jeudi, 8 octobre 2026 13:37

CAN 2025 : que peut décider le TAS dans le dossier Sénégal-Maroc ?

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Atlanticactu/ Finale CAN 2025/ Maroc/ TAS/ Audience/ FSF/ CAF/ Serigne Ndong

Neuf mois après une finale marquée par de nombreux rebondissements, le Sénégal et le Maroc se retrouvent devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), à Lausanne. La juridiction sportive examine ce jeudi 8 octobre le recours déposé par la Fédération sénégalaise de football (FSF) contre la décision de la Confédération africaine de football (CAF), qui a retiré aux Lions le titre de la CAN 2025 avant d’attribuer officiellement la victoire au Maroc sur tapis vert.

L’audience se tient à huis clos. Contrairement à certaines informations qui circulent, aucune décision ne sera rendue ce jeudi.

Une finale remportée sur le terrain, puis annulée par la CAF

Le 18 janvier 2026, le Sénégal et le Maroc s’affrontent en finale de la CAN 2025 au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Après 90 minutes sans but, la rencontre connaît un tournant majeur dans les dernières minutes du temps réglementaire.

Après consultation de la VAR, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala accorde un penalty au Maroc. En désaccord avec cette décision, les joueurs sénégalais quittent momentanément la pelouse pour protester. Après plusieurs minutes d’interruption, ils regagnent finalement le terrain.

Brahim Diaz manque ensuite son penalty face au gardien sénégalais Édouard Mendy. Le match reprend et se poursuit en prolongation.

Trois minutes après le début de celle-ci, Pape Gueye inscrit le but qui permet au Sénégal de s’imposer 1-0. À l’issue de la rencontre, la CAF présente officiellement le Sénégal comme champion d’Afrique.

Mais l’affaire ne s’arrête pas au coup de sifflet final.

Le 17 mars 2026, saisi par la Fédération royale marocaine de football, le Jury d’appel de la CAF annule la précédente décision disciplinaire et déclare le Sénégal forfait pour la finale, en application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Le résultat est alors homologué sur le score de 3-0 en faveur du Maroc, officiellement sacré champion d’Afrique par la CAF.

Le Sénégal saisit le Tribunal arbitral du sport

La Fédération sénégalaise de football décide de contester cette décision devant le TAS. Enregistré le 25 mars 2026, son recours demande l’annulation de la décision de la CAF ainsi que la reconnaissance du Sénégal comme vainqueur de la CAN 2025.

La procédure suit ensuite son cours, avec l’échange des mémoires entre les différentes parties. Le litige oppose désormais la FSF à la CAF et à la Fédération royale marocaine de football.

Le TAS a fixé l’audience au 8 octobre, à Lausanne. Les débats se déroulent en français et à huis clos, devant une formation composée de trois arbitres.

À l’issue de l’audience, les arbitres devront délibérer avant de rendre leur sentence à une date qui, pour l’heure, n’a pas encore été communiquée.

Ce que le TAS doit réellement trancher

L’enjeu ne consiste pas simplement à déterminer quelle équipe a remporté la finale sur le terrain. La formation arbitrale doit surtout examiner la légalité et le bien-fondé de la décision prise par la CAF au regard des règlements applicables et des circonstances précises de la rencontre.

Dans le cadre d’une procédure d’appel, le TAS dispose d’un « plein pouvoir d’examen » sur les faits et sur le droit. L’article R57 de son Code lui permet soit de rendre une nouvelle décision se substituant à celle qui est contestée, soit d’annuler cette dernière et de renvoyer l’affaire devant l’instance qui a statué précédemment.

Plusieurs issues sont donc juridiquement envisageables : confirmer la décision de la CAF, l’annuler et rétablir le résultat obtenu sur le terrain, modifier la sanction ou encore renvoyer le dossier devant l’instance compétente.

Une jurisprudence qui ne permet pas de prédire l’issue

La principale difficulté du dossier réside notamment dans l’absence d’un précédent totalement identique. Plusieurs affaires examinées ces dernières années présentent des similitudes avec le contentieux opposant aujourd’hui le Sénégal au Maroc, mais aucune ne reproduit exactement les mêmes circonstances.

Le dossier Wydad-Espérance de Tunis, en 2019, constitue toutefois l’un des précédents les plus proches.

Lors de la finale retour de la Ligue des champions africaine, le Wydad avait refusé de reprendre le match après une interruption. Le TAS avait alors considéré que ce refus constituait un abandon au sens du règlement disciplinaire de la CAF et avait confirmé le principe d’une défaite par forfait.

Le contexte était cependant différent. Dans cette affaire, le Wydad n’était finalement pas revenu sur la pelouse après une longue interruption liée notamment à un problème de VAR et à diverses contestations. Le TAS avait considéré que les conditions permettant la reprise du match étaient réunies et que le refus du club de poursuivre la rencontre engageait sa responsabilité.

Autre élément à prendre en compte : dans sa sentence de 2020, le TAS avait annulé une décision du Comité exécutif de la CAF pour des raisons procédurales, tout en permettant à l’Espérance de conserver le trophée.

Cette affaire montre donc que le Tribunal peut distinguer la question du résultat sportif de celle de la régularité de la décision prise par l’instance dirigeante.

Un cas difficilement comparable aux précédents

C’est précisément ce qui rend le dossier Sénégal-Maroc particulièrement délicat à anticiper.

Le Sénégal a bien quitté momentanément la pelouse après l’attribution du penalty, mais les joueurs sont revenus quelques minutes plus tard. Le match a ensuite repris normalement. Le penalty a été manqué, puis la rencontre s’est poursuivie jusqu’à son terme, avec une victoire sénégalaise 1-0 après prolongation et la remise du trophée au vainqueur.

La situation diffère donc sensiblement de celle du dossier Wydad-Espérance. Dans ce précédent, l’équipe ayant quitté la pelouse n’était finalement pas revenue pour terminer la rencontre. Le TAS avait alors retenu l’abandon du match.

Cette différence pourrait constituer l’un des principaux arguments examinés par la formation arbitrale.

La question centrale sera notamment de savoir si le fait, pour le Sénégal, d’avoir momentanément quitté le terrain avant d’y revenir et de terminer la rencontre peut juridiquement être assimilé à un abandon au sens des règlements de la CAF.

Aucun verdict ne sera rendu ce jeudi

Contrairement à ce que laissent entendre certaines informations diffusées sur les réseaux sociaux, l’audience du 8 octobre ne débouchera pas immédiatement sur une décision.

Le TAS a indiqué qu’il ne pouvait pas annoncer à ce stade la date à laquelle sa sentence sera rendue et qu’aucun verdict ne sera prononcé le jour de l’audience.

Après avoir entendu les arguments des différentes parties, les trois arbitres devront délibérer. Le Tribunal pourra ensuite rendre une nouvelle décision se substituant à celle de la CAF ou annuler cette dernière et renvoyer le dossier devant l’instance compétente.

Dans l’attente de la sentence du TAS, la décision de la CAF demeure donc applicable. Le Maroc reste officiellement champion de la CAN 2025.

Trois scénarios principaux

Premier scénario : la décision de la CAF est confirmée.
Le Maroc conserverait officiellement le titre qui lui a été attribué sur tapis vert, tandis que le résultat de la finale resterait homologué sur le score de 3-0.

Deuxième scénario : le TAS donne raison au Sénégal.
Le Tribunal pourrait annuler la décision de la CAF et, dans le cadre de son pouvoir de pleine juridiction, rendre une nouvelle décision rétablissant le résultat obtenu sur le terrain. Le Sénégal retrouverait alors officiellement le titre remporté le 18 janvier.

Troisième scénario : le dossier est renvoyé.
Le TAS pourrait également annuler la décision contestée et renvoyer l’affaire devant l’instance ayant statué en dernier ressort, afin qu’elle se prononce à nouveau conformément à l’analyse juridique du Tribunal.

Pour l’heure, aucune de ces hypothèses ne peut être considérée comme acquise.

La jurisprudence du TAS montre que le Tribunal examine les faits, les règlements applicables et les circonstances propres à chaque affaire. Dans le dossier Sénégal-Maroc, l’enjeu sera donc moins de reproduire mécaniquement une jurisprudence existante que de déterminer comment les règles de la CAF doivent être interprétées au regard des événements survenus à Rabat.

Après neuf mois de procédure, le contentieux autour de la finale de la CAN 2025 entre désormais dans sa dernière phase judiciaire. Mais le dernier mot n’est pas encore connu : la décision du TAS interviendra après l’audience de Lausanne, à une date qui reste encore à fixer.

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