lundi, 13 juillet 2026 12:16

À Grand Yoff, les branchements clandestins mettent en péril la lutte contre les inondations

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Atlanticactu/ Grand Yoff/ Bassin de rétention/ Inondations/ Zone de captage/ Serigne Ndong

Le bassin de rétention de la Zone de captage retrouve progressivement sa pleine capacité grâce aux travaux de curage en cours. Malgré ces efforts, certains habitants continuent de raccorder illégalement leurs habitations au réseau d’évacuation des eaux pluviales pour y déverser leurs eaux usées, une pratique qui préoccupe aussi bien les riverains que les autorités municipales.

Le vacarme des pelles mécaniques domine l’atmosphère. À intervalles réguliers, leurs godets s’enfoncent dans le canal avant d’en ressortir chargés d’une boue épaisse mêlée de sachets plastiques, de bouteilles, de pneus usagés et de branchages. Les déchets sont ensuite déversés dans des camions qui repartent aussitôt. En ce samedi 11 juillet 2026, un soleil de plomb écrase la Zone de captage, un quartier situé dans la commune de Grand Yoff.

Pour Sada Kane, les images du débordement du canal restent gravées dans sa mémoire. Installée à quelques mètres du bassin de rétention, sa boutique lui rappelle chaque jour les inondations qui ont bouleversé son quotidien. Barbu, au teint clair et à l’allure d’un « ibadou », il scrute le ciel avec inquiétude à chaque saison des pluies. « En 2022, l’eau a inondé ma boutique et j’ai perdu une valeur comprise entre 300.000 et 400.000 FCfa », raconte-t-il devant son commerce.

Avec émotion, il se remémore les efforts déployés pour sauver une partie de ses marchandises. Son témoignage fait revivre les scènes de détresse qui ont marqué sa famille et son voisinage. Plus que les pertes matérielles, c’est la crainte de revivre les événements d’août 2022 qui l’habite encore. Cette année-là, les sapeurs-pompiers avaient passé plusieurs nuits à évacuer les eaux tandis que de nombreuses familles étaient contraintes de quitter leurs maisons. « Tous ceux qui habitaient au rez-de-chaussée de notre maison sont allés aller dormir ailleurs. Le courant était coupé parce que l’eau avait touché les compteurs », se souvient-il, la voix chargée d’émotion.

Le long du bassin de rétention, les traces laissées par des années d’incivisme restent visibles. À ces difficultés s’ajoute désormais le phénomène des branchements clandestins, qui complique davantage la gestion des eaux.

Sous une tente laissant filtrer les rayons du soleil, des mécaniciens s’affairent, les mains noircies par le cambouis. Les coups de marteau se mêlent au ronflement des moteurs. « Quand le canal est bouché, c’est tout le quartier qui souffre. L’eau monte très vite et nos ateliers sont les premiers touchés. Nous avons perdu des outils pendant les grandes inondations. Aujourd’hui, le nettoyage avance, mais si les branchements clandestins continuent, tout ce travail risque d’être réduit à néant », alerte Moussa Diallo, occupé à réparer un véhicule.

Un ouvrage détourné de sa vocation

Aux environs de 13 heures, sous une bâche bleue, Fatou Diène sert du café Touba et des sandwichs aux ouvriers et aux chauffeurs. Depuis sa petite cantine, elle observe quotidiennement les opérations menées autour du canal. « Chaque matin, je vois des agents retirer des quantités impressionnantes de déchets. Pourtant, il suffit de regarder les murs pour voir que certaines maisons continuent de déverser leurs eaux ici. Ce canal n’est pas une poubelle. Si chacun faisait attention, nous n’aurions pas autant peur dès que les nuages apparaissent », déplore-t-elle.

À quelques mètres de là, Abdou Boye, vendeur de pièces détachées, désigne un tuyau qui traverse un mur. « Ces branchements existent depuis longtemps. Certains pensent régler leur problème en évacuant leurs eaux usées ici. Mais, ils créent un problème beaucoup plus grand pour tout le monde. Lorsque les pluies arrivent, personne ne peut dire que cela ne le concerne pas », explique-t-il.

Conseillère municipale à Grand Yoff, Seynabou Tabane se dit préoccupée par ces pratiques qui compromettent les investissements réalisés pour prévenir les inondations. « Chaque habitant de ce quartier devrait se considérer comme propriétaire de ces ouvrages. Ils doivent les protéger comme ils protègent leur propre maison. Il faut empêcher les branchements clandestins, empêcher que des personnes viennent les dégrader ou y jeter des déchets », insiste-t-elle.

Selon l’élue, l’efficacité des infrastructures dépend aussi de l’implication des populations. « Les autorités prennent leurs responsabilités. L’Onas intervient avec des moyens techniques importants, mais nous sommes conscients que les ressources financières ne sont pas illimitées. Si nous revenons, chaque année, réparer les mêmes dégâts provoqués par l’incivisme, nous n’avancerons jamais », fait-elle remarquer.

Pour mettre fin aux branchements illicites, Mme Tabane estime que les organisations communautaires ont un rôle essentiel à jouer. « Lorsque les délégués de quartier, les associations de femmes, les jeunes et les acteurs communautaires sont mobilisés, nous savons que le message sera entendu. La lutte contre les inondations ne se gagnera pas uniquement avec des engins. Elle se gagnera aussi avec la sensibilisation », plaide-t-elle.

À la Zone de captage, derrière les murs des concessions, quelques conduites continuent pourtant de déverser discrètement leurs eaux usées dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales. Une menace silencieuse dont les effets pourraient se manifester dès les premières fortes pluies.

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