineté financière bien que saluée par d’aucuns, pourrait entacher la crédibilité et l’origine des fonds utilisés. Pourtant, le président Embaló, candidat à un second mandat, se montre confiant. Il multiplie les meetings à travers le pays, entamant sa campagne par une grande mobilisation à Bairro Ajuda, près de Bissau, dans une ambiance festive et colorée.
Après les arrestations et les menaces sur les opposants,  Umaru Embaló confiant face à des candidats sélectionnés 
Lors du lancement de sa campagne, Umaro Sissoco Embaló a choisi de se présenter sans protection apparente, tournant en dérision les rumeurs de complot. « Je n’ai pas de gilet pare-balles. Nous sommes venus au pouvoir par les urnes, nous en partirons par les urnes », a-t-il déclaré, entouré de ses partisans. Cette mise en scène symbolise une volonté d’apparaître en homme fort, serein et sûr de sa légitimité. Derrière cette assurance, la situation demeure tenable. La Guinée-Bissau n’a jamais connu de stabilité politique durable. Depuis son indépendance, le pays a enregistré quatre coups d’État, dix-sept tentatives de putschs et une succession rapide de gouvernements. Le souvenir des crises passées reste brûlant, notamment celle de 2022, lorsque des hommes armés avaient attaqué le palais du gouvernement.
Le président sortant aborde cette élection dans une atmosphère de méfiance généralisée. Après sa victoire contestée de 2019, suivie de tensions avec l’Assemblée nationale et de dissolutions répétées du Parlement, sa gouvernance est régulièrement critiquée pour son autoritarisme et sa gestion solitaire du pouvoir. Son parti, le Madem G15, peine à rassembler au-delà de son cercle fidèle, affaibli par les divisions internes et la baisse du prix de la noix de cajou, principale ressource économique du pays. Dans ce contexte, la compétition électorale ressemble à une épreuve de force. Si les partisans d’Embaló mettent la stabilité et la continuité, ses opposants dénoncent une dérive vers un pouvoir personnel, éloigné des idéaux démocratiques. L’absence du PAIGC et de Domingos Simões Pereira confère au scrutin une allure imparable : une présidentielle sans véritable contrepoids politique.
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