Dans les coulisses de l’accueil réservé à l’ancien président Macky Sall, les mots ont volé très bas entre le service du protocole de la présidence et les responsables de l’Alliance pour la République. De 150 personnes prévues à l’accueil sur le tarmac de l’aéroport militaire Léopold Sédar Senghor, seuls quatre responsables seront autorisés à attendre Macky Sall à la coupée de l’avion.
Ce devait être un moment de communion, une image de rassemblement autour de l’ancien chef de l’État. Mais dans les coulisses de l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor, samedi, le retour au pays de Macky Sall s’est transformé en bras de fer silencieux entre le protocole présidentiel et ses propres partisans de l’Alliance pour la République (APR).
Selon les révélations du quotidien Les Échos, tout a dérapé autour d’une question en apparence anodine : combien de personnes auraient le privilège de se tenir au pied de l’avion pour accueillir l’ancien président ? Après des heures de négociations, un chiffre avait pourtant été acté – 150 fidèles, un compromis qui semblait satisfaire tout le monde.
Mais à la veille de l’arrivée, coup de théâtre. Sans un mot d’explication, le protocole de la présidence a brutalement revu sa copie. Le quota fondait comme neige au soleil : de 150, il passait à… quatre. Quatre personnes seulement. Une gifle protocolaire que les cadres de l’APR ont eu du mal à digérer.
« Ils nous ont laissés sans justification, comme si on devait avaler cette décision sans broncher », confie un responsable du parti, encore sous le choc. Des tentatives de dernière minute pour sauver les meubles ont bien eu lieu, histoire de « trouver un juste milieu », mais le protocole est resté inflexible, campé sur ses quatre élus, sourd à toute conciliation.
Face à ce qu’ils ont perçu comme une humiliation orchestrée, les dirigeants de l’APR ont pris une décision radicale : plutôt que de se plier à cette mise à l’écart, ils ont choisi de boycotter purement et simplement l’accueil sur le tarmac. Pas question de jouer les figurants à distance. Ils ont préféré rejoindre la foule des militants massés aux abords de l’aéroport, là où l’émotion est vraie et où personne ne compte les têtes.
Ce geste, teinté de défi, en dit long sur l’état des relations entre l’ancien camp présidentiel et la nouvelle gouvernance. Ce qui devait être une fête populaire s’est mué en une discrète mais cinglante guerre des égos, où le symbolique a pris le pas sur le politique. Et si l’image officielle montrera Macky Sall descendant seul ou presque de son jet, ce sont bien les coulisses de ce boycott qui retiendront l’attention, tant elles dessinent les lignes de fracture d’une transition aux rapports de plus en plus tendus.