mercredi, 4 mars 2026 10:05

Décret 2026-352 : La révolution silencieuse de la comptabilité de l’État

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Sénégal

Atlanticactu/ Finances publiques/ Gestion des finances/ Budget de l’État/ Serigne Ndong

Le Sénégal franchit un nouveau cap dans la modernisation de sa gestion des finances publiques. Par le décret n° 2026-352 du 23 février 2026, le Président de la République engage une refonte majeure de l’organisation comptable de l’État, avec la création d’une Direction comptable des Institutions et de quatre directions comptables ministérielles au sein de la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor.
Porté par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ce texte s’inscrit dans la dynamique du nouveau cadre harmonisé des finances publiques, qui consacre une transformation profonde du système budgétaire sénégalais.
Une réforme dictée par la logique de performance
Au cœur de cette mutation : la déconcentration du pouvoir d’ordonnancement.
Longtemps, le ministre chargé des Finances était l’ordonnateur unique des dépenses de l’État. Désormais, conformément à la Loi organique n° 2020-07 du 26 février 2020 relative aux lois de finances, les ministres et les présidents des institutions constitutionnelles deviennent ordonnateurs principaux des crédits relevant de leurs départements respectifs.
Cette évolution entraîne une démultiplication des ordonnateurs. En conséquence, l’architecture comptable centrale devait impérativement s’adapter.
Jusqu’ici, trois postes comptables assuraient l’essentiel des opérations :
la Paierie générale du Trésor,
la Trésorerie Paierie pour l’Étranger,
l’Agence comptable des Grands Projets.
Une organisation conçue pour un système centralisé, aujourd’hui dépassée par la nouvelle logique budgétaire axée sur la performance.
Une déconcentration comptable stratégique
La réforme introduit une déconcentration comptable visant trois objectifs majeurs :
Réduire les délais de traitement des dépenses
Fluidifier les relations entre ordonnateurs et comptables
Faciliter le rapprochement des écritures, conformément au Décret n° 2020-978 du 23 avril 2020 portant Règlement général sur la Comptabilité publique.
En rationalisant le volume d’opérations assigné à chaque poste comptable, l’État entend améliorer la qualité de l’information financière et renforcer la régularité des contrôles.
Cette exigence est d’autant plus stratégique que la certification des comptes de l’État constitue désormais une mission majeure de la Cour des comptes. La qualité comptable devient ainsi un impératif institutionnel.
Une nouvelle cartographie des postes comptables
Le décret crée :
1️⃣ La Direction comptable des Institutions
Elle est chargée :
de l’exécution des dépenses ordonnancées par les institutions constitutionnelles ;
de certaines opérations de recettes ;
de la tenue des comptes de dépôt des entités placées sous leur tutelle.
La liste précise des institutions concernées sera fixée par arrêté du ministre des Finances.
2️⃣ Quatre directions comptables ministérielles
Chacune regroupe un ensemble cohérent de ministères :
Direction comptable des Finances, des Affaires économiques et des Équipements collectifs
Direction comptable des services généraux des administrations publiques et de l’Énergie
Direction comptable des Affaires étrangères et des Sports
Direction comptable de la Santé, de l’Environnement et de l’Enseignement
Implantées dans la région de Dakar, elles deviennent des postes comptables supérieurs, dirigés par des Inspecteurs principaux du Trésor nommés par décret.
Une transition maîtrisée
Le texte prévoit la suppression progressive :
de la Paierie générale du Trésor,
de la Trésorerie Paierie pour l’Étranger,
de l’Agence comptable des Grands Projets.
Leur disparition interviendra après le dénouement complet des opérations en cours, selon des modalités fixées par instruction ministérielle.
Par ailleurs, le décret abroge les dispositions correspondantes du Décret n° 2014-1171 du 16 septembre 2014, modifié en 2017, actant ainsi la fin d’un cycle administratif.
Une réforme au cœur de la gouvernance financière
Au-delà d’un simple ajustement technique, cette réforme traduit une ambition structurelle : aligner l’organisation comptable sur la nouvelle gouvernance budgétaire fondée sur la responsabilité, la performance et le contrôle interne renforcé.
En favorisant le partenariat entre ordonnateurs et comptables notamment à travers des mécanismes innovants comme le contrôle allégé en partenariat l’État sénégalais consolide sa trajectoire vers une gestion publique moderne, transparente et certifiable.
Dans un contexte régional marqué par l’harmonisation des cadres budgétaires, le Sénégal confirme ainsi sa volonté d’adapter ses institutions aux standards contemporains de gestion financière.
Un chantier stratégique qui redessine durablement l’architecture comptable de l’État.

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