Sénégal
Atlanticactu/ CNUCED/ IDE/ Pétrole/ Redressement budgétaire/ Serigne Ndong
Les données publiées par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans son World Investment Report 2026 mettent en évidence une forte baisse des flux d’investissements directs étrangers (IDE) vers le Sénégal. Après plusieurs années de progression soutenue, alimentée par le développement des projets pétroliers et gaziers, les IDE ont reculé de près de 90 % en 2025. Une situation que le professeur Amath Ndiaye, enseignant-chercheur à la FASEG de l’UCAD, analyse en profondeur.
Entre 2020 et 2024, le Sénégal avait pourtant connu une période exceptionnelle en matière d’attractivité des capitaux étrangers, avec un total de 15,472 milliards de dollars d’IDE, soit une moyenne annuelle de 3,094 milliards de dollars. Le pays avait atteint un sommet historique de 4,790 milliards de dollars en 2023, avant d’enregistrer 3,319 milliards en 2024.
La tendance s’est toutefois brutalement inversée en 2025, année au cours de laquelle les investissements étrangers se sont limités à 337 millions de dollars.
Selon Amath Ndiaye, cette chute s’explique avant tout par l’évolution normale des grands projets d’hydrocarbures. « Cette évolution s’explique d’abord par un phénomène structurel. Les grands projets pétroliers et gaziers sont désormais entrés en phase de production. Les investissements de construction ayant été largement réalisés, les besoins en nouveaux capitaux étrangers diminuent naturellement. »
Si la fin des phases de développement des projets Sangomar et GTA annonçait déjà un ralentissement des investissements, l’ampleur de la baisse suscite néanmoins des interrogations. Pour l’universitaire, le contexte politique et les difficultés budgétaires ont également joué un rôle important.
Il estime que la découverte de passifs non déclarés sur la période 2019-2024 a fragilisé les relations avec les bailleurs de fonds, entraînant notamment la suspension du programme du FMI et une réévaluation du risque pays. « Même si les statistiques de la CNUCED ne permettent pas d’établir une relation de causalité directe, il est plausible que ce contexte ait contribué à retarder ou à décourager certains projets d’investissement étrangers », souligne l’économiste.
Face à cette situation, le chercheur considère que le modèle fondé principalement sur l’exploitation des ressources naturelles montre désormais ses limites. « Les investissements liés aux ressources naturelles, aussi importants soient-ils, sont souvent temporaires. Ils atteignent leur maximum pendant la phase de développement des projets avant de diminuer lorsque la production commence », rappelle-t-il.
Pour relancer les IDE, Amath Ndiaye préconise une diversification de l’économie, en misant notamment sur l’industrie manufacturière, l’agro-industrie, le numérique et les énergies renouvelables. Il estime toutefois que la priorité demeure le rétablissement des équilibres macroéconomiques.
Le professeur met en avant trois mesures qu’il juge indispensables : « Il est urgent de mettre en œuvre un programme de redressement budgétaire crédible, de restructurer la dette publique afin d’en rétablir la soutenabilité et de conclure un nouvel accord avec le FMI. Ces trois leviers […] permettront de restaurer la confiance des investisseurs, de réduire les tensions sur les finances publiques […] et de créer les conditions d’un retour durable des investissements directs étrangers. »
