Coronavirus – Respect du couvre-feu : « Sans matériels de protection, nous nous mettons en danger » , alertent des policiers

La rapidité de la contamination du Coronavirus risque de voir les forces de l’ordre « s’abstenir » de certaines missions jugées à risques pour eux. C’est ainsi que la hiérarchie est alertée sur des « protestations » émises en sourdine par les personnels qui constatent que l’équipement idéal leur permettant d’exécuter les tâches fait défaut. Pour certains, «  pas de masques, plus les contrôles de l’état d’urgence.

Même régies par une réserve absolue, les forces de l’ordre ne comprennent toujours pas que depuis le 23 mars date de l’instauration de l’état d’urgence que leur situation n’évolue point. En effet, disent-ils, « Nous sommes au contact permanent avec les populations sans disposer de moyens de protection comme ailleurs ». Le ton monte. Car, malgré les réunions, les annonces et les promesses, les masques n’arrivent toujours pas, les Thermoflash, n’en parlons même pas car, distribués aux seuls personnels administratifs.

Rencontrés entre Ouakam, Ngor, Parcelles Assanies ou Guediawaye, les complaintes de ces braves hommes sont les mêmes durant le week-end . « Si les moyens de protection font défaut dans les services, nous ne feront que les missions réellement urgentes et ne procéderont plus aux contrôles pouvant nous exposer car nous avons également des familles que nous ne voulons pas exposer », préviennent nombreux parmi ceux que nous avons rencontré. Un jeune officier rencontré sur l’axe Rond-point Yoff-Patte d’oie sans confirmer , déplore effectivement le soutien de la hiérarchie car, dira t’il « Nous sommes sur la brèche depuis le 23 mars. Même si cela relève de nos missions, il serait plus indiqué de protéger les hommes autrement, nous risquons de voir des situations pareilles à celles actuellement en cours aux États Unis ou en France où on note une certaine désobéissance ».

« Il revient à nos hiérarchies de faire l’état des lieux au gouvernement parce que nous ne pouvons comprendre qu’avec tous les risques, le Président de la République ne réagisse pas pour nous équiper afin que la mission puisse être exécutée normalement », se plaignent ces hommes

«  Soyez notre avocat auprès de l’Etat et des populations », tel est le message que nous ont chargé de porter des forces de sécurité que nous avons interrogé sur les probables dangers liés à leurs interventions quotidiennes. Si ceux trouvés sur les différents axes routiers de la capitale se plaignent de lieux exposition, il semblerait que ceux qui se trouvent dans les brigades et commissariats sont à la même enseigne. « la situation est préoccupante au niveau des forces de sécurité surtout avec l’absence de matériel de protection dans les commissariats et brigades alors que tous les jours, nous procédons à des auditions ou arrestations », révèle le jeune officier cité plus haut.

Pour ce dernier, « Une telle guerre ne peut être menée, encore moins gagnée, sans doter les troupes des indispensables armes de défense, afin que les chefs de service préservent la santé de leurs collaborateurs comme leur devoir l’impose », assène t-il très amer tout en affirmant qu’ils ont fait le choix de servir en Tout Lieu et Tout Temps.

Contacté par nos soins pour en savoir sur l’équipement des troupes en pareille situation, un officier supérieur ayant requis l’anonymat nous dit : « On sait depuis le début qu’on n’en a pas assez pour ne pas dire qu’on en avait pas du tout ». Et ce dernier de préciser, « Dans l’expression de nos besoins, cette question a été prise en compte et bientôt, l’ensemble des personnels de la gendarmerie, police, armée, douane, etc, … bénéficieront de dotations ».

« Dans son adresse à la Nation, le Chef de l’état fait la part belle aux personnels soignants et nous ignore royalement alors que nous sommes tout autant exposés », confie un Sous/Officier

Au delà du matériel de protection, les hommes en tenue ne comprennent pas la méprise dont ils font l’objet. Pour eux, c’est incompréhensible de voir que le personnel médical dispose d’avantages comme les heures supplémentaires et autres indemnités et, qu’eux malgré tous les efforts fournis et risques encourus, l’État ne se soucie guère de leur situation.

Cette guerre des masques en train de s’envenimer a commencé dès le début de la crise sanitaire. Mi-Mars, les policiers de Dakar sont briefés discrètement pour chercher dans les coins et recoins de la ville à la recherche des tissus de protections, que ce soit les masques chirurgicaux FFP1 (appelé appareil de protection respiratoire jetable filtrant contre les particules) ou les masques plus conséquents, les FFP2 (Réservés aux personnels hospitaliers lors des phases de transmission interhumaine et pandémique).
Au bout de l’opération, fiasco total car il n’existait nulle part au Sénégal un quelconque stock ou du moins, le seul stock existant date de 2014 lors de l’épidémie de Ébola alors que leur date de péremption est de 5 ans mais, « On les a distribués quand même »

Mais avec l’état d’urgence du 23 mars, la pénurie va devenir criante. « Gendarmes, militaires, policiers, agents d’hygiène, douaniers, etc sont priés de rester à leur poste quand les Sénégalais sont « confinés » chez eux. On s’est retrouvé partie prenante de la chaine de soins, avec devant nous une crise sanitaire énorme, susceptible de tuer plusieurs personnes, et toujours pas de masques ! » s’étrangle notre officier.

Pape Sané ( Atlanticactu.com)

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