vendredi, 22 octobre 2021 20:38

Coups d’état en Afrique : L’heure de l’orientation et de la programmation des armées pour éviter le pire

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Ce qui se passe aujourd’hui en Guinée est une résultante de la gestion des armées par les politiques. A force de reniements, de mensonges, de ruses et autres subterfuges pour rester soit au pouvoir ou pour assurer ses arrières, les chefs d’état africains n’hésitent plus à faire jouer la fibre ethnique dans les promotions des officiers. Cette pratique qui a fini d’installer un profond malaise du fait que le mérite est relégué aux seconds plans au profit de la servilité. Cela a installé pendant longtemps l’instabilité politique en Guinée Bissau avant que les Narcos ne s’installent définitivement au cœur de la République. Cela a également perdu le Mali, ou les autorités étaient obligées de fermer les yeux sur la corruption qui a irrémédiablement conduit au sous armement des troupes. Conséquences, ce pays est la proie des groupes armés depuis plus de dix ans comme du reste, son voisin le Burkina Faso.

Si la situation actuelle que vit la Guinée Conakry était prévisible pour plusieurs raisons, elle pourrait s’étendre à plusieurs pays de la sous-région qui font face à des querelles intestines du fait de la forte implication des politiques dans les carrières des militaires. Les promotions se distribuent comme des petits pains et pas pour les plus méritants mais, pour les plus aptes à dire Oui Monsieur le Président. Alpha Conde l’apprendra à ses dépens mais hélas, tardivement. En voulant promouvoir un caporal issu de la fameuse Légion Étrangère au grade d’officier et commandant de surcroît l’un des régiments les plus importants de la Guinée, il avait oublié que les officiers , les vrais pétris d’éthique, étaient formés à bonne école et non à travers des sessions sporadiques.

Le récent malaise dans l’armée tchadienne, relayé par RFI le 27 juin 2017, vient en rajouter au climat d’incertitude qui règne au sein de plusieurs institutions militaires africaines notamment en Côte d’Ivoire et en Somalie, pour ne prendre que ces exemples. Plusieurs pays étant en phase de reconstruction du fait de crises militaro-politiques ou autres, connaissent des difficultés à rebâtir leur armée et à maintenir une certaine cohésion ou souvent une discipline exemplaire. La Gambie, le Mali et le Burkina Faso, sont des exemples de pays dont les armées pour diverses raisons, demeurent fragiles en dépit de tous les efforts de reconstruction en cours.

A force de manger à la table du prince, de profiter des avantages indus des politiques, les officiers sont devenus des courtiers au service des présidences africaines, obtenant facilement des promotions et impunité dans les opérations de corruption. Car les armées sont devenues les plus niches corruptogenes du fait de l’impunité 

Il faut le reconnaître, le plus grand nombre de pays dont les armées sont en souffrance, l’est du fait de crises internes et de manipulation politique de l’outil militaire. L’instrumentalisation politique à des fins de positionnement, demeure la cause principale des divers malaises constatés mais il ne faut pas non plus occulter l’insuffisance de gouvernance de ces armées. Le cas du Tchad rappelle combien le non versement de primes dues aux soldats, notamment à la suite d’intervention dans un cadre onusien, est une aberration en matière de gestion et de gouvernance du secteur de la défense. Pire, le Président tchadien a sollicité l’aide financière internationale, pour soutenir l’action de ses soldats au Mali dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et cela n’a fait l’objet d’aucune réaction. N’oublions pas que le Tchad demeure le pays le plus engagé dans cette lutte contre la terreur.

Comment ces pays arrivent-ils à ne pas pouvoir régulariser des arriérés de primes promises dans un contexte ou un autre? Comment arrivent-ils à ne pas anticiper ces malaises au sein des armées se transformant régulièrement en mutineries? Il semble que les faiblesses de ces pays soient au niveau de la gouvernance de leurs armées tout simplement. Une cohérente et active gouvernance du secteur de la défense permet efficacement d’anticiper les crises et au pire les mutineries. La gouvernance du secteur de la défense repose essentiellement sur les organismes des armées chargés de la gouvernance, il s’agit des services d’inspection et de contrôle, contribuant à la stabilité de l’institution militaire. En outre un autre mécanisme d’anticipation et de gouvernance du secteur de la défense est l’Assemblée Nationale qui à travers le contrôle démocratique des armées, assure une cohérente gouvernance de l’institution militaire et alerte éventuellement des carences à combler. Il s’agit en réalité d’un vaste dispositif de veille en matière de gouvernance qui repose sur des mécanismes internes aux armées (inspection et contrôle) mais aussi sur des mécanismes extérieurs (Société Civile, Assemblée Nationale, etc.) pour anticiper les crises pouvant déstabiliser les pays concernés.

Les promotions sous la base du copinage ou de la parenté, ont accentué le malaise dans les armées au point que le commandement intermédiaire constitue la première menace pour les officiers généraux et les chefs d’état. Après les capitaines, place est faite à nouveau aux colonels 

Ainsi, la transformation des armées africaines sur la base d’un sincère engagement des décideurs des pays concernés, s’impose plus que jamais. Le malaise général des armées qui bien souvent n’est qu’une accumulation de dysfonctionnements constituant un lourd héritage, doit être traité de front avec réalisme et courage politique. Lorsque cela s’avère nécessaire, une simple refonte peut régler ce malaise à travers une réforme du secteur de la sécurité, au pire, une renaissance (une dissolution et reconstruction) complète des armées est inévitable. Dans tous les cas, une courageuse volonté politique assortie d’un budget de la défense conséquent, conditionnent le succès d’une telle initiative qu’il s’agisse d’une restructuration, d’une refonte, ou d’une dissolution en vue d’une reconstruction.

C’est pourquoi, il devrait être recommandé sur la base de ce constat de malaise général des armées africaines, que l’Union Africaine (UA) puisse convoquer une réunion d’urgence pour examiner cette épineuse question et établir un programme africain de reconstruction des armées des pays le souhaitant. Ce programme pourrait être financé par les pays de l’UA eux-mêmes mais aussi avec la coopération bilatérale et multilatérale. Une levée de fonds pourrait d’ailleurs soutenir ce vaste programme continental.

Pape SANÉ 

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