mercredi, 30 septembre 2026 12:35

Près de 40 milliards de FCFA envolés : le lourd tribut des refus de visas Schengen

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Atlanticactu/ Visa Schengen/ Refus de visas/ Serigne Ndong

Quatre-vingt-dix euros, soit environ 59 000 FCFA. C’est désormais le montant exigé pour toute demande de visa Schengen. Une somme qui reste acquise aux autorités consulaires européennes, que la demande aboutisse ou non.

En 2024, selon les données compilées par le collectif LAGO, les demandeurs africains auraient ainsi perdu près de 60 millions d’euros, soit environ 39 milliards de FCFA, en frais de visa correspondant à des demandes rejetées. Depuis l’augmentation intervenue en juillet 2024, qui a porté les frais de 80 à 90 euros, le mécanisme reste inchangé : les recettes sont garanties pour les administrations européennes, tandis que le demandeur assume l’intégralité du risque financier.

Des taux de refus particulièrement élevés dans plusieurs pays africains

Parmi les 13 pays affichant en 2024 un taux de refus d’au moins 40 %, neuf se trouvent en Afrique. Les Comores arrivent en tête, avec près de 63 % de demandes rejetées. Au Sénégal, le taux d’échec avoisine 47 %, tandis qu’il se situe autour de 46 % au Nigeria et au Ghana. À l’échelle mondiale, la moyenne est nettement inférieure, à environ 26 %.

Le contraste est encore plus marqué avec certains pays asiatiques. La Chine, par exemple, enregistre un taux de refus d’environ 4 %. Selon le cabinet spécialisé Henley & Partners, un demandeur africain aurait ainsi deux fois plus de risques de voir sa demande de visa rejetée qu’un demandeur asiatique.

Cette situation pose une question d’équité particulièrement sensible : les populations qui supportent les pertes financières les plus importantes figurent souvent parmi celles disposant des revenus les plus faibles. Au Sénégal comme au Ghana, près d’une demande sur deux est refusée. Pour certains observateurs, le système s’apparente dès lors à un transfert financier à rebours, dans lequel des citoyens de pays en développement contribuent, à travers des frais non remboursables, aux recettes administratives de pays plus riches.

Une facture qui dépasse largement les 90 euros

Les frais de visa ne constituent pourtant qu’une partie de la dépense engagée par le demandeur. À ces 90 euros s’ajoutent les frais de service facturés par les prestataires privés chargés de recueillir les dossiers, comme VFS Global ou TLScontact. Leur montant varie selon les pays et les centres de dépôt.

À cela s’ajoutent les coûts liés aux documents administratifs, aux assurances de voyage, ainsi qu’aux éventuelles réservations d’hôtel ou de billets d’avion effectuées en amont. En cas de refus, une partie de ces dépenses peut également être perdue.

Autre conséquence du rejet : celui-ci est enregistré dans le système d’information sur les visas (VIS), ce qui peut être pris en compte lors de demandes ultérieures et compliquer davantage les démarches du candidat.

Des motifs de refus souvent jugés opaques

Lorsqu’une demande est rejetée, les consulats invoquent fréquemment des motifs relativement standardisés, tels que des « doutes sur la volonté de quitter le territoire avant l’expiration du visa » ou des « justificatifs relatifs au séjour insuffisants ».

Certes, le droit de l’Union européenne prévoit des possibilités de recours contre les décisions consulaires. Dans les faits, cependant, peu de demandeurs choisissent de contester un refus. Les procédures peuvent être longues et coûteuses, notamment lorsqu’elles nécessitent l’intervention d’un avocat, avec des perspectives d’aboutissement qui peuvent paraître incertaines.

Pour de nombreux candidats, le coût et la complexité de ces démarches constituent donc un obstacle supplémentaire.

Le visa, un instrument de pression diplomatique ?

Au-delà de sa fonction administrative et sécuritaire, la politique des visas revêt également une dimension diplomatique. Les règles européennes permettent notamment de renforcer certaines mesures à l’égard des pays qui coopèrent insuffisamment au retour de leurs ressortissants en situation irrégulière.

Dans ce contexte, la politique des visas peut dépasser le simple contrôle des flux migratoires et devenir un véritable instrument d’influence dans les relations entre l’Union européenne et les pays tiers.

La défense des autorités européennes

Face aux critiques, les autorités européennes et les gouvernements concernés défendent le principe d’un examen individuel de chaque demande. Elles invoquent notamment les risques de dépassement de la durée de séjour autorisée, la présentation de documents falsifiés ou encore l’insuffisance des garanties financières.

Elles rappellent également que les taux de refus élevés ne concernent pas uniquement les pays africains. Le Pakistan, par exemple, affichait lui aussi un taux de rejet proche de 47 % en 2024.

Ces arguments ne suffisent toutefois pas à dissiper les interrogations sur l’équité du système. Dans certains pays, lorsqu’une demande sur deux est rejetée alors que les frais de dossier restent intégralement acquis, le dispositif soulève inévitablement des questions sur la proportionnalité et l’équilibre financier imposé aux demandeurs.

L’enjeu de la libre circulation en Afrique

La question renvoie enfin aux propres politiques de circulation mises en œuvre par les États africains. Sur le continent, les déplacements restent encore freinés par l’existence de visas entre certains pays, les tracasseries administratives aux frontières et les retards dans la mise en œuvre de projets d’intégration, notamment autour du passeport africain.

Cette fragmentation interne affaiblit également la capacité de négociation collective des États africains lorsqu’ils réclament davantage de réciprocité, une réduction des frais consulaires et un assouplissement des conditions d’accès à l’espace européen.

Au-delà du coût financier des refus, la question des visas révèle ainsi un déséquilibre plus large dans la mobilité internationale : alors que la libre circulation demeure un objectif d’intégration pour l’Afrique, l’accès à l’Europe reste soumis à des barrières administratives et financières particulièrement lourdes pour une partie des demandeurs.

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