vendredi, 30 janvier 2026 16:45

Corruption dans la police : une explosion des chiffres qui inquiète

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Atlanticactu/ Paris/ Marie Pierre Dupuy
Les affaires de corruption impliquant des policiers ont progressé de 70 % entre 2020 et 2024, une tendance qui se poursuit en 2025. Entre consultations illicites de fichiers, abus de pouvoir, violations du secret professionnel : les dossiers d’atteintes à la probité se multiplient au sein de la police nationale.
Sur la période récente, l’IGPN fait état d’une hausse marquée des enquêtes liées aux atteintes à la probité, incluant des faits de corruption, de consultation illicite de fichiers et de violations du secret professionnel à finalité corruptive.
« Nous avons 914 dossiers en portefeuille, et sur ces 914 dossiers, ce que représentent les atteintes à la probité, c’est 234 pour l’année 2024 », a déclaré le directeur de l’inspection, Stéphane Hardouin, lors d’un colloque de l’Agence française anticorruption. « Si on se reporte aux cinq dernières années, nous sommes passés de 137 à 234, donc on n’a pas doublé, mais pas loin », a-t-il ajouté. Ces dossiers représentaient près d’un quart des affaires suivies par l’inspection en 2024.
Près d’un quart des affaires suivies par l’IGPN en 2024
Les faits constatés relèvent notamment de formes de corruption assimilées à de « l’extorsion », définies comme « un abus de pouvoir clairement exprimé », selon Stéphane Hardouin. Ils concernent également des transmissions d’informations ou des usages frauduleux de fichiers administratifs, parfois sans que les agents aient initialement conscience de servir des réseaux criminels.
Cette évolution intervient dans un contexte de progression générale des faits de corruption recensés en France, mise en lumière par un rapport de la Cour des comptes. L’institution relève une augmentation continue des atteintes à la probité enregistrées par les forces de sécurité depuis 2016, tout en soulignant que ces chiffres traduisent à la fois une aggravation possible du phénomène et une meilleure capacité de détection des services.
Certaines zones géographiques, dont l’outre-mer, la Corse, l’Occitanie et Paris, concentrent une part importante de ces faits, tandis que le nombre annuel de condamnations demeure relativement stable, selon la Cour.
Un enjeu central pour le contrôle interne
S’agissant des mécanismes de détection, le directeur de l’IGPN a souligné l’absence de recours aux dispositifs de lanceurs d’alerte. « Lanceur d’alerte : zéro signalement », a-t-il indiqué, estimant que « le signalement interne » constitue l’enjeu principal, malgré « une vraie difficulté à faire remonter le signalement » au sein de l’institution. Les situations recensées concernent « généralement des gens en situation de vulnérabilité physique ou psychologique », a-t-il ajouté.
Toutefois, toute révélation de faits délictueux entraîne une transmission obligatoire à la justice. « On ne peut pas s’asseoir sur l’article 40 », a rappelé Stéphane Hardouin, soulignant que la judiciarisation implique un dialogue avec l’autorité judiciaire, qui conserve la primauté de l’enquête et de la réponse pénale. Il a par ailleurs exclu la mise en place d’un mécanisme formalisé de « repentir administratif », estimant qu’à un certain seuil de gravité, « il n’y a plus de place que pour le judiciaire ».
Dans ce contexte, l’État a adopté un plan national pluriannuel de lutte contre la corruption pour 2025-2029, piloté par l’Agence française anticorruption, visant à renforcer la prévention, la détection et le traitement des atteintes à la probité au sein des administrations, en particulier dans les services régaliens.​​​​​​​
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