jeudi, 17 septembre 2026 11:32

Affaire des 119,87 millions du Fonds Force Covid-19 : le non-lieu confirmé pour Alassane Diallo et Ibrahim Issa

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Atlanticactu/ DAGE/ Ministère des Mines/ Ibrahima Issa/ Alassane Diallo/ Fonds Force Covid-19/ Serigne Ndong

Fin des poursuites contre l’ancien DAGE du ministère des Mines et l’homme d’affaires Ibrahima Issa

Les poursuites engagées contre l’ancien directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE) du ministère des Mines, Alassane Diallo, et l’homme d’affaires Ibrahima Issa prennent définitivement fin. Poursuivis pour détournement de deniers publics portant sur 119,87 millions de FCFA dans le cadre de l’affaire des Fonds Force Covid-19, les deux hommes ont définitivement bénéficié d’un non-lieu. D’après les informations de Seneweb, la Chambre d’accusation a confirmé la décision rendue par le juge du 3ᵉ cabinet du tribunal de Dakar.

Selon l’ordonnance, le rapport de la Cour des comptes consacré à la gestion 2020 et 2021 du Fonds de riposte et de solidarité contre les effets de la Covid-19, transmis à la Division des investigations criminelles (DIC) le 7 février 2023, avait fait état de plusieurs irrégularités dans la gestion des ressources. Aux pages 118 et 119, les magistrats financiers avaient notamment relevé le versement de 73,2 millions de francs CFA au « Groupe Issa » pour des travaux relatifs à la construction d’une unité de traitement gravimétrique à Kédougou, alors que ces travaux n’avaient pas été exécutés.

Au moment des faits, Alassane Diallo occupait le poste de directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE) du ministère des Mines et de la Géologie. De son côté, Ibrahim Issa était à la tête du Groupe Issa.

Interrogé par les enquêteurs, puis entendu par le juge d’instruction, Alassane Diallo avait reconnu avoir procédé au paiement. Il avait expliqué que le projet consistait à installer un centre de gravimétrie à Kédougou destiné aux orpailleurs affectés par la pandémie. Le marché avait été attribué à la Société commerciale du Groupe Issa (SCGI). Le matériel nécessaire avait déjà été acquis pour un montant de 119,87 millions de francs CFA, tandis que le coût des travaux de construction était estimé à 73,2 millions.

Le projet s’était toutefois heurté à un problème majeur : l’absence de terrain disponible. Le DAGE avait indiqué avoir saisi le gouverneur de Kédougou afin d’obtenir une parcelle de 1 000 m², sans parvenir à obtenir de suite favorable. Face à l’approche de la clôture de l’exercice budgétaire, il avait alors affirmé avoir reçu de sa hiérarchie une autorisation verbale pour effectuer le paiement, dans le but d’éviter la perte des crédits.

Alassane Diallo avait néanmoins reconnu que l’opération était irrégulière, le paiement ayant été effectué sans service fait.

Ibrahim Issa avait présenté une version similaire devant les enquêteurs. Il soutenait avoir exécuté la première phase du marché, portant sur l’acquisition du matériel, mais que les travaux n’avaient pas pu commencer en raison de l’absence de terrain. Il reconnaissait avoir reçu le reliquat avant le démarrage des travaux et se disait disposé à restituer les 73,2 millions de francs CFA concernés.

Le matériel retrouvé

L’instruction avait cependant permis de faire ressortir plusieurs éléments susceptibles de jouer en faveur des deux mis en cause.

Ibrahim Issa avait versé au dossier un procès-verbal de constat établi par un huissier le 14 avril 2023, accompagné de photographies. Ce document attestait de la présence d’une partie du matériel, évaluée à environ 80 millions de francs CFA, à son domicile ainsi qu’au siège de son entreprise.

Une facture datée du 3 août 2020, émise par la société chinoise HALA TRADING CO LIMITED, figurait également parmi les pièces du dossier.

Plus important encore, à la suite d’une correspondance du 28 avril 2023 du Directeur de l’Exploitation minière artisanale et à petite échelle (DEMAPE), Ibrahim Issa avait déclaré avoir fait acheminer le matériel à Kédougou les 2 et 5 mai 2023. Ses déclarations étaient corroborées par un bordereau de livraison daté du 8 mai 2023.

Entendue en qualité de témoin, l’ancienne ministre des Mines et de la Géologie, Aïssatou Sophie Gladima, avait confirmé la réalité du projet. Elle avait expliqué que le paiement avait été effectué, selon elle, dans le but de « sécuriser » les crédits avant la clôture de l’exercice budgétaire. Elle avait également affirmé ne pas connaître personnellement Ibrahim Issa et n’avoir reçu aucune contrepartie.

Le juge ne retient pas l’intention frauduleuse

Dans son ordonnance de non-lieu rendue le 29 juin 2026, le juge du 3ᵉ cabinet d’instruction avait reconnu que le paiement avait été effectué sans service fait. Pour autant, le magistrat estimait que cette seule circonstance ne suffisait pas à établir l’existence d’un détournement de deniers publics.

Pour parvenir à cette conclusion, le juge s’était notamment fondé sur la présence du matériel, les différentes pièces produites par le Groupe Issa ainsi que sur l’acheminement de celui-ci à Kédougou.

Le magistrat instructeur avait également pris en compte les explications fournies concernant l’indisponibilité du site destiné à accueillir le centre. À ses yeux, l’ensemble de ces éléments ne permettait pas de démontrer l’existence d’une volonté de détourner les fonds publics. « Il ne résulte pas de la procédure que les inculpés avaient l’intention de détourner les montants incriminés », relève l’ordonnance.

Le juge en avait ainsi conclu que l’élément moral de l’infraction, en l’occurrence l’intention de détourner les deniers publics, n’était pas établi.

Par ailleurs, une ordonnance rendue le 25 juin 2025 avait ordonné la restitution à l’État de la somme de 73,2 millions de F CFA. Dans la foulée, le procureur de la République avait requis une requalification des faits ainsi qu’un renvoi devant le tribunal correctionnel.

Saisie à la suite d’un appel contre l’ordonnance de non-lieu, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar a rendu, le 3 septembre 2026, l’arrêt n° 279. Elle a déclaré l’appel recevable avant de confirmer, sur le fond, l’ordonnance de non-lieu dans l’ensemble de ses dispositions. En revanche, la demande de restitution a été déclarée irrecevable.

Un certificat de non-pourvoi a finalement été délivré le 14 septembre 2026 par le greffe de la Cour d’appel de Dakar.

Alassane Diallo et Ibrahim Issa sont donc définitivement blanchis.

Reste désormais une question : cette décision pourrait-elle avoir des conséquences sur la procédure visant l’ancienne ministre Aïssatou Sophie Gladima, dont le procès s’est ouvert le 22 juillet 2026 devant la Haute Cour de justice, siégeant à la Cour suprême ?

À la demande de ses avocats, l’affaire avait été renvoyée après la vacation. L’un de ses conseils, Me Michel Simel Basse, avait notamment estimé qu’il était juridiquement délicat de juger une personne poursuivie pour complicité alors que les auteurs principaux présumés, Ibrahima Issa et Alassane Diallo, avaient bénéficié d’un non-lieu. La défense avait ainsi demandé le report du procès dans l’attente de la décision sur l’appel du parquet.

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