Bénin : Patrice Talon rejette l’idée d’un confinement général

La majorité des Béninois n’a « pas les moyens » de supporter un confinement général de longue durée. C’est la conviction du président Patrice Talon, qui s’est expliqué dimanche à la télévision pour justifier son choix de ne pas recourir à cette mesure face au coronavirus.

Tous ne sont pas égaux face au confinement. C’est en substance, ce qu’a voulu démontré le président béninois lors d’une intervention sur la télévision nationale, dimanche soir.

« Contrairement aux citoyens des pays développés d’Amérique, d’Europe et d’Asie, la grande majorité des Béninois ont un revenu non salarial. Combien de personnes au Bénin ont un salaire mensuel et qui peuvent attendre deux, trois ou quatre semaines même sans travailler et vivre des revenus du mois ? […] Comment peut-on, dans un tel contexte où la plupart de nos concitoyens donnent la popote avec les revenus de la veille, décréter sans préavis, un confinement général de longue durée ? », s’est-il interrogé, non sans reconnaître toutefois que « la situation est vraiment grave et le risque grand ».

« Affamer tout le monde »

Et s’il a insisté sur la nécessité, face à la progression de la pandémie, de « combattre le mal et le vaincre », il a également affirmé que, dans le contexte socio-économique béninois, les mesures de confinement général seraient contre-productives. Elles auraient pour conséquence d’« affamer tout le monde à la fois et trop longtemps » et seraient en outre, de ce fait, « bravées et bafouées sans avoir permis d’atteindre les objectifs ».

Si plusieurs pays africains ont décrété des mesures de confinement, qu’il s’agisse de confinement géographiquement ciblé sur les « clusters » identifiés ou de l’idée d’un confinement « intermittent », qui a finalement été abandonnée à Kinshasa, Patrice Talon estime qu’opter pour une telle stratégie risque de « déclencher un chaos qui remettrait même en cause le minimum impératif de la lutte ».

Un constat « lucide », selon nombre de commentateurs, au lendemain de la prise de position du président béninois.

« Il a fait une bonne analyse de la situation et j’apprécie son souci de ne pas verser dans le mimétisme et la précipitation », se félicite l’un des conseillers du président béninois. « Il est évident que nous n’avons pas la possibilité de faire comme les pays riches. Il a été réaliste », salue pour sa part Olivier Sanny, expert en communication politique, avant de prévenir : « Ce n’est cependant pas une raison pour jeter l’éponge : le gouvernement a le devoir suprême de protéger les citoyens y compris contre leur volonté. »

Jeune Afrique

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