Sénégal
Atlanticactu/ Affaire ASER/ Pool judiciaire financier/ Serigne Ndong
La saisine du Pool judiciaire et financier autour d’une quittance contestée de 918 millions de FCFA attribuée à l’homme d’affaires Seydou Kane relance l’examen du dossier ASER – AEE Power EPC. Cette procédure soulève la question de la provenance de ce document, que l’intéressé réfute formellement, tandis que les flux financiers globaux du projet s’élèvent à 37 milliards de FCFA.
D’après les éléments de l’enquête, Seydou Kane, en sa qualité de représentant de la filiale locale AEE Power Sénégal S.A., aurait procédé à l’enregistrement régulier du projet auprès du Centre des grandes entreprises de la Direction générale des impôts et domaines (DGID), en s’appuyant sur une lettre d’exonération délivrée par le ministère des Finances. En revanche, la quittance litigieuse de 918 millions de FCFA aurait été enregistrée auprès de l’agence Dakar Liberté, un décalage de procédure qui intrigue les enquêteurs sur les conditions d’intégration de cette pièce au dossier.
Sur le plan judiciaire, l’actionnaire espagnol, initialement plaignant, s’est désisté de sa plainte auprès du doyen des juges d’instruction. Malgré ce retrait, l’action publique s’est poursuivie, l’Agent judiciaire de l’État ayant décidé de se saisir du dossier et d’en solliciter l’instruction par le Pool judiciaire et financier.
La défense de la filiale sénégalaise repose, quant à elle, sur le fait qu’elle aurait assuré l’essentiel des démarches administratives ainsi que les frais préliminaires liés au projet d’électrification rurale. Les pièces comptables versées au dossier font ainsi état de plusieurs paiements réglementaires effectués par la structure locale.
Parmi ces dépenses figurent les honoraires de l’expert de la Direction du contrôle des marchés publics (DCMP), pour un montant total de 90 millions de FCFA, réglés en trois tranches : un acompte de 27 millions de FCFA versé le 8 novembre 2023, un second paiement de 36 millions de FCFA effectué le 5 janvier 2024 par chèque Orabank, puis un solde de 27 millions de FCFA réglé le 19 janvier 2024 par un autre chèque de la même banque. S’y ajoute le paiement de la redevance de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), d’un montant de 91 833 980 FCFA, matérialisé par une quittance officielle datée du 6 mars 2024.
L’analyse du dossier fait apparaître un écart entre la nature des sommes examinées par la justice. D’un côté, l’enquête porte sur la quittance de 918 millions de FCFA, qui n’a donné lieu à aucun mouvement financier réel, n’ayant été ni décaissée par l’administration ni encaissée par un opérateur. De l’autre, le financement principal de 37 milliards de FCFA relatif au marché d’électrification a bien fait l’objet de décaissements effectifs au profit du partenaire espagnol. Les autorités judiciaires et financières se penchent désormais sur la cohérence globale de ces opérations croisées.
