Éthiopie
Atlanticactu/ Rebelles du Tigré/ Guerre/ AFAR/ Serigne Ndong
Les forces des autorités rebelles du Tigré se sont emparées du principal aéroport de cet Etat régional du nord de l’Ethiopie et ont pénétré dans l’Afar voisin, où elles affrontent l’armée fédérale, faisant redouter le déclenchement d’un nouveau conflit de grande ampleur.
Un accord de paix conclu en 2022 avait mis un terme à deux années de guerre particulièrement meurtrière et dévastatrice entre le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui exerce de facto le pouvoir au Tigré.
Toutefois, les tensions entre le pouvoir fédéral et le TPLF se sont ravivées ces derniers mois. Addis Abeba a retiré en 2025 le mouvement de la liste des partis autorisés en Ethiopie et l’accuse désormais de diriger illégitimement l’Etat régional. Des affrontements avaient déjà opposé les forces tigréennes aux forces fédérales au début de l’année, tandis que des drones éthiopiens ont ciblé à une dizaine de reprises les forces tigréennes depuis le début du mois d’août.
Dimanche, sept mouvements hostiles au gouvernement fédéral et présents dans différentes régions du pays, parmi lesquels le TPLF, les milices amhara Fano et l’Armée de libération oromo (OLA), avaient annoncé la formation d’une alliance destinée à “renverser” le pouvoir d’Addis Abeba.
Ethiopian Airlines, la compagnie nationale et seule entreprise à assurer des liaisons intérieures en Ethiopie, a annoncé mercredi la suspension, “en raison de la situation actuelle au Tigré”, de ses vols à destination et au départ de Mekele, Axoum et Shire. Ces trois villes sont les seules destinations desservies par la compagnie dans le Tigré, l’Etat régional le plus septentrional du pays, situé à la frontière avec l’Erythrée et le Soudan.
Une source humanitaire basée dans la région Afar, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré à l’AFP que “les forces tigréennes à l’armée fédérale depuis la nuit dernière à Abala et Erebti”, deux localités de l’Afar situées à proximité du Tigré.
– “Franchi le Rubicon” –
Selon une source sécuritaire étrangère, Abala “serait aux mains” des forces tigréennes. Cette localité se trouve dans une zone montagneuse située à la frontière avec le Tigré. Erebti, quant à elle, est plus éloignée à l’intérieur de l’Afar, à environ 100 kilomètres par la route d’Abala.
Un ancien responsable de premier plan du TPLF, qui demeure influent, a déclaré à l’AFP que les forces tigréennes avaient “libéré” plusieurs localités de l’Afar, notamment Abala et Erebti, ainsi que d’autres secteurs environnants. Il a assuré que “les ENDF (forces armées fédérales éthiopiennes) reculent rapidement”.
Mercredi matin, une employée de l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele, qui a souhaité conserver l’anonymat, a indiqué avoir été invitée à rentrer chez elle. On “nous a dit que les TDF (les forces tigréennes, ndlr) avaient pris le contrôle de l’aéroport”, a-t-elle expliqué, une information également confirmée par la source sécuritaire étrangère.
Principal aéroport du Tigré, celui de Mekele est habituellement surveillé par quelques militaires de l’armée fédérale, constituant l’une des rares présences visibles du pouvoir central dans cet Etat régional. D’après la source sécuritaire, les forces tigréennes ont aussi pris le contrôle des aéroports d’Axoum et de Shire.
Contactés par l’AFP, le vice-président du TPLF ainsi que la porte-parole du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed n’ont pas donné suite aux sollicitations.
Le TPLF “a franchi le Rubicon”, a estimé auprès de l’AFP Kjetil Tronvoll, spécialiste de la région à l’Oslo New University College, en Norvège. Il a ajouté ne “voir aucun signe de désescalade”.
“Le gouvernement fédéral va sûrement réagir” à la prise de contrôle des aéroports “en intensifiant les campagnes aériennes”, a poursuivi M. Tronvoll.
– 600.000 morts –
Le conflit qui a ravagé le Tigré entre 2020 et 2022 compte parmi les guerres les plus meurtrières de ces dernières années dans le monde. Selon une estimation de l’Union africaine, il aurait fait au moins 600.000 morts. La guerre a également lourdement affecté l’économie du Tigré et provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes sur une population d’environ six millions d’habitants.
Le TPLF avait pris le pouvoir en Ethiopie en 1991 et gouverné le pays pendant près de trente ans, avant d’être progressivement écarté par Abiy Ahmed après l’arrivée de ce dernier à la tête du gouvernement fédéral en 2018.
Ces derniers mois, le gouvernement d’Abiy Ahmed accuse le TPLF d’avoir renforcé ses liens avec plusieurs groupes armés présents dans d’autres Etats régionaux, ainsi qu’avec l’Erythrée voisine.
Cette ancienne colonie italienne, progressivement intégrée à l’Ethiopie à partir de 1952 avant d’obtenir son indépendance en 1993 après trois décennies de guerre contre Addis Abeba, entretient depuis longtemps des relations particulièrement tendues avec son puissant voisin. Le président érythréen Issaias Afeworki avait envoyé des troupes en Ethiopie pour soutenir Abiy Ahmed contre le TPLF entre 2020 et 2022. Les relations entre les deux dirigeants se sont cependant rapidement et profondément détériorées par la suite.
Les liaisons aériennes à destination et en provenance du Tigré avaient déjà été interrompues pendant cinq jours, entre la fin janvier et le début février, après l’éclatement de nouveaux combats entre les forces fédérales et les forces tigréennes.
