Edito : Macky Sall et son second/dernier mandat (Pape Sané)

Lorsqu’il franchira ces mois-ci les soubresauts soulevés par l’éventualité d’un troisième mandat redevenu phénomène de mode en Afrique de l’Ouest depuis l’avènement des présidents francophiles , Macky Sall regardera-t-il derrière lui ? Mettra-t-il en balance les travaux accomplis et les promesses tenues et surtout non tenues d’un côté, les loupés, les reniements et les instants où sa présidence a failli basculer de l’autre côté ? Ou préférera-t-il considérer ce qu’il lui reste de temps pour donner un sens à son action et réussir son second et/ou dernier mandat ? A l’entame de la der, beaucoup, en effet, reste à faire pour ce Président élu sur la promesse de remettre le Sénégal en marche, de privilégier la Patrie au Parti, d’ériger en règle la « Gestion Sobre et Vertueuse », de nourrir et d’élever le sentiment d’appartenance nationale qui a depuis longtemps abandonné nos cieux.
L’enjeu est donc simple : continuer à vouloir « réduire l’opposition à sa plus simple expression », casser de l’adversaire, taire et faire taire toute ambition autre que la reconnaissance de sa « Royauté », réformer unilatéralement malgré les deux obstacles de taille qui sont dressés devant lui. Le premier est un classique de la vie politique, c’est l’entrée dans une succession ininterrompue de campagnes électorales pendant lesquelles la crainte de déplaire paralyse l’action : municipales, départementales, le Sénégal va vivre au rythme d’un scrutin par an avant la grande explication de l’élection présidentielle de 2024 ou, pourquoi pas une unique élection en 2024, selon les souhaits de Son Excellence qui constate que sa stratégie de « rebeussiser » ne prospère plus. Simplement, parce qu’il n’y a pas de candidat pour gouter aux geôles mackyennes, le piège post présidentiel a été contourné par les quatre mousquetaires (Sonko, Idy, Madické, Issa). Kou doff. La première moitié du dernier mandat ou premier quinquennat sera donc une longue période pré et post-électorale, peu propice à la prise de risque. Heureusement que le Dialogue National a finalement enfanté d’un dialogue politique devenu en l’espace de cinq mois un prétexte embarrassant pour la Société Civile et l’opposition qui avait rapidement pensé trouver une tribune pour obtenir des droits bafouillés depuis 2012.
Le second obstacle tient au climat social qui s’est installé au Sénégal : venant après les « tensions de trésorerie » qui ont perdu un certain tout puissant Amadou Ba qui se verra remplacer par un duo ADD et Amadou Hott qui tarde à redonner de l’espoir au Gorgolou , la sélectivité de la Justice sur les cas de mal gouvernance, la gestion des ressources naturelles qui mettent les nerfs à rude épreuve et semble être un défi permanent pour le chef de l’Etat. S’il va jusqu’au bout de cette gestion considérée comme clanique, son quinquennat en sera transformé en purgatoire.
Mais réformer même avec l’aval des pontes présents dans le dialogue national n’est pas tout. Un autre problème, beaucoup plus redoutable, reste entier : apaiser la société sénégalaise. Menacé par le communautarisme, l’impunité, tenaillé par un pessimisme sans égal dans la sous-région, le pays profond doute de son unité et se divise. Il « s’archipellise », pour reprendre la judicieuse image du Politologue Maurice Soudieck. Le Sénégal a le mal de vivre, et Macky Sall n’a pour l’instant pas de remède. Son projet politique était faible sur les questions régaliennes, flou sur les sujets de gestion et de redistribution équitable des richesses.

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