Sénégal
Atlantiiicactu/ Trafic de migrants/ Serigne Ndong
La police nationale a mis fin aux activités d’un réseau spécialisé dans le trafic de migrants, à la suite de l’échouage suspect d’une pirogue transportant près d’une centaine de personnes sur le littoral de Mbour, le 18 décembre 2025. Cinq suspects ont été déférés devant le Procureur de la République financier pour association de malfaiteurs, trafic de migrants et mise en danger de la vie d’autrui.
Une pirogue échouée dans des circonstances troubles
L’affaire a éclaté après le signalement anonyme d’un accostage irrégulier, voire volontaire, d’une pirogue au niveau du golf de Mbour. L’embarcation, qui serait partie de Guinée-Conakry, a été abandonnée sur place après la fuite précipitée des migrants et des capitaines. Des riverains se sont par ailleurs emparés de plusieurs équipements, notamment des moteurs hors-bord et des bidons de carburant.
Les investigations ont révélé que la pirogue, immatriculée ZG-4521-ZG au nom de « S. Sonko », appartiendrait en réalité à B. Barro, pêcheur domicilié à Ziguinchor, identifié comme l’initiateur de l’opération.
Un réseau organisé depuis Ziguinchor
Selon les enquêteurs, B. Barro aurait planifié le voyage clandestin avec l’appui de ses frères I. Barro, M. Loum, M. Sao et M. Sao, en lien avec un complice basé à Conakry, A. Kamsar. L’Espagne constituait la destination finale du périple.
À l’issue de l’enquête, B. Barro et trois de ses frères ont été interpellés à Ziguinchor, tandis que I. Barro demeure en fuite. Tous les suspects arrêtés ont reconnu leur implication et confirmé avoir quitté Ziguinchor à bord de la pirogue à destination de Conakry.
Les aveux partiels de B. Barro
Entendu par les enquêteurs, B. Barro a admis être le propriétaire de l’embarcation et reconnu une participation limitée, affirmant s’être contenté d’acheminer la pirogue jusqu’à Conakry sans autorisation, en contournant les contrôles. Il a précisé que la pirogue transportait environ 2 000 litres de carburant, un moteur Yamaha de 60 chevaux, ainsi que deux candidats originaires de Touba.
Selon lui, l’embarcation a ensuite été remise à A. Kamsar, qu’il désigne comme le véritable cerveau de l’opération. Ses frères auraient poursuivi le voyage avec l’accord de ce dernier, en raison de leurs compétences de pêcheurs. B. Barro affirme n’avoir perçu aucune somme et soutient que la gestion financière relevait exclusivement de son complice guinéen.
Des déclarations concordantes
Les coaccusés ont confirmé la version des faits, reconnaissant leur participation en connaissance de cause. Ils ont indiqué que la pirogue transportait environ une centaine de migrants, majoritairement guinéens, parmi lesquels figuraient des hommes, des femmes et des enfants, ainsi que quelques Sénégalais. Deux candidats embarqués à Ziguinchor auraient chacun versé 500 000 FCFA, sans que l’identité du bénéficiaire final ne soit connue.
Une catastrophe évitée de justesse
Après dix jours de navigation depuis Conakry, marqués par une tempête et plusieurs pannes, la pirogue a finalement échoué sur le littoral de Mbour. Tous les occupants ont alors pris la fuite, abandonnant l’embarcation.
Un nouveau projet de traversée déjoué
L’enquête a également mis au jour, dans le téléphone de B. Barro, des échanges WhatsApp relatifs à l’organisation d’un nouveau voyage clandestin prévu pour avril 2026, toujours vers l’Espagne. Les messages faisaient état d’un recrutement de candidats contre 500 000 FCFA, avec une commission de 50 000 FCFA par intermédiaire. Confronté à ces éléments, B. Barro a reconnu préparer ce nouveau départ, tout en niant avoir encaissé des fonds.
Déferrement devant le parquet financier
Au regard des déclarations concordantes et des preuves recueillies, B. Barro, M. Loum, M. Sao et M. Sao ont été présentés au Procureur de la République financier de Dakar. Ils devront répondre des chefs d’accusation d’association de malfaiteurs, trafic et tentative de trafic de migrants, mise en danger de la vie d’autrui et escroquerie.
