jeudi, 26 mars 2026 07:47

GUINÉE: Après la mort de Claude Pivi, celle de Toumba DIAKITÉ intrigue autant

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Atlanticactu/ Conakry/ Israël Aïdara
La mort de Claude Pivi, suivie de celle du Commandant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba, révèle une inquiétante série noire dans les prisons guinéennes. Ces décès ne sont pas de simples faits divers : ils s’inscrivent dans un contexte où la justice, censée incarner la rigueur et la transparence, se retrouve éclaboussée par des soupçons de négligence, voire de manipulation. Aboubakar Sidiki Alias Toumba, condamné à 10 ans pour crimes contre l’humanité, n’a pas succombé à une vieillesse paisible mais à “une péritonite aiguë”, explique le communiqué officiel, touffu de zones d’ombre, en conséquence d’une hernie étranglée mal prise en charge. Autrement dit, la prison a été son « cercueil » anticipé. Après quelques semaines seulement de l’investiture du président Mamadi Doumbouya.
Les couloirs des prisons guinéennes sont- elles devenues des « mouroirs » réservés aux potentielles fortes têtes de l’armée guinéenne? Une sorte de monstre qui guette le moindre passage dans les geôles de Conakry. Après la mort de Claude Pivi, celle de Toumba Diakité intrigue et hante le sommeil dans certains cercles du haut etablishment militaire guinéen. L’on peut s’interroger sur le prochain prisonnier calfeutré au dernier » couloir de la mort ». Le procès historique du massacre du stade de Conakry en 2009 avait été salué comme une avancée majeure. Douze accusés, dont l’ancien président Moussa Dadis Camara, ont été jugés. Huit condamnations lourdes, quatre acquittements. Mais que vaut une condamnation si les prisons deviennent des mouroirs ? Des sources confidentielles ont confié à Confidentiel Afrique l’évacuation du principal accusé de ce fameux procès, l’ancien président Moussa Dadis Camara, dans un hôpital militaire au Maroc, voilà bientôt quelques mois. L’ex- putschiste Moussa Dadis Camara a-t-il signé un accord secret avec l’homme fort de Conakry. Selon des informations de Confidentiel Afrique, Dadis Camara est pris en charge par le palais de Conakry jusqu’aux dernières nouvelles. Le président Mamadi Doumbouya veille sur lui via des relais, sans trop attirer l’attention de son cercle immédiat.
La récente affaire de l’enlèvement de la mère et certains membres de la famille d’un des conseillers d’Alpha Condé, avant d’être libérés plus tard, illustre un autre versant de cette dérive : l’impunité des nervis du pouvoir. Il a fallu l’intervention du ministre de la Justice pour obtenir une libération. Voilà un pays où la loi n’est plus qu’un chiffon, où la force prime sur le droit, et où les institutions se plient aux caprices des puissants. La liste du supplice des autorités guinéennes est longue, nauséabonde et chaotique. De la société civile où des figures influentes ont disparu depuis des années et sans des nouvelles et explications précises, à la bastonnade cruelle de l’activiste Abdoul SACKO en passant par des officiers de haut rang » surveillés » à la loupe, le tableau est entaché de sang et entubé de monstres à plusieurs têtes. Mamadi Doumbouya serait-il le commanditaire ou d’autres proches collaborateurs agissent-ils â son insu? La justice qui se voulait exemplaire se transforme en machine à broyer des vies, loin des regards, dans l’opacité des cellules.
Le silence assourdissant autour de Doumbouya
À cela s’ajoutent les rumeurs persistantes sur la santé dégradante du président Mamadi Doumbouya. Dans un pays où l’information est verrouillée, chaque silence devient suspect. L’agitation des droits de l’homme, les critiques des observateurs, et les doigts pointés vers un pouvoir de plus en plus opaque dessinent un tableau inquiétant : celui d’un régime qui vacille entre autoritarisme et chaos. Dans bon nombre de chancelleries diplomatiques étrangères et officines de renseignements, l’ombre du général Balla Samoura, le Haut commandant de la gendarmerie nationale et directeur de la justice militaire, revient avec récurrence. Serait- il le chef de l’escadron de cette spirale de terreur qui agace le landerneau politique du pays? Même si aucun document officiel, pour l’instant, n’établit ses implications, au delà de son influence qui prend de l’épaisseur et qui inquiète. Tout le contraire du général Aboubacar Sidiki Camara Alias Idi Amin, ministre de la Défense, qui tisse sa toile et se fait discret. A quand vont s’arrêter cette machine à broyer et à quel prix?
Les prisons guinéennes ne sont pas seulement des lieux de détention, elles sont le reflet d’un système politique malade. Que peut bien représenter ce document du ministère guinéen de la Justice publié ce 25 mars pour déterminer les circonstances de la mort subite du Commandant Aboubacar Sidiki Diakité Alias Toumba, qui jouit d’une admiration et de respect auprès des militaires ? Son décès est celui de trop, après celui de Claude Pivi. Deux communiqués à la même posture médicale et puis cahin-caha. Circulez, il y’a rien à cirer. Quand les détenus meurent les uns après les autres dans des conditions douteuses, quand les familles sont terrorisées par des enlèvements arbitraires, quand la santé du chef de l’État devient un mystère d’État, c’est tout le pays qui est pris en otage. La Guinée n’a pas besoin d’un autre décès pour comprendre que ses geôles sont devenues des tombeaux, et que son pouvoir s’enfonce dans une logique de prédation et de peur.
Par Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)
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