jeudi, 22 janvier 2026 09:31

Après plusieurs mois de silence, l’Imam Dicko reprend la parole et met en garde Bamako

Partager sur :

Les plus lus

Mali
Atlanticactu / Bamako / Alger / Cheikh Saadbou Diarra
Pour ceux qui l’avaient enterré après son exil en terre algérienne et l’éclatement du mythique mouvement de contestation, le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP)  qui avait précipité la chute du régime du défunt président Ibrahima Boubacar Keïta (IBK), l’Imam Dicko se rappelle à leurs souvenirs. L’Imam Mahmoud Dicko est réapparu dans le débat public malien.après de longs mois d’absence médiatique.
À Alger, où il séjourne depuis son départ du Mali, l’ancien président du Haut Conseil islamique a livré une première prise de parole depuis la création de la Coordination des forces républicaines (CFR). L’Imam de Badalabougou vient de confirmer son adhésion à cette initiative. Un message diffusé en plusieurs langues, largement relayé sur les réseaux sociaux et commenté sur les antennes radios, dans un contexte national toujours dominé par l’insécurité et les incertitudes politiques.
Depuis Alger Imam Mahmoud Dicko lance un appel au peuple malien 
« Je prends la parole aujourd’hui pour vous éclairer sur des informations que vous avez entendues ces derniers temps. Je sors également pour vous lancer un appel. Ces derniers jours, vous avez entendu beaucoup de choses à la télévision, à la radio et dans les médias en général. Effectivement, des Maliens sont venus me voir pour me parler de leur initiative visant à mettre fin aux souffrances et aux meurtres en cours, afin que nous trouvions ensemble une solution pour mettre fin à cette situation et permettre le retour de la paix. Si tel est leur objectif, je me dois de les accompagner. Le jour de mon arrivée ici, les autorités étaient au courant. Elles savaient tout. En quittant le pays, je n’ai tué personne, je n’ai pas volé l’argent public et je ne suis associé à aucune organisation ni à aucun groupe cherchant à déstabiliser le pays.
Les autorités le savent, et elles le savent mieux que quiconque. Elles ont été invitées comme j’ai été invité. Elles étaient informées de tout. Malgré cela, elles se sont fâchées avec ce pays, l’Algérie. Depuis ce jour, elles ne s’entendent plus avec ce pays, jusqu’à présent. Le jour où mon retour au pays a été annoncé, alors que je n’avais rien dit et rien annoncé, la personne qui a relayé cette information a été arrêtée alors qu’elle revenait de la mosquée. Elle a disparu pendant quatre mois, sans que l’on sache si elle était vivante ou non.

Le jour annoncé de mon arrivée, ils ont mobilisé plus de 1 600 policiers, gendarmes et autres forces de sécurité à l’aéroport du Mali. Ce jour-là, toute personne qu’ils ont croisée et qui déclarait se rendre à l’accueil de Dicko a été arrêtée. Jusqu’à présent, certains d’entre eux sont encore en prison.

Ainsi, lorsque des personnes viennent me voir pour qu’on mette fin à cette situation, pour qu’on en parle ensemble, alors qu’il y a beaucoup de morts et de destructions de biens, j’ai répondu en leur disant que je partageais leur point de vue. C’est ce que vous avez entendu. Je lance donc un appel à tous : levez-vous, réunissons-nous, non pas contre un groupe de personnes ou des individus, non pas pour violenter qui que ce soit, mais pour que la situation actuelle dans notre pays prenne fin. Tout le monde souffre. On ne peut pas vivre dans un pays où plus personne ne peut parler. Dialoguons, discutons entre nous. Prions Dieu pour le retour de la paix, car rien n’est possible sans la paix.

Discutons afin qu’ensemble, nous puissions avoir un pays en paix. Voilà mon objectif. Mon appel s’adresse à tout le monde, à tous les Peuls, du Mali et d’ailleurs. Cette initiative, je la soutiens, et je veux que tout le monde le sache. J’appelle également chacun à y adhérer.

Qu’Allah nous aide, qu’Il aide la religion, qu’Il aide la Sunna. Qu’Allah fasse de nous des serviteurs de la religion d’Allah jusqu’à notre dernier souffle. Que toute personne qui n’est pas avec Dieu ne reçoive jamais Son aide. Je le dis et je le maintiens : je ne suis pas avec ceux qui ne sont pas avec Allah. Je ne suis en conflit avec personne, mais ce que je n’accepte pas, c’est qu’on rabaisse la religion et le Prophète. Je ne m’associerai jamais à ceux qui rabaissent le Prophète. C’est pour cela que j’ai été combattu par eux et par leurs soutiens. Ceux-là, je mets Allah entre eux et moi. Ils m’ont combattu, et moi, je m’en remets à Allah. C’est un appel à tous pour mettre fin à cette situation. ».
Comme avec le M5/RFP, Imam Dicko droit dans ses bottes
Dans son interview, l’Imam Mahmoud Dicko a expliqué vouloir répondre aux nombreuses interrogations suscitées par les rumeurs circulant à son sujet. Il a évoqué les visites de délégations venues à sa rencontre pour lui exposer la situation du pays, notamment sur les plans sécuritaire et humain. « Que les Maliens se parlent et se retrouvent », a-t-il résumé, dans un appel direct au dialogue et à l’apaisement. L’ancien leader religieux affirme avoir accepté de s’associer à toute démarche visant à faire cesser les violences et à favoriser la réconciliation. Il veut réduire les souffrances des populations et de restaurer un climat propice à la paix et au vivre-ensemble. Une position qui s’inscrit dans la continuité de ses prises de parole passées, souvent centrées sur la recherche de compromis et de solutions endogènes.
Aprés l’éclatement du M5/RFP, Dicko désigne la CFR comme nouvelle plateforme de ralliement
L’adhésion de Mahmoud Dicko à la CFR confère à cette structure une visibilité accrue. La Coordination, dont la composition et les contours restent encore peu connus du grand public, se présente comme un cadre de réflexion et de concertation sur l’avenir du Mali. Pour ses promoteurs, il s’agit de créer un espace de dialogue capable de dépasser les clivages actuels. Le soutien affiché de l’imam, figure influente auprès d’une partie de la population, suscite déjà de nombreuses réactions. Pour certains observateurs, cette prise de position pourrait redonner un souffle à des initiatives politiques et citoyennes en quête de légitimité. D’autres y voient un message adressé aux autorités de transition, à un moment où les tensions internes et régionales restent vives.
Le fait que cette intervention ait été enregistrée depuis Alger n’est pas passé inaperçu. En exil depuis plusieurs mois, Mahmoud Dicko continue de suivre de près l’évolution de la situation malienne. Son éloignement physique du pays n’a visiblement pas entamé sa capacité d’influence, comme en témoigne la large diffusion de son message. Cette prise de parole intervient alors que le Mali est engagé dans une phase délicate de sa transition, marquée par des défis sécuritaires persistants et par une recomposition des alliances régionales, notamment au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Partager sur :

Plus d'articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus récents