vendredi, 2 octobre 2026 13:55

Crédits spéciaux : Me Moussa Sarr défend la cohérence juridique des amendements du Gouvernement

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Lors de l’examen de la proposition de loi organique n° 38/2026, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a présenté « la position du Gouvernement » sur les aspects de fond comme de forme du texte.

Sur la forme, le Gouvernement a pris acte de la modification de l’intitulé de la proposition de loi. L’intitulé initial ne correspondait pas à celui sous lequel la loi organique n° 2020-07 avait été publiée au Journal officiel du 26 février 2020. « Le Président de la République l’avait relevé dans son courrier n° 000799/PR du 12 septembre 2026 », a rappelé le ministre, précisant que « le Gouvernement l’ait réitéré lors des travaux en Commission ».

L’Assemblée nationale ayant pris en compte cette remarque, « le Gouvernement a retiré son premier amendement ».

Sur le fond, trois points ont particulièrement retenu l’attention du Gouvernement, selon le ministre de la Justice.

« Le premier tient à la place que le texte réserve aux crédits ou fonds spéciaux au sein de la notion d’institution constitutionnelle ». L’article premier de la Constitution dispose que la République du Sénégal est « laïque, démocratique et sociale ».

Dans ce cadre, le chef de l’État demeure « le dernier recours pour les situations humaines les plus critiques, au même titre que pour les missions de défense, de sécurité ou de diplomatie ». Or, relève Me Moussa Sarr, l’article 12, alinéa 3, de la loi organique regroupe « en une même dotation les crédits budgétaires directement destinés à l’exercice des missions constitutionnelles d’une institution ».

Dès lors, le fait de distinguer les crédits ou fonds spéciaux de cette dotation, « alors qu’ils en constituent une composante indivisible », serait contraire à cette disposition.

Le deuxième point porte sur « la fidélité de la transposition de la directive n° 06/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009 », dont la loi organique n° 2020-07 assure l’application en droit interne. L’article 14, alinéa 2, de cette directive fixe « limitativement les catégories de dépenses pouvant faire l’objet d’une dotation », une liste reprise intégralement par l’article 14 de la loi organique.

Pour le ministre de la Justice, les crédits ou fonds spéciaux ne présentent pas « une spécificité budgétaire suffisante pour justifier un traitement distinct de celui déjà réservé aux institutions constitutionnelles, ni pour être assimilés aux autres catégories de dotations, dont la gestion, pour l’essentiel confiée au ministère chargé des Finances, répond à une tout autre logique opérationnelle ».

Le troisième point concerne l’ordonnancement de ces crédits. Me Sarr rappelle que l’article 65 de la loi organique désigne le ministre chargé des Finances comme ordonnateur des dotations autres que celles destinées aux institutions constitutionnelles.

Les deux amendements du Gouvernement

« Il ne précise pas l’ordonnateur de la nouvelle dotation sur les crédits ou fonds spéciaux, ce qui installe un vide juridique et, en conséquence, un problème d’exécution », a relevé le ministre.

« C’est dans cet esprit que s’inscrivent les deux amendements que le Gouvernement vous soumet », a-t-il ajouté.

Le premier amendement concerne l’article 14. Selon le Garde des Sceaux, « Il supprime le dernier tiret consacré aux crédits ou fonds spéciaux, pour les raisons qui viennent d’être exposées, et rattache ces dépenses à la dotation des institutions constitutionnelles, dont elles relèvent déjà ».

Pour Me Moussa Sarr, cette suppression rend également sans objet le dernier alinéa de l’article 14, qui prévoyait un renvoi à la loi pour déterminer les modalités de contrôle de ces crédits. « le présent amendement y substitue un renvoi à l’article 67, qui fixe les conditions d’exécution de l’ensemble des dotations ».

Le deuxième amendement vise, pour sa part, à recentrer l’article 70 sur la rédaction actuellement en vigueur de la loi organique. « Il rétablit, au premier alinéa, la précision selon laquelle la Commission en charge des Finances exerce son contrôle au cours de la gestion annuelle, et supprime le pouvoir de contrôle de l’emploi des crédits à l’issue de chaque gestion budgétaire, que le texte introduit sans fondement et qui empiéterait sur les compétences de la Cour des Comptes », a expliqué le ministre.

Il met également « la faculté d’audition des ministres en cohérence avec le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, dont l’article 70 organise déjà cette procédure, en subordonnant la demande d’audition à son adresse au Président de la République ».

La transparence comme levier de consolidation

Le Gouvernement estime que « ces amendements ne remettent en cause ni l’objectif de transparence poursuivi par le texte, ni le principe d’un contrôle parlementaire renforcé sur l’exécution des crédits sensibles ».

Selon le ministre, ils visent uniquement à garantir que ces « crédits soient rattachés à la catégorie de dotation à laquelle ils appartiennent déjà, dans le respect de la directive communautaire et de la répartition des compétences entre la loi et le règlement ».

Me Moussa Sarr a par ailleurs réaffirmé que « le Gouvernement ne conçoit pas la transparence comme une contrainte, mais comme un levier de consolidation de l’État de droit et de renforcement de la confiance des citoyens dans les institutions ».

« Cette transparence doit cependant être organisée avec discernement, dans le respect de la hiérarchie des normes, des équilibres institutionnels et des exigences liées à la protection des intérêts supérieurs de la Nation », a-t-il souligné.

« Tel est le sens des amendements qui vous sont soumis », a-t-il déclaré à l’endroit des députés.

Selon lui, ces amendements ne remettent aucunement en cause l’objectif de transparence poursuivi par la proposition de loi organique.

« Ils visent, au contraire, à lui conférer une assise juridique plus solide, une cohérence accrue avec notre ordonnancement juridique et une meilleure adaptation aux réalités des missions que les crédits spéciaux sont appelés à financer », a conclu le ministre de la Justice.

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