mardi, 24 mars 2026 02:25

Réforme institutionnelle : La Primature devient le nouveau centre de commandement gouvernemental

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Sénégal

Atlanticactu/ Primature/ Bassirou Diomaye Faye/ Serigne Ndong

« Je veux des DG forts, des ministres forts, un Premier ministre super fort. Je ne veux pas être ce type de président qui détient tous les pouvoirs. » Ces propos tenus par le Président Bassirou Diomaye Faye, le 4 avril 2025 lors de son face-à-face avec la presse, prennent aujourd’hui tout leur sens.

Le projet de décret sur l’organisation de la Primature, signé par le Chef de l’État et contresigné par le Premier ministre Ousmane Sonko, reconfigure en profondeur la Maison du Premier ministre. Il marque un tournant institutionnel majeur dans la gouvernance nationale : la Primature se transforme en un véritable centre stratégique du Gouvernement, doté de leviers renforcés, de nouvelles structures et d’un pouvoir de coordination pleinement assumé.

Un choix politique fort, ancré dans une vision cohérente

Cette réforme concrétise la vision défendue par Bassirou Diomaye Faye depuis son arrivée au pouvoir : un exécutif solide mais partagé, où le Premier ministre exerce pleinement ses prérogatives.

« Je crois à la répartition des pouvoirs entre les tenants de l’exécutif. Les Assises restent ma boussole », rappelait-il. Les nouveaux textes rendent tangible cette philosophie de gouvernance collégiale, en offrant au chef du Gouvernement des outils accrus d’action, d’évaluation et de contrôle.

Au-delà de l’orientation politique, la refonte repose sur des raisons administratives précises exposées dans le rapport de présentation. Celui-ci indique que « les nouvelles orientations inscrites dans la vision d’un Sénégal souverain, juste et prospère, appellent d’importants changements dans la conduite des politiques publiques ».

Le même document précise que « l’accomplissement optimal des missions de direction de l’action gouvernementale, confiées au Premier ministre, exige la révision du cadre organisationnel de la Primature pour mieux l’adapter aux objectifs de l’Agenda national de Transformation ainsi qu’aux attentes d’une administration moderne et efficace. »

En résumé, le décret vise à moderniser la structure, améliorer la performance et corriger les limites historiques de l’organisation de la Primature.

Une Primature recentralisée, structurée et renforcée

Longtemps perçue comme un simple organe de coordination, la Primature devient désormais le cœur opérationnel du travail gouvernemental. L’architecture interne a été repensée pour éliminer les doublons, clarifier les responsabilités et instaurer un contrôle interne robuste.

Parmi les évolutions majeures : l’instauration d’un poste de Directeur de Cabinet adjoint pour renforcer le pilotage des grands dossiers ; la création d’un Secrétaire d’État rattaché à la Primature et porte-parole du Gouvernement, avec un rôle désormais clairement défini ; la mise à jour et la consolidation des services du Cabinet du Premier ministre. Autant de mesures qui donnent à la Primature une stature institutionnelle et fonctionnelle inédite.

Trois super-structures pour une action gouvernementale optimisée

L’Inspection des Services de la Primature (ISP)
Véritable innovation, l’ISP devient une cour des comptes interne. Elle veille à la régularité administrative et financière, audite les services, supervise les passations de service et assure le suivi des directives du Premier ministre. L’objectif : instaurer transparence, rigueur et performance.

La Cellule d’Orientation et de Suivi des Réformes (COSR)
Chargée d’impulser, d’harmoniser et d’évaluer les réformes, elle garantit la cohérence interministérielle. Elle incarne la volonté d’un gouvernement qui veut faire des réformes un moteur concret de transformation.

La Cellule de Préparation du Conseil des ministres (CPCM)
Nouvelle dans l’administration sénégalaise, cette structure prépare les dossiers du Conseil des ministres, contrôle les textes, harmonise les communications ministérielles et suit l’application des décisions présidentielles. Une avancée majeure vers un fonctionnement gouvernemental plus professionnel et mieux coordonné.

Le Secrétariat général du Gouvernement, pivot juridique renforcé

Autre pilier de la réforme : la montée en puissance du Secrétariat général du Gouvernement (SGG). Véritable moteur juridique de l’exécutif, il planifiera désormais l’agenda législatif annuel, contrôlera la conformité des textes règlementaires, assurera la liaison avec les institutions et garantira la cohérence juridique de l’action gouvernementale. Cette évolution marque la volonté de professionnaliser la production normative et d’améliorer le suivi des décisions publiques.

Une nouvelle architecture institutionnelle pleinement assumée

Avec cette réforme, Bassirou Diomaye Faye rompt avec la concentration verticale du pouvoir exécutif. Il réaffirme une gouvernance fondée sur le partage des responsabilités, faisant du Premier ministre le véritable chef d’orchestre de l’action publique. Ousmane Sonko dispose désormais de moyens concrets : ressources humaines renforcées, outils de contrôle, capacités d’évaluation et de coordination.

Cette nouvelle Primature symbolise un État moderne, structuré et équilibré conforme à la promesse présidentielle d’institutions fortes plutôt qu’un pouvoir personnifié.

Ceux qui s’attendaient à voir Bassirou Diomaye Faye monopoliser les leviers du pouvoir devront revoir leur lecture. Le Président reste fidèle à sa vision d’un exécutif équilibré, convaincu que « l’efficacité d’un État ne dépend pas d’un seul homme, mais de la force collective de ses institutions ».

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