@Atlanticactu.com — Les autorités maliennes sont proches de conclure un accord avec la société militaire privée russe Wagner, ce qui permettrait à Moscou d’étendre son influence en Afrique de l’Ouest malgré l’opposition de Paris, ont déclaré à Reuters sept sources diplomatiques et sécuritaires. Une décision que n’approuve pas Paris qui a dépêché Christophe Bigot l’actuel Monsieur Afrique du Quai d’Orsay pour casser le contrat.
La France, qui a annoncé en début d’été une transformation de ses opérations militaires dans le Sahel et une réduction de sa présence au Mali, a lancé une offensive diplomatique pour tenter de dissuader la junte au pouvoir à Bamako de concrétiser ce rapprochement avec la Russie, ont ajouté les sources.
Selon une source proche de l’union européenne qui suit le dossier ouest-africain et une source proche des services de sécurité au Sahel, l’accord pourrait porter sur l’envoi d’un millier de soldats de l’agence russe Wagner au Mali. Deux autres sources ont dit penser que leur nombre serait moins élevé, sans fournir d’estimation chiffrée.
Quatre sources interrogées par Reuters ont déclaré que le groupe Wagner serait payé six milliards de francs CFA (environ 9,15 millions d’euros) par mois pour ses services.
L’accord pourrait également garantir à la société russe l’accès à trois gisements miniers, deux d’or et un de magnésium, a ajouté une des sources.
Selon une source sécuritaire travaillant dans la région, les éléments russes seraient chargés de former les Forces armées maliennes (FAMa) et d’assurer la protection de certains hauts dirigeants maliens, mission qu’effectue déjà le groupe Wagner en Centrafrique.
Reuters n’a pas été en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante et le groupe Wagner n’a pas répondu aux demandes de commentaire.

Christophe Bigot le Monsieur Afrique du Quai d’Orsay dépêché d’urgence à Bamako pour dissuader le Colonel Assimi Goïta de signer le contrat avec l’agence Wagner. C’est l’engagement de Paris au Mali qui est remis en cause
Pour tenter de convaincre la junte de ne pas signer cet accord, la France a sollicité l’aide de certains de ses alliés, comme les Etats-Unis, et envoyé des émissaires à Bamako et à Moscou, ont dit les sources diplomatiques.
Le président français Emmanuel Macron a directement abordé la question avec son homologue russe Vladimir Poutine, selon l’une d’elles. Ni l’Elysée, ni le Kremlin n’ont répondu aux sollicitations de Reuters.
Selon les sources diplomatiques, Paris craint que l’arrivée d’éléments de l’agence russe au Mali déstabilise davantage la région et compromette la lutte antiterroriste au Sahel au moment où la France cherche à transformer l’opération Barkhane en coalition internationale impliquant davantage ses alliés européens.
Le Quai d’Orsay n’a pas répondu aux sollicitations de Reuters mais une source diplomatique française s’est montrée très critique envers les interventions du groupe Wagner dans d’autres pays, dénonçant pêle-mêle « violations des droits de l’homme », « ingérence dans le fonctionnement de l’Etat », « prédation sur les ressources naturelles » et « détérioration de la situation sécuritaire ».
« Une intervention de cet acteur serait donc incompatible avec les efforts des partenaires sahéliens et internationaux du Mali, engagés au sein de la Coalition internationale pour le Sahel en faveur de la sécurité et du développement de la région », a-t-elle prévenu.

