vendredi, 2 octobre 2026 11:53

Cancer du col : le professeur Gassama dénonce les failles du système de prise en charge

Partager sur :

Les plus lus

Sénégal

Atlanticactu/ Pr Omar Gassama/ SSCPP/ Congrès national/ Cancer du Col/ Santé Publique/ Serigne Ndong

À l’occasion du congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (SSCPP), le professeur Omar Gassama a tiré la sonnette d’alarme sur la prise en charge du cancer du col de l’utérus au Sénégal. Si les résultats de la vaccination contre le HPV sont encourageants, le dépistage demeure très insuffisant à l’échelle nationale, avec une couverture inférieure à 15 %. Le déficit d’équipements, les ruptures dans la continuité des soins et la concentration des services de radiothérapie à Dakar et Touba préoccupent particulièrement le spécialiste, qui dénonce l’abandon de nombreuses patientes et appelle à la mise en place d’une stratégie durable et décentralisée.

À l’occasion du 5ᵉ Congrès national et 4ᵉ Congrès international de la Société sénégalaise de colposcopie et de pathologie liée au papillomavirus (SSCPP), ainsi que du 2ᵉ Cours international de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale, le professeur Omar Gassama a présenté un constat particulièrement préoccupant sur les politiques mises en œuvre pour lutter contre le cancer du col de l’utérus au Sénégal.

Organisé en partenariat avec la Société américaine de colposcopie et de pathologie cervico-vaginale, le congrès avait pour ambition d’accélérer l’élimination de cette maladie. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui repose sur trois objectifs majeurs : vacciner 90 % des filles âgées de 9 à 14 ans, dépister et traiter 70 % des femmes de 30 à 49 ans présentant des lésions précancéreuses et assurer la prise en charge de 90 % des cas invasifs.

Une vaccination qui progresse malgré certaines résistances

Concernant le premier objectif, le professeur Omar Gassama affiche un certain optimisme. La couverture vaccinale contre le papillomavirus humain (HPV) au Sénégal est considérée comme « acceptable » et se rapproche des 100 %, malgré la persistance de résistances localisées dans certaines zones, notamment à Matam. « Pour la vaccination, les résultats sont encourageants pour le Sénégal », souligne le spécialiste.

Il estime toutefois que certaines réticences demeurent au sein de la population, notamment en raison d’un manque d’information ou des inquiétudes liées aux éventuels effets secondaires. D’où la nécessité, selon lui, de renforcer les actions de sensibilisation : « Le vaccin contre le cancer du col utérin est sûr, efficace et disponible dans le pays. »

Le spécialiste rappelle par ailleurs que le vaccin bénéficie de plus de deux décennies de recul. Il cite notamment l’Australie, la Finlande, l’Angleterre et le Canada, qui se rapprochent de l’objectif d’élimination de la maladie à l’horizon 2030 grâce à des programmes de vaccination intégrant également les garçons.

« On n’est même pas à 15 % de dépistage »

La situation apparaît beaucoup plus préoccupante sur le volet du dépistage. « Au Sénégal, on n’est même pas à 15 % du taux de dépistage du cancer du col utérin. Si on veut se dire la vérité, le dépistage est mal fait. Il est trop, trop mal fait », martèle-t-il.

Pour le professeur Gassama, le problème ne se limite pas au faible niveau de dépistage. Il concerne également la continuité de la prise en charge après le diagnostic : « Les malades sont dépistées et abandonnées à elles-mêmes. »

Cette situation s’explique notamment par le manque d’équipements et l’insuffisance de personnel qualifié. De nombreuses femmes chez lesquelles des lésions précancéreuses sont détectées ne bénéficient pas d’un traitement dans les délais requis. Dans ces conditions, l’objectif de dépister 70 % des femmes concernées d’ici 2030 paraît difficilement réalisable sans une profonde réorientation des politiques publiques.

Un manque préoccupant d’équipements de radiothérapie

La prise en charge des cancers invasifs soulève également de sérieuses inquiétudes, notamment en raison de la forte concentration des infrastructures spécialisées. « La radiothérapie, c’est Dakar et Touba ; ailleurs, ça n’existe pas », déplore le spécialiste, qui juge le parc d’équipements largement insuffisant au regard des besoins du pays. « À l’heure où je vous parle, on devrait compter près de 1 800 équipements de radiothérapie pour nos 18 millions d’habitants. Or, nous n’avons même pas quatre appareils fonctionnels dans tout le pays. »

Pour le praticien, cette situation témoigne d’un déficit d’engagement et de volonté politique, notamment en matière de financement du secteur de la santé et d’investissement dans les infrastructures nécessaires à une prise en charge équitable des patientes.

Un centre de dépistage permanent dans chaque district

Pour améliorer la situation, le professeur Gassama plaide pour une véritable décentralisation de la prévention et du dépistage, inscrite dans la durée. « Au Sénégal, nous comptons 79 districts. Il doit y avoir 79 centres de dépistage équipés et fonctionnels, avec du personnel qualifié travaillant 365 jours sur 365. »

Le spécialiste met également en garde contre une dépendance excessive aux campagnes ponctuelles de sensibilisation et de dépistage. À ses yeux, des initiatives telles qu’« Octobre rose » doivent accompagner le dispositif permanent de santé publique et non s’y substituer : « Octobre rose doit servir à rattraper les retardataires, pas à se substituer à la prévention permanente. Attendre ce mois pour dépister ne permettra jamais de régler le problème. »

Une maladie évitable qui continue pourtant de faire des victimes

En conclusion, le professeur Omar Gassama insiste sur l’urgence d’agir face à une maladie dont les moyens de prévention et de traitement sont pourtant connus. « Il est inadmissible et inconcevable que des femmes continuent de mourir du cancer du col de l’utérus au Sénégal. »

Pour atteindre l’objectif d’élimination, le Sénégal devra, selon lui, mettre en place un véritable maillage territorial reposant sur des équipements adaptés, des ressources humaines qualifiées et une prise en charge continue. À défaut, des milliers de femmes resteront exposées au risque de développer des formes avancées d’un cancer qui peut pourtant être largement évité.

Partager sur :

Plus d'articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les plus récents