jeudi, 12 février 2026 20:56

Répression et arrestations de manifestants, l’ONU met en garde Adama Barrow

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Gambie
Atlanticactu/ New York/ Banjul/ Amsatu Barrow
Présentée comme un havre démocratique en Afrique de l’Ouest depuis la chute de Yahya Jammeh en 2017, la Gambie fait l’objet de critiques sévères de la part des Nations unies. Suite aux arrestations de jeunes manifestants et l’éviction du Vérificateur général qui avait dévoilé des malversations, des experts onusiens interpellent Banjul.
Dans une communication formelle adressée au gouvernement gambien, deux rapporteurs spéciaux de l’ONU ont dénoncé des « arrestations massives » de manifestants pacifiques et la destitution controversée du vérificateur général. Ces événements survenus à la fin de l’année 2025, s’ils n’avaient pas encore été documentés de manière aussi officielle, jettent une ombre sur les engagements pris par les autorités de Banjul en matière de droits humains et de bonne gouvernance.
Les Nations Unies  alertent face à un « schéma de plus en plus répressif » 
L’articulation des deux dossiers dans une même communication onusienne n’est pas anodine. Pour Gina Romero et son collègue, la répression des manifestations et l’éviction du vérificateur général pourraient relever d’une même logique. Ils évoquent prudemment un « schéma de plus en plus répressif » et appellent les autorités gambiennes à « prendre des mesures immédiates pour enrayer les violations et assurer la responsabilité de toute action illégale des forces de sécurité ». La communication des rapporteurs spéciaux n’est pas une condamnation définitive. Il s’agit d’une procédure contradictoire qui offre au gouvernement gambien la possibilité de répondre point par point aux allégations formulées. Le document a été officiellement transmis aux autorités de Banjul, et sa teneur, ainsi que la réponse éventuelle de l’État gambien, seront rendues publiques et portées à la connaissance du Conseil des droits de l’homme. Depuis 2017 et l’élection du président Adama Barrow, la Gambie s’efforce de tourner la page de vingt-deux ans de dictature.
Des manifestations de jeunes réprimées dans la violence suite à l’annonce par l’Autorité de régulation des services publics (PURA) d’une hausse des tarifs douaniers pouvant atteindre 275 %.
C’est Gina Romero, rapporteuse spéciale sur les droits à la liberté de réunion et d’association pacifiques, qui a porté l’affaire devant le Conseil des droits de l’homme, conjointement avec son collègue chargé de la situation des défenseurs des droits humains. Le document, référencé AL GMB 1/2025, détaille les événements survenus en août 2025. Tout commence par une décision technique aux conséquences politiques explosives. L’Autorité de régulation des services publics (PURA) annonce une hausse des tarifs douaniers pouvant atteindre 275 %. La mesure, jugée insupportable par une population déjà fragilisée, provoque une série de manifestations spontanées. Du 22 au 25 août, des jeunes investissent pacifiquement les rues de Banjul et de Kanifing. La réponse des forces de l’ordre est immédiate et, selon les experts onusiens, disproportionnée. Au moins 44 manifestants sont interpellés. Au parking PURA, sur l’avenue Kairaba, la police anti-émeute disperse les rassemblements à coups de gaz lacrymogènes, alors même que les rapporteurs soulignent le caractère non violent des protestations. Des manifestations de solidarité organisées devant le tribunal de première instance de Kanifing subissent le même sort.
Les personnes arrêtées sont inculpées en vertu de la loi sur l’ordre public pour « rassemblement illégal », « cortège illégal » et « nuisances publiques », des chefs d’accusation passibles de trois ans d’emprisonnement. Une proportion significative des détenus sont des jeunes, ce qui conduit les experts onusiens à s’alarmer d’un « effet dissuasif » sur la société civile et l’activisme politique. Dans leur communication, Gina Romero et son collègue rappellent un principe fondamental du droit international : les rassemblements spontanés sont protégés, et l’absence d’autorisation préalable ne saurait justifier des arrestations ou une dispersion forcée. Or, selon les informations en leur possession, aucune menace immédiate pour la sécurité publique ne justifiait un tel déploiement de force. La lettre des rapporteurs, dont The Gambia Journal a obtenu copie, insiste sur ce point. Elle souligne que la réponse des autorités gambiennes contredit l’esprit même des réformes engagées depuis 2017 et risque de raviver les craintes d’un retour aux pratiques autoritaires de l’ère Jammeh.
La destitution controversée du Vérificateur général qui a dénoncé des malversations financières,  suscite moult interrogations 
Le second volet des critiques onusiennes concerne un événement survenu le 15 septembre 2025. Ce jour-là, le Vérificateur général de Gambie est démis de ses fonctions dans des conditions pour le moins rocambolesques. Selon la communication des rapporteurs, l’ancien haut fonctionnaire a été « démis de force par les forces de l’ordre » après avoir refusé une nomination ministérielle. L’affaire est grave à plusieurs titres. Elle touche d’abord à l’indépendance d’une institution clé de la contre-expertise budgétaire. Le Bureau national d’audit est censé garantir la transparence des finances publiques et la reddition des comptes. Son chef bénéficie, à ce titre, de garanties statutaires et constitutionnelles. Or, les experts onusiens sont formels : la procédure de destitution n’a pas respecté le cadre légal. La loi de 2015 sur le Bureau national d’audit est très claire : un vérificateur général ne peut être relevé de ses fonctions qu’à la suite d’une décision motivée, soit par un conseil médical en cas d’incapacité, soit par un tribunal présidentiel. Aucun de ces deux mécanismes n’a été activé. Les rapporteurs qualifient cette éviction de « violation flagrante » de la loi et y voient une « menace grave pour la responsabilité et la transparence dans la gestion des finances publiques ».
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