À l’ouverture de la 89e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, le ministre sénégalais de la Justice, Me Moussa Sarr, a plaidé pour une meilleure application des décisions, l’indépendance de la justice et le renforcement de la protection des libertés fondamentales.
L’Afrique dispose de textes et d’institutions de protection des droits de l’homme, mais leur efficacité reste tributaire de leur application concrète. C’est le constat dressé par le garde des Sceaux, ministre de la Justice, Me Moussa SARR, lors de son intervention devant les membres de la 89e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
Cette session revêt une dimension particulière, puisqu’elle coïncide avec le 45e anniversaire de l’adoption de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le 27 juin 1981, à Nairobi. Le ministre a rappelé que les travaux préparatoires de ce texte avaient débuté à Dakar, entre novembre et décembre 1979, sous la présidence du juge sénégalais Kéba Mbaye.
Me Moussa SARR a également rendu hommage à cette figure du droit africain, qui avait défendu dès 1972 l’idée du développement comme un droit de l’homme.
Cinq priorités pour renforcer les droits humains
Face aux crises sécuritaires, aux conflits internationaux et aux effets du changement climatique, le ministre a souligné la nécessité de consolider les mécanismes de protection des droits fondamentaux. Au nom du chef de l’État, il a soumis cinq priorités à la réflexion des participants.
La première concerne l’application effective des décisions et recommandations des instances africaines. Me Moussa SARR a insisté sur le dialogue entre les États et la Commission, ainsi que sur l’appropriation de la jurisprudence africaine par les juridictions nationales.
La deuxième porte sur la protection de l’espace civique, notamment les libertés d’expression et d’association, ainsi que l’indépendance des institutions nationales des droits de l’homme et des organisations de la société civile.
La troisième priorité concerne la justice sociale et économique. Le ministre a rappelé que les droits civils et politiques ne peuvent être pleinement garantis sans un accès effectif à l’éducation, à la santé et à un emploi digne. Il a également évoqué les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, présentés comme une occasion de promouvoir le droit des jeunes au sport et aux loisirs.
Indépendance judiciaire et nouveaux défis
L’indépendance de la justice constitue la quatrième priorité défendue par le garde des Sceaux. Il a rappelé que le président de la République avait convoqué les Assises de la Justice afin de renforcer la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire. La lutte contre l’impunité demeure, selon lui, un pilier de la protection des droits fondamentaux.
Enfin, Me Moussa SARR a attiré l’attention sur les nouveaux défis liés à l’intelligence artificielle, aux réseaux sociaux, au changement climatique et à l’apatridie. Ces phénomènes, a-t-il souligné, peuvent fragiliser l’exercice des droits humains et nécessitent des réponses adaptées aux réalités africaines.
Le ministre a également plaidé pour une meilleure vulgarisation de la Charte africaine, à travers son enseignement à l’école, sa diffusion dans les langues nationales et sa connaissance par les forces de défense et de sécurité.
