lundi, 31 août 2026 05:55

Pr Amath Ndiaye sur les négociations avec le FMI : « Une restructuration ordonnée de la dette apparaît de plus en plus difficile à éviter »

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Sénégal 
Atlanticactu/ Dakar/ Cheikh Saadbou Diarra 
« Sénégal : pendant que les négociations avec le FMI se prolongent, la situation financière continue de se dégrader », tel est l’intitulé de la tribune publiée par le professeur Amath Ndiaye, enseignant à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Selon lui, les derniers signaux du marché ravivent les inquiétudes concernant la dette et la trajectoire financière du pays.
Expert reconnu dans les domaines des taux de change, de la croissance économique et du développement institutionnel, le professeur Amath Ndiaye exprime son inquiétude face à la situation des finances publiques sénégalaises.
Dans une tribune rendue publique, l’enseignant à la FASEG de l’UCAD attire l’attention sur le fait que, pendant que le Sénégal poursuit ses discussions avec le FMI dans l’espoir de parvenir à un nouveau programme, les contraintes financières continuent de s’accumuler. Il ajoute que deux événements récents en témoignent : la nouvelle dégradation de la note souveraine par Moody’s et les conditions toujours très coûteuses de la dernière adjudication du Trésor.
« Moody’s a abaissé la note du Sénégal de Caa1 à Caa2, avec perspective négative. L’agence met notamment en avant l’augmentation des pressions de refinancement, la détérioration de la capacité à supporter la dette et les faibles perspectives de réduction de l’endettement », écrit-il.
Plus préoccupant encore, souligne l’économiste, l’agence considère désormais qu’un traitement de la dette impliquant les créanciers privés fait partie des scénarios possibles pour soulager les tensions de liquidité.
Il estime que la concomitance entre la décision de Moody’s et cette nouvelle adjudication est donc préoccupante. À l’en croire, le Sénégal conserve l’accès au marché. Mais avoir accès au financement ne signifie pas que la dette est soutenable, laisse-t-il entendre.
Le Pr Ndiaye soutient que, lorsqu’un État doit continuellement refinancer des montants considérables à des taux proches de 8 %, le coût des nouvelles émissions vient progressivement alourdir le service futur de la dette.
« Pendant que les négociations avec le FMI se prolongent, le compteur continue donc de tourner : nouvelles émissions, intérêts élevés, échéances futures supplémentaires et pression croissante sur les finances publiques. L’urgence est donc double : parvenir rapidement à un accord avec le FMI pour restaurer la confiance et retrouver l’accès aux financements concessionnels, mais également traiter le problème de la dette elle-même », explique-t-il.
L’économiste indique ainsi que la dégradation de Moody’s et les dernières adjudications renforcent son diagnostic : « une restructuration ordonnée de la dette, accompagnée d’un redressement budgétaire crédible et d’un accord avec le FMI, apparaît de plus en plus difficile à éviter ».
Le coût des emprunts, autre source d’inquiétude
Pr Amath Ndiaye s’interroge également sur le coût des emprunts du Sénégal sur le marché régional. Selon lui, lors de l’adjudication du 28 août, le Trésor recherchait 70 milliards de FCFA et en a retenu 77 milliards. Il souligne que l’opération est donc réussie du point de vue du montant mobilisé.
Mais, précise-t-il, les rendements restent extrêmement élevés : 7,85 % à un an, 7,77 % à trois ans et 8,24 % à cinq ans. Par rapport au 14 août, informe-t-il, la détente est marginale : –19 points de base à un an et pratiquement aucune amélioration à trois et cinq ans.
L’économiste soutient que le fait nouveau positif est le retour d’une capacité de placement sur les maturités moyennes, notamment à trois ans. Mais le Sénégal continue de payer une prime de risque proche de 8 %, affirme-t-il.
Un contraste marqué avec le Burkina Faso
Selon le Pr Amath Ndiaye, la comparaison avec le Burkina Faso, pourtant confronté à une grave crise sécuritaire, permet de mesurer l’ampleur des difficultés financières du Sénégal.
Sur le marché UMOA-Titres, le Burkina Faso a emprunté le 12 août à des taux nettement plus favorables, avec un rendement de 4,13 % à un an, 6,13 % à trois ans et 7,30 % à cinq ans, contre respectivement 7,85 %, 7,77 % et 8,24 % pour le Sénégal.
Pour le professeur, ces écarts montrent que les difficultés du Sénégal ne s’expliquent pas principalement par la liquidité du marché régional ou la politique monétaire de la BCEAO.
Ils traduisent plutôt une prime de risque spécifique au Sénégal, liée au niveau de la dette, aux importants besoins de refinancement, aux incertitudes sur la trajectoire budgétaire et à la perte de confiance des investisseurs.
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