mercredi, 11 février 2026 14:33

Quand un ancien du FMI pointe du doigt les dérives de l’ancien régime du Sénégal

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Sénégal

Atlanticactu/ FMI/ Peter Doyle/ Serigne Ndong

Les réactions autour de l’affaire dite de la « dette cachée » continuent de se multiplier. Après les interventions de la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, et du chef de mission du FMI au Sénégal, Édouard Gemayel, c’est au tour de l’économiste américain Peter Doyle de sortir de sa réserve. Dans une contribution publiée ce lundi 20 octobre 2025 par Financial Afrik, cet ancien cadre senior du FMI n’a pas mâché ses mots, affirmant que, selon lui, « la honte du FMI, c’est le Sénégal ». Voici l’essentiel de sa réflexion.

À l’automne 2024, lorsque Ndongo Samba Sylla et moi avons souligné l’absurdité des prévisions du FMI sur l’inflation au Sénégal – compte tenu du lien historique du franc CFA à l’euro –, soit -13 % pour fin 2025 et +42 % pour fin 2026, nous avions noté que le FMI ne semblait pas prêter attention à ses propres chiffres. Nous nous demandions alors : que pourrait-il encore se passer ?

Nous étions loin d’imaginer la suite.

Après le changement de gouvernement d’avril 2024, des audits ont révélé que les emprunts contractés par le gouvernement depuis 2019, dans le cadre de plusieurs programmes du FMI, dépassaient de plus de 40 % du PIB les niveaux annoncés, y compris au public sénégalais. Cette situation pèsera sur le Sénégal pendant plusieurs générations, notamment auprès des créanciers américains et britanniques, puisque leurs tribunaux pourraient refuser de reconnaître tout nouveau prêt relevant de leur juridiction, sauf pour des accords confirmés par le FMI et soumis aux parlements locaux au moins 30 jours avant signature.

Loin de bloquer un programme précoce du FMI pour le Sénégal, cette situation permet de mettre en place un programme de maintien cohérent, le temps de corriger les données macroéconomiques et de préparer une stratégie de gestion de la dette à moyen terme, y compris pour la dette en devises étrangères.

Mais qui doit être tenu responsable ?

Il est urgent de mettre fin à l’absurdité qui consiste à voir l’ancien président Sall continuer de se présenter sur la scène internationale en tant qu’éminence grise après avoir présidé ce désastre : il devrait être considéré comme un paria.

De même, le personnel du FMI est censé garantir la véracité des données du programme et non se cacher derrière les assurances d’autrui. Qualifier ces erreurs de « fausse déclaration » relève d’une dissimulation. Les directeurs des départements Afrique et des affaires fiscales, responsables de la qualité du travail de leur personnel, n’ont apparemment jamais relevé les multiples incohérences des programmes, malgré des projections d’inflation absurdes et un déficit budgétaire colossal, aujourd’hui aggravé par un plan basé sur des données non corrigées et intenables.

Pour Doyle, il est inacceptable que le FMI ait perdu de vue 40 % du PIB. La directrice générale devrait révoquer ces deux directeurs ou, à défaut, être elle-même démis de ses fonctions pour avoir toléré, voire encouragé, un échec aussi catastrophique.

Il est donc crucial de ralentir et d’agir avec rigueur : un programme provisoire du FMI pour le Sénégal, incluant le gel des dettes non déclarées, la responsabilité totale et une transparence préalable, est désormais indispensable pour sauver les institutions budgétaires du pays et, par extension, donner l’exemple à l’échelle mondiale.

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