vendredi, 16 octobre 2026 07:08

CHANTIERS PORTUAIRES :  Derrière les annonces de Déthié Fall sur le SMP, qu’en est-il des intérêts du Sénégal ?

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Sénégal
Atlanticactu/ Dakar/ Pape Sané
Déthié Fall joue-t-il avec les intérêts du Sénégal ? Entre annonces à répétition, décisions controversées et zones d’ombre autour des chantiers portuaires, la stratégie du ministre interroge. Derrière la communication, se dessine une question plus dérangeante : ces choix répondent-ils réellement aux intérêts du pays ou risquent-ils, au contraire, de fragiliser ses intérêts économiques et stratégiques ?
Le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, a présenté il y a quelques jours à des investisseurs italiens les opportunités offertes par le Sénégal dans le secteur portuaire, dans le cadre de la transformation de ses infrastructures logistiques. Il a notamment annoncé l’ouverture du port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou au plus tard en juin 2027, ainsi que le démarrage des activités du port de Ndayane en octobre 2028. Mais, la question est de savoir si un navire accostera un jour au port de Bargny-Sendou.
Il a également mis en avant le potentiel du port de Nikine, présenté comme une infrastructure en eau profonde appelée à devenir un véritable corridor maritime vers la sous-région.
Mais derrière cette communication destinée à séduire les investisseurs, une réalité beaucoup moins reluisante apparaît : le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou n’est toujours pas  opérationnels. Le ministre reconnaît lui-même que le gouvernement travaille à lever les « derniers obstacles » qui empêchent la mise en service du port et fixe désormais son ouverture à juin 2027.
Problème : cette échéance intervient après l’objectif de mise en service précédemment annoncé pour fin 2026. Certes, « ouverture » et « livraison physique » peuvent désigner des étapes différentes. Mais une chose demeure : le gouvernement reconnaît officiellement que des difficultés subsistent et que la mise en exploitation de cette infrastructure stratégique n’est pas encore acquise.
Pour rappel,  le projet a été lancé depuis 2015 et le 27 novembre 2018, trois ans après la signature de l’accord de concession, Sénégal Minergy Port lancé officiellement le début des travaux de construction du port. Ce bijou confié à Dame Diané devait être prêt en mars 2022,  selon le promoteur. Près de dix ans après, plusieurs questions notamment les plaintes de certains actionnaires et la question foncière montrent que ce projet ambitieux est plombé depuis sa création.
Cette situation soulève plusieurs interrogations.
Sur le plan commercial, un nouveau report pourrait retarder les recettes attendues du fret, affecter les engagements pris auprès des clients et repousser les bénéfices économiques escomptés pour le Sénégal.
Sur le plan de la gouvernance, la référence faite par le ministre à plusieurs services de l’État et à des « blocages » persistants montre que la mise en service demeure tributaire de décisions, de coordinations ou d’autorisations qui ne sont manifestement pas encore totalement réglées.
Sur le plan juridique et contractuel, les véritables conséquences restent difficiles à mesurer en l’absence de publication de la concession, des avenants et des engagements contractuels concernés. Quels sont les délais opposables ? Qui supportera le coût des retards ? Quelles sont les obligations des différentes parties ? Quelles mesures correctives sont prévues ? Autant de questions auxquelles les Sénégalais sont en droit d’attendre des réponses précises.
« Près de dix ans après son lancement, un audit de la comptabilité de ce projet devrait être la priorité du gouvernement »
En réalité, cette nouvelle communication gouvernementale ressemble surtout à la confirmation officielle qu’une solution reste à trouver pour permettre au port de Bargny-Sendou de fonctionner effectivement. Et lorsqu’une infrastructure stratégique accumule les reports et que l’État doit encore lever des « derniers obstacles » à quelques mois de l’échéance annoncée, la question de la protection des intérêts nationaux ne peut être éludée.
Plus préoccupant encore, certaines affirmations circulant sur les difficultés rencontrées par les responsables du projet vont jusqu’à mettre en doute leur capacité à achever et à ouvrir le port. Ces accusations, qui mériteraient d’être documentées et contradictoirement examinées, renforcent surtout une exigence : celle de la transparence sur la situation réelle du port de Bargny-Sendou et sur les responsabilités de chacun.
Le Sénégal ne peut pas se contenter d’annonces de dates et de promesses d’investissements. Pour des infrastructures aussi stratégiques que Bargny-Sendou, Ndayane ou Nikine, la priorité doit rester la défense des intérêts économiques du pays, la maîtrise des engagements financiers et contractuels de l’État et la garantie de retombées concrètes pour les populations.
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